JOURNEE DES TOURELLES : MAI
était entourée non seulement d'un fossé plein d'eau, mais au delà (du côté des terres), d'un puissant rempart avec d'autres fossés larges et profonds; elle se trouvait munie, en outre, d'une excellente artillerie. Les capitaines français opposèrent donc, avec toutes leurs forces réunies, toute leur artillerie et leurs machines de guerre.
L'action s'engagea dès six ou sept heures du matin. Les Français, excités par l'exemple et la parole de la Pucelle, faisaient des prodiges de valeur. Entrant dans les fossés, malgré l'artillerie et les flèches des Anglais; se hissant par tous les moyens possibles jusqu'à la hauteur du rempart, on eût dit qu'ils se croyaient invulnérables : mais quand ils étaient péniblement arrivés au faîte des fortilications, les lances, les haches, les maillets de plomb s'abattant sur leur tète, les précipitaient de nouveau jusqu'au fond des fossés. Et toujours la bravoure des Français reprenait le dessus; ils rcAcnaient sans cesse à la charge, encouragés par la Pucelle, qui, sans cesse au premier rang, servant de cible à l'artillerie ennemie, leur criait, avec une ardeur croissante : « Ne craignez pas, la place est vôtre! »
Toutefois, les forces humaines ont une limite Vers
une heure de l'après-midi, Jeanne voit ses soldats harassés, n'en pouvant plus, épuisés par tant d'inutiles efforts. Elle seule, soutenue par la force d'en-Haut, est toujours remplie de la même audace et de la même vigueur : l'heure de la victoire prédite par ses Voix n'a-t-elle donc pas encore sonné?.... La céleste Pucelle veut tenter l'assaut à son tour, en personne : elle s'empare d'une échelle et va la planter contre le rempart. Mais les Anglais l'ont
reconnue : leurs meilleurs archers bandent leurs arcs. Une grêle de traits s'abat sur elle ; et voici qu'une flèche, lancée par une main sûre, transperce le corps de l'héroïne entre Fépaule et le col.
Elle roule dans les fossés. A ce moment, les Anglais, dans l'ivresse du triomphe, se servent de l'échelle même que Jeanne vient de poser contre la muraille, et se précipitent pour acheverleur victime. Les Français, terrifiés, abandonnent l'assaut de toutes parts ; et Jeanne, renversée, perdant son sang, luttant presque seule contre les ennemis, ne tarderait pas à succomber si l'un des chefs qui se sont le plus opposés à la Pucelle dans le Conseil, Jean de Gamaches, n'accourait à son secours. Il renverse les assaillants, adroite, à gauche, avec sa hache d'armes, arrive jusqu'à l'héroïne blessée, et, lui donnant son cheval : (( Acceptez ce présent, brave chevalière! Plus
de rancune! J'avoue mon tort, quand j'ai mal présumé de vous. — J'aurais honte, répond Jeanne, de garder rancune, car jamais je n'ai vu chevalier si bien appris (i). »
On emporte Jeanne loin des fossés; on la dépose sur rherbe : la flèche sortait d'un demi-pied de l'autre coté de la poitrine. Se voyant si blessée, Jeanne eut peur (disonsle hardiment), et se mit à pleurer. Pourquoi craindre, la pauvre enfant? Pourquoi pleurer? N'était-elle pas
assurée par révélation de la victoire prochaine? Ne
savait-elle pas que sa mission la réclamait encore?
Rien de tout cela ne faisait doute pour elle; elle le croyait
(i) ilf Irait lail r()l)j('l de run des Pt)rinesJo/iaiiiii(/iics (ou dr Jeanne d'Are), par M. Mnde. Kn vente à la Soeiétê de Saint-Jean, uaG, boulevard Saint-Gei inaln, Paris.