‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 39 sur 83 · ET SOIGNE ELLE-MÊME UN DE LEURS BLESSÉS · texte numérisé non relu

ET SOIGNE ELLE-MÊME UN DE LEURS BLESSÉS

N pareil mouyement de l'armée ennemie était une faute : à peine Jeanne l'eut-elle vu que, dirigée par ses Voix, elle en voulut profiter, afin de s'emparer du château de Beaugency,dont elle avait besoin pour ne pas laisser sur les derrières de nos troupes une place forte au pouvoir des Anglais. La Providence travailla pour elle : au lieu d'être obligée d'attaquer le château, la Pucelle n'eut qu'à recevoir sa reddition. Le gouverneur de la place, Richard Guethyn, bailli britannique d'Évreux, voyant les Français revenir et commencer l'investissement du château, s'imagina que les secours anglais s'étaient retirés sans combattre ; aussi ne songea-t-il qu'à discuter les termes d'une capitulation honorable. Vers la fin de la nuit, on était d'accord : les cinq cents hommes de la garnison sor-

tiraient au lever du soleil, emmenant leurs ehevaux avec les harnais; ils emporteraient chacun, soit en espèces, soit en objets divers, la valeur d'un marc d'argent; ils s'engageaient en outre à ne pas reprendre les armes avant dix jours.

Aussitôt le castel occupé, Jeanne, laissant Beaugency, se retourna vers les Anglais de Meung : elle leur avait, la veille, promis la bataille pour ce jour ; elle voulait tenir parole. L'avant-garde française partit sur l'heure, commandée par Richemont, La Hire, Pothon; le corps de bataille, commandé par Jeanne elle-même, le duc d'Alençon, le Bâtard d'Orléans, suivit de près. Au moment où l'avant-garde se mit en marche, la Pucelle dit au comte de Richemont : « Ah! beau connétable, vous n'êtes pas venu de par moi, mais puisque vous êtes acuu, vous serez venu bien à point. »

De leur côté, les Anglais, après avoir bombardé toute la nuit le pont de Meung, s'apprêtaient à donner l'assaut contre cet ouvrage, quand un poursuivant-d'armes, accourant, leur apprit la reddition du château de Beaugency. Dans ces conditions, ils ne pouvaient se défendre à Meung, que l'armée française allait nécessairement attaquer : ils battirent donc en retraite sur Janville, abandonnant une partie de leurs bagages dans la cité de Meung.

Quoique précipité, ce mouvement des ennemis s'exécuta d'une façon parfaite. En tête de leur armée s'avançait un corps de troupes mêlées, commandé par un chevalier anglais: puis venaient l'artillerie et ce qu'on avait pu sauver de i^agages, avec les marchands et les autres

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