‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 27 sur 83 · RÉUNION DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE A BLOIS CE QUE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

RÉUNION DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE A BLOIS CE QUE LA PUCELLE

FIT POUR RAMEXER LES SOLDATS A LA RELIGION — SA LETTRE AUX ANGLAIS — l'aRMÉK FRANÇAISE QUITTE BLOIS

A décision des examinateurs de Poitiers entraîna celle du Conseil du roi Charles. On résolut de former un convoi de vivres et de munitions à l'adresse d'Orléans, et d'en confier le commandement à Jeanne. Charles quitta donc Poitiers, emmenant la Pucelle, et s'en revint à Ghinon, par Chàtellerault; puis il envoya Jeanne à Tours, où devait être confectionné tout son équipement de guerre.

Elle arriva, le 22 avril, à Tours; elle était accompagnée de son frère Pierre d'Arc et de la fidèle escorte qui ne l'avait pas quittée depuis son départ de Vaucouleurs. Elle reçut l'hospitalité dans le superbe hôtel habité par un conseiller du roi, JeanduPuy, seigneur de la Roche-Saint- Quentin et par sa femme, Éléonore de Paul (ou Lapeau).

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Tandis que les diverses pièces de son armure étaient iidjriquées dans cette ville, probablement par l'armurier

Colas de Montbazon (i), elle commandait son étendard au peintre Hennés Pohoir; elle le fit exécuter suivant les indications que lui donnaient l'archange saint Michel et les saintes Catherine et Marguerite. Cet étendard, ou cette bannière^ était d'une fine étoffe blanche avec des franges de soie; sur la face principale, semée de fleurs de lys, une peinture représentait Notre-Seigneur, assis dans sa majesté sur les nuées du ciel, ayant à ses pieds deux anges en prières avec l'inscription : Jhesus Maria. De l'autre côté, l'on voyait l'écu de France, soutenu par deux anges et la scène de l'Annonciation. Tel fut l'étendai'd de Jeanne : elle ne voulut jamais combattre sous une autre bannière; en courant à l'ennemi, toujours elle la tenait à la main, pour indiquer le caractère surnaturel de son intervention, et de plus pour éviter de se servir de l'épée, car jamais elle ne versa le sang humain (2).

Jeanne ne pensait pas seulement à son étendard (3) : il lui fallait une épée, et c'était de Dieu qu'elle devait la tenir. En effet, tandis qu'elle était à Tours, ses Voix lui révélèrent l'endroit où se trouvait l'épée que la Providence lui destinait : elle était cachée, lui dirent-elles, dans l'église de Sainte-Catherine de Fierbois. Jeanne envoya donc un messager pour que l'on fît des recherches. On trouva l'épée à l'endroit désigné, peu profondément enterrée et toute couverte de rouille.

(i) Se reporter aux Pièces justificatives, n° i.

(2) Voir La bannière de Jeanne d\Arc, par E. Eude, dans le Cosmos des q3 et 3o juin 1894.

(3) Serviable et reconnaissante, elle écrivait, au mois de janvier suivant, à ses bons amis de la ville de Tours, afin quil fût lait une dot de cent écus à la fille du peintre, alors sur le point de se marier.

Les

gens de l'église se mirent en devoir de la frotter; mais à peine eurent-ils commencé que la rouille tomba d'elle-même, et que Tépée apparut toute Jjrillante : elle était marquée de cinq petites croix. Les ecclésiastiques de Fierbois revêtirent cette arme d'un fourreau de t^ùÉw-3Sg6^ velours vermeil; les habi- >l^y /^ tants de Tours en fournirent ^ ^ un autre en drap d'or;

mais Jeanne en fit faire un troisième de cuir solide,

àk et ne se servit jamais que \ de celui-là (i). Le roi

créa pour Jeanne une maison militaire, c*est-à- dire des officiers et divers gentilshommes qui devaient la suivre partout et marcher sous ses ordres, comme c'était l'usage pour les principaux chefs de guerre. Ses deux frères, Jean et Pierre d'Arc, qui l'avaient \ rejointe, ses fidèles compagnons, Jean de Metz et liertrand de Pouk'ugy, furent tous quatre de sa mr//.so«. Son écu ver fut Jean d'Aulon, h' \^\\\^ prude homme

Compositions d"Kin. Eu de.

Pointures d"Et. Azainbre.

(i) Voir tiiu' rtiid»' iutituK'-c Arnuircs et r/irvaiix de Jcan/ir d'Arc, par E. KuDE, dans le Cosmos des 7, 14, ai janvier; 4. n. 18 février 1893.

de l'armée; Louis de Contes, Raymond et pliisiems autres, ses pages; enfin, nn bon religieux Augustin, JeanPasquerel, connu de sa famille, devint son aumônier.

Accompagnée de la sorte, la Pucelle quitta la ville de Tours pour celle de Blois : elle séj ourna dans cette dernière, les 25, 26 et 27 avril. C'est là qu'était fixé le rassemblement du convoi que Jeanne devait conduire aux assiégés d'Orléans ; onn'avaitpasperdudetempspour son organisation: nobles et bourgeois avaient rivalisé de zèle pour procui'er les ressources nécessaires. Une petite armée se trouvait dans Blois quand Jeanne arriva.

Mais quelle armée! En ces temps troublés, un grand nombre de soldats n'étaient que des pillards sans mœm*s comme sans aveu; ces hommes se servaient de leur situation pour opprimer les faibles, pour voler tout ce qu'ils pouvaient atteindre hors de la surveillance de leurs chefs (i). Quant à la Religion, ils l'avaient presque tous mise en oubli, ne se souvenant de Dieu que pour le blasphémer.

Jeanne, qui venait au nom de Jésus-Christ, ne pouvait accepter de commander à de pareils brigands. Elle savait d'ailleurs que si Dieu se plaît à donner la victoire aux armées françaises, il les veut imbues de la sève chrétienne qui fait la force et la raison d'être de notre nation ; elle saA ait que le meilleur moyen pour la France d'obtenir et de conserver la victoire, c'est de défendre de justes causes, et de les confier à des soldats chez lesquels la religion s'unisse au plus pur patriotisme. Telsn'étaient

(i) Hélas ! les chefs étaient quelquefois pires que leurs soldats.

pas, nous l'avons dit, les soldats de Jeanne; mais tels elle les voulait, et tels elle sut les rendre.

A peine arrivée à Blois, et jugeant du lamentable état religieux et moral des troupes assemblées, elle appela son aumônier : « Frère Pasquerel, lui dit-elle, il faut convertir nos soldats; procurez-vous donc immédiatement une bannière (i) représentant Notre-Seigneur Jésus- Christ en croix, avec la Sainte Vierge Marie et saint Jean à ses côtés; puis, ordonnez à tous les prêtres ici présents de se réunir avec vous matin et soir, en plein air, autour de cette bannière. »

L'ordre fut exécuté. Jeanne se rendit elle-même, avec les prêtres, autour de la bannière ; et l'on se mit à chanter des cantiques et des hymnes en l'honneur de la Vierge Marie. On priait pour la conversion de l'armée et le salut des armes de France. Les soldats, attirés par la nouveauté du spectacle, arrivèrent en foule, et tout prêts à se joindre aux douces cérémonies qui faisaient revivre en eux des souvenirs trop oubliés parmi la vie des camps. La Pucelle, s'adressant à tous ces soldats, s'écriait avec son autorité de chef et d'inspirée : « Que pas un ne se joigne à nous, qu'il ne se soit d'abord confessé! Les prêtres qui m'entourent recevront immédiatement les confessions. » Ainsi fut fait; et suivant l'impulsion de la grâce, on voyait les pécheurs endurcis implorer le pjirdon de leurs fautes.

O pieuse Jeanne! quelle consolation pour ton cœur si catliolique et si français! et quel triomphe cher à ton

(i) Il lie laul pas confondre ccl cinbK'inc religieux, dit bannière des êtres, avec IcUndaid ou hannière de guerre.

JEANNE d'arc LIBÉRATRICE Statue de Paul Dubois.

âme, que cette pacifique victoire remportée sur le mal au nom de la Religion et de la Patrie !

Tandis qu'elle s'occupait de l'armée française, Jeanne pensait également aux Angolais ; et comme elle remplissait une mission de par le Ciel, il était de son devoir d'avertir les ennemis, et de les engager à s'y soumettre. Aussi leur envoya-t-elle la lettre suivante, qu'elle avait dictée de Poitiers, le 22 mars, et qu'elle fit remettre, par des hérauts, aux chefs de l'armée anglaise :

(( Jhesus, Maria.

» Roi d'Angleterre et vous, duc de Bedford, qui vous dites régent du royaume de France; a ous, Guillaume de la Poule (Pôle), comte de Sulford; vou§, Jean, sire de Talbot; et vous, Thomas, sire d'Escales, qui vous dites lieutenants dudit Bedford : — faites raison au Roi du Ciel. Rendez à la Pncelle, ({ui est euA oyée de par Dieu, le Roi du Ciel, les clés de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France. Elle est ici a enue de par Dieu pour réclamer les droits du sang royal. Elle est toute prête à faire la paix, si vous lui voulez faire raison, c'est-à-dire si vous abandonnez le territoire de la France, en nous indemnisant des dommages que vous nous avez causés. Entre vous, archers, gentils compagnons de guerre et autres, qui êtes dcA^ant la ville d'Orléans, allez-vous-en, de par Dieu, dans Aotre pays; si ainsi ne faites, attendez des nouvelles de la Pucelle, qui vous ira voir bientôt, à votre grand dommage. Roi d'Angleterre, si ainsi ne faites, je vous assure qu'en quelque lieu que je trouverai vos gens en France, je les combattrai

et les chasserai, et ferai aller hors, veuillent ou non; et, s'ils ne veulent obéir, je les ferai tous occire. Je suis ici envoyée de par Dieu, le Roi du Ciel, pour les combattre et pour les mettre hors de toute France ; et s'ils Adulent obéir, je les prendrai à merci. Et n'ayez point opinion d' V demeurer plus ; car vous tiendrez point le royaume de France, de Dieu, le Roi du Ciel, fils de la Vierge Marie. Celui qui le tiendra, c'est Charles, vrai héritier : car telle est la volonté de Dieu, le Roi du Ciel, qui a été révélée au roi de France par laPucelle ; et il entrera à Paris en bonne et belle compagnie. Si vous ne voulez croire les nouvelles que Dieu vous envoie par la Pucelle, je vous avise qu'en quelque lieu que nous vous trouvions, nous frapperons dedans, et nous ferons un si grand hahay, que depuis mille ans en France il n'y en aura pas eu de si grand. Et croyez fermement que le Roi du Ciel enverra tant de forces à la Pucelle que vous ni vos gens d'armes ne lui sauriez nuire ni aux gens de sa compagnie; et l'on verra bien aux horions qui a meilleur droit. Aous, duc de Bedford, qui tenez le siège devant Orléans, la Pucelle vous prie et vous supplie que vous ne vous fassiez point détruire. Si vous lui faites raison, encore pourrez-vous venir en sa compagnie, où que les Français feront le plus beau fait d'armes qui fût jamais pour la chrétienté. Répondez, si vous voulez faire la paix, en la cité d'Orléans, où nous espérons être bientôt. Et, si vous ne faites ainsi, de vos gros dommages vous souvienne. » Ecrit ce mardi de la Semaine Sainte.

» De par la Pucelle, » ^ »

Tout était prêt, et l'ennemi prévenu : désormais on pouvait partir. Le 27 avril, au matin, l'armée se mit en marche ; elle était précédée de la bannière de Jésus crucifié que Jeanne avait donnée. Les prêtres s'avançaient les premiers, chantant le Veni Creator.

Ah! marche avec confiance, vaillante armée française! l'assistance divine est avec toi. Visible et tangible estelle, dans la personne de cette jeune vierge, envoyée du Très-Haut. Gomme autrefois David contre Goliath, l'Enfant du miracle n'a mis sa confiance ni dans la force des armes, ni dans la valeur des soldats, mais dans l'aide du Dieu qui la soutient.

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