‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 32 sur 83 · LES COMBATS D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

LES COMBATS D'ORLÉANS

il se voit disséminé par la poursuite sur un chemin découvert, loin de ses retranchements. Il fuit, et bien lestement; car l'armée française, ralliée, a repris son sang-froid, et puis sa a aillante ardeur. On voit accourir les chevaliers, honteux de leur premier échec et brûlant de le réparer. A leur tête se distingue entre autres Jean d'Aulon, écuyer de Jeanne, qui défie un sien compagnon : c'est à qui le premier entrera dans la bastille des Augustins, sur le rempart de laquelle la Pucelle vient, pour la seconde fois, de planter sa bannière. D'Aulon et son rival parA'iennent ensemble à la porte d'un des retranchements : ils s'efforcent d'y pénétrer ; mais un Ansrlais d'une haute stature et d'une force herculéenne les arrête, défendant à lui seul et victorieusement tout le passage. Jean d'Aulon, obligé de reculer un instant, signale cet adversaire à Jean le Lorrain, le canonnier si célèbre, lequel abat le géant anglais d'un seul coup de sa couleuvrine. Alors, nos deux champions pénètrent dans la bastille, suivis bientôt d'un grand nombre d'autres Français : la bastille des Augustins est prise !... A ce moment même, les églises d'Orléans sonnaient l'office des vêpres.

Pendant le combat, Jeanne avait été blessée au pied, — blessure d'ailleurs légère. Elle avait déployé non seulement une grande bravoure, mais une habileté militaire supérieure.

On trouva, dans la bastille des Augustins, nombre de prisonniers de guerre français, et tout un butin précieux; mais Jeanne, craignant de voir ses hommes s'amuser au pillage, et se laisser surprendre par un retour offensif de

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l'ennemi, fit tout brûler. Quant aux Anglais qui défendaient la forteresse, la plupart furent tués; quelques autres, et, parmi ceux-ci, Glasdale, se jetèrent dans la bastille des Tourelles, qui se trouvait proche.

Jeanne fît investir immédiatement les Tourelles, qu'elle voulait assaillir le lendemain ; des postes importants de Français furent établis tout alentour. Quoique blessée, et ne tenant plus de fatig^ue, elle eût bien voulu rester avec ses soldats ; mais les chefs la supplièrent de rentrer dans Orléans. Elle y consentit, sachant bien d'ailleurs que sa présence était nécessaire dans la ville, afin de tout disposer pour le lendemain.

En arrivant dans sa demeure, Jeanne fut contrainte de faire une exception à sa pieuse habitude de jeûner tous les vendredis. A bout de forces, elle dut faire un vrai repas, et non une simple collation comme de coutume.

Ce repas terminé, la Pucelle reçut la visite d'un noble et courageux chevalier, qui lui venait annoncer une nouvelle surprenante : les capitaines royaux avaient tenu leur Conseil, et convenaientunanimement qu'étant donné le petit nombre des Français, en comparaison des forces anglaises, la victoire remportée était une grande grâce de Dieu; mais, comme la ville était abondamment pourvue de vivres et par suite en état d'attendre un nouveau secours du roi, les mêmes capitaines avaient décidé de ne pas combattre le lendemain. C'était pousser par tro]) loin la défiance envers le Ciel et son envoyée, le j<mr mrine où la Pucelle venait de donner, de l'aveu de tous, nue nouvelle preuve de sa divine mission!

Aussi Jeanne, relevant la tète, répondit solennellement

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au chevalier : « Vous avez été à votre Conseil, et moi aussi j'ai été au mien. Or, sachez que le Conseil de mon Seigneur s'accomplira et demeurera stable, tandis que le vôtre périra. » Se tournant alors a ers Frère Pasquerel, qui se tenait près d'elle en ce moment : « Demain, lui dit-elle, levez- vous de très grand matin (plus tôt encore qu'aujourd'hui), et faites pour le mieux que vous pourrez. Restez toujours auprès de moi, car j'aurai en ce jour beaucoup à faire; j'accomplirai de plus grandes choses que je n'ai fait encore jusqu'ici. Demain, je serai blessée, et le sang sortira de mon corps à la poitrine. »

Cette blessure, Jeanne l'avait déjà prédite plusieurs fois, entre autres à Chinon, dans ses entretiens avec le roi. Une preuve matérielle, indéniable, nous est parvenue de cette prédiction : c'est une lettre écrite de Lyon, quinze jours avant l'événement, le 22 avril 1429, par un gentilhomme étranger, le seigneur de Rotslaer, qui tenait le duc de Brabant au courant de cette aventure merveilleuse. Et pour qu'il n'y ait pas de doute possible, le greffier de la Chambre des comptes a pris soin de consigner la lettre en son registre. On trouve encore aujourd'hui ce monument précieux, attestant la prophétie de la Pucelle et son accomplissement, aux archives de la Bibliothèque royale de Bruxelles (i).

La nuit fut très agitée dans les deux camps. Les habitants d'Orléans firent tous les préparatifs nécessaires au

(i) Les historiens les plus ennemis du surnaturel n'ont pu mettre en doute cette prophétie, lune des plus nettes que l'on connaisse. L'un deux, homme considérable, se contente d'écrire : « Je n'ai pas de conclusion à tirer de ce, fait. »

coiiil)at (lu lendemain; les Ahji^lais évacuèrent et brûlèrent la bastille de Saint-Privé, qui se trouvait être, avec les Tourelles, leur dernier poste, sur la rive gauche. Ils en reportèrent la g^arnison dans la bastille de Saint- Laurent, leur position principale de la rive droite.

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