LE DUC D ALKNÇON COMMANDE AVEC LA PUCELLE L EXPEDITION DE LA LOIRB
— PRISE DE JARGEAU PRISE DU PONï DE MEUXG LE CONNÉTABLE DK
RICHEMONT — SIEGE DU CHATEAU DE BEAUGENGY — FALSTOFï ET l' AR- MEE ANGLAISE
ARMi les seigneurs qui, les premiers, eurent foi dans la Pucelle, et lui demeurèrent fidèles toute leur vie, il faut placer le duc d'Alençon. Prince du sang royal, à peine revenu d'Angleterre, où, prisonnier de guerre, il avait été retenu plusieurs années, il se trouvait à Ghinon peu de jours après l'arrivée de Jeanne : il s'était attaché sincèrement à l'héroïne, mais n'avait pu prendre encore les armes contre les Anglais, car sa rançon ne leur était pas entièrement soldée. Jeanne l'aimait, parce qu'il était non seulement parent du roi, mais gendre du duc d'Orléans : la délivrance de ce dernier prince, captif des Anglais, était en effet l'un des plus grands désirs de la Pucelle.
Elle avait été rendre visite à la dueliesse d'Alençon ; et comme celle-ci tremblait de voir son mari s'engager de nouveau dans les hasards de la guerre, Jeanne la rassura, disant : « N'ayez point de crainte, noble dame, je vous promets de ramener votre mari sain et sauf! »
Ce fut le duc d'Alençon que le roi nomma commandant du corps expéditionnaire dirigé contre les forteresses des Anglais sur la Loire, mais il plaça son beau cousin sous la direction de Jeanne, avec cet ordre, « qu'il usât et fît entièrement par le conseil d'icelle. »
Comme elle était à Selles-en-Berry, le lundi 6 juin, Charles YII arriva dans cette ville. Jeanne a int à sa rencontre, et Guy de Laval, qui se trouvait avec le roi, raconte qu'il la vit s'avancer au-devant du souverain, armée de toutes pièces, sauf la tète, et tenant la lance en main. Sur le tantôt, le seigneur Guy de Laval et son frère allèrent rendre visite à la Pucelle. Elle les accueillit très bien, et « lit Acnir du vin, et leur dit qu'elle leur en ferait bientôt boire à Paris » (i).
Le soir de ce jour-là, Jeanne quitta Selles pour se rendre à Romorantin avec un premier corps de troupe. On amena son cheval à la porte de son logis : c'était un grand coursier noir; il se démenait si fort qu'il fut impossible à Jeanne de le monter. Cependant, l'heure du départ pressait. Dans cette minime circonstance, comme dans les plus solennelles, la Pucelle montra sa certitude accoutumée. Elle dit à ceux qui maintenaient pénible-
(i) Voir plus loin lalluquc di' Taris (alors au pouvoir (U-s Anglais) et la série d'infaniics par lesquelles on empocha le recouvrement de la capilale, — septembre 1429.