‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 33 sur 83 · MORT DE GLASDALE — PRISE DES TOURELLES · texte numérisé non relu

MORT DE GLASDALE — PRISE DES TOURELLES

l'aube du jour, le samedi 7 mai, Jeanne entendit la messe de son aumônier Pasqnerel, puis revêtit son armure. Comme elle franchissait le senil de sa demeure, un ^ pêcheur s'y présentait, offrant le ^'? fruit de sa pêche nocturne, un superbe poisson. La Pucelle n'avait rien mangé; son hôtesse voulut la retenir : « Jeanne, mangeons ce poisson avant votre départ. — Gardez-le jusqu'au soir, répondit Jeanne, car je vous amènerai un Godon (1), qui en mangera sa part; et Je repasserai le pont après avoir pris les Tourelles. » Plusieurs personnes étaient présentes : elles entendirent la parole de Jeanne, et furent grandement émerveillées, car au pont

(1) Sobriquet par lequel les Français désignaient les Anglais, à cause de leur juioii perpéluel Goddeni! (c'esl-à-dire : Dieu me damne!)

i34 JEANNE D'ARC OU LA PUCELLE D'ORLÉANS

dont Jeanne parlait, plusieurs arches étaient détruites.

Cependant la Pueelle, suivie de beaucoup d'hommes de «guerre et d'une multitude de peuple, arrivait à la porte de Bour^oo^ne. Cette porte avait été fermée, avec défense de l'ouvrir, en vertu de l'étrange délibération du Conseil, prise la veille au soir. Raoul de Gaucourt, gouverneur d'Orléans, homme énergique, était venu se mettre luimême à la tète de ceux qui gardaient l'entrée, pour veiller à l'exécution de la consigne donnée. La foide, arrêtée dans son élan, se jetait exaspérée contre la porte, voulant la briser, tandis que quelques-uns se détachaient du gros de la troupe et menaçaient violemment Gaucourt. Jeanne alla vers lui sans hésiter. Imposant silence au peuple, elle dit au gouverneur : « Vous êtes un méchant homme; mais, le veuillez ou non, les soldats passeront, et triompheront aujourd'hui comme ils ont triomphé hier. » Puis, s'adressant directement aux hommes de garde, comme c'était son droit absolu, car elle était général en chef, elle se fit ouvrir cette porte, ainsi qu'une autre plus petite donnant sur la Loire.

Le soleil se levait au moment où Jeanne passait le fleuve avec ses soldats; elle rejoignit bientôt ceux qu'elle avait laissés la veille devant les Tourelles. Quand les chel's apprirent son départ, ne A^oulant pas qu'elle eût scnh' riionneur de la victoire, ils s'empressèrent de la suivre : en peu de temps, Dunois, La Hire, Graville, l^olhon de Xaintrailles, Thibaut d'Armagnac, Jean de (iamaclics, Louis de Cuian et Gaucourt lui-même furent autoui' (rcUe. Ils décidèrent de mettre tout en œuvre conli'c uiK' phice aussi lorliliée que les Tourelles : elle

LES TOURELLES par A. Mak;.\ax.

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