‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 41 sur 83 · LA A'ICTOIRE DE PATAY · texte numérisé non relu

LA A'ICTOIRE DE PATAY

l'animal, en fuyant, venait de donner dans le corps de bataille des ennemis.

Que s'était-il donc passé du côté des Anglais depuis leur sortie de Meung? — Ils s'étaient avancés vers Jan ville aussi vite qu'il avait été possible; mais leur marche, forcément ralentie par leurs bagages, étant moins rapide que celle des Français, ils a enaient d'être avertis par leurs coureurs d'arrière-garde que l'armée française se trouvait sur le point de les atteindre. Les chefs avaient aussitôt examiné le terrain : il leur avait paru favorable à la bataille. On était proche de Patay. Non loin de ce village, il y avait un petit bois, dominant un ravin. Le terrain parut aux capitaines anglais bien disposé pour y ranger leur armée en bataille. Déjàl'avantgarde , l'artillerie et les bagages se trouvaient près du bois : on leur fit faire halte. Mais il s'agissait, pour tout le reste de l'armée, de parvenir en ce point, et les Français gagnaient de l'avance à chaque instant. 11 fallait donc les contenir, jusqu'à ce que le corps de bataille et l'arrièregarde aient eu le temps de se rallier près de l' avant-garde et de prendre rang de combat.

Pour cela, Talbot fut posté dans le bas-fond, entre deux haies, avec cinq cents archers d'élite; il promit d'y tenir ferme jusqu'au moment où l'armée anglaise aurait, derrière lui, fini de s'organiser. Il dcA ait alors se replier le long des haies, et rejoindre le corps de bataille. Or, c'était sur cette compagnie d'archers, dérobée comme tout le reste des forces anglaises par la disposition du terrain, que le cerf fugitif était venu tomber.Les éclaireurs français avertirent immédiatement nos troupes, qui

s'avançaient rapidement derrière eux en très bon ordre. Les chefs entouraient laPucelle, quand le duc d'Alençon lui dit : (( Jeanne, voici les Anglais en bataille; que fautil faire? — Avez-vous de bons éperons? » demanda la noble lille en fixant Alençon et les autres chefs. Et tous de répondre, anxieux : n Gomment cela? Serons-nous donc obligés de fuir? — Non, non, répondit Jeanne ; allez sans crainte sur eux, ils seront défaits ! Vous perdrez peu de vos gens; les Anglais s'enfuiront, et il nous faudra de bons éperons pour les poursuivre. »

Aussitôt on donna le signal de l'attaque. La Pucelle voulait charger elle-même sur Talbot et ses archers ; on la retint. La Hire fut désigné pour cette besogne ; on lui recommanda de ne pas trop pousser l'attaque au commencement, afin que l'armée française put arriver tout entière sur le terrain. Mais il porta tant d'impétuosité «lans sa charge, qu'en quelques instants la ligne des archers anglais était culbutée, puis ])ientôt la plupart d'entre eux tués, et Tall)ot lui-même fait prisonnier.

Ce que voyant, FalstofT voulut se hâter, pour prendre position avant l'attaque du gros des Français, et mit sa cavalei'ic au galop. (3r, l'avant-garde anglaise, le voyant ai river sur elle avec cette allure, crut qu'il fuyait, et s<' sauva dans la ])lus grande hâte.

A part il- de ce moment, la panique des Anglais devint

générale Les Français lancèrent leurs chevaux,

«l lire lit nn allreux carnage des ennemis fuyants : ils Iciii" tuèrent ou prirent quatre mille hommes (i), tandis

(i) Kvalu;iti(Mi de Dunois. {Procrs de rrliahili/afion.)

LA VICTOIRE DE PATAY in3

que, chose incroyable ! eux-mêmes ne perdirent que quelques hommes, suivant ce que Jeanne avait prédit. Lord Scales, Thomas Raveston, Hungerfort, Talbot furent parmi les prisonniers. Gomme on amenait ce dernier au duc d'Alencon, le jeune prince lui dit étourdiment : « Vous ne pensiez pas ce matin que cela vous arriverait dans l'après-midi? » Talbot répondit avec calme : « C'est la fortune de la guerre ! »

Pour la Pucelle, au milieu de l'éclat du triomphe, elle veillait sur les vaincus, et principalement sur ceux qui se trouvaient être le plus exposés à la brutalité des soldats enivrés par la victoire, sur les prisonniers vulgaires (i). Gomme elle apercevait un malheureux Anglais qu'un Français furieux (il y a des méchants partout !) venait de frapper violemment à la tête, elle descendit de cheval et le prit dans ses bras, ainsi que ferait de nos jours une Sœur de Gharité. Puis, voyant que la blessure était mortelle, elle l'exhorte, les yeux pleins de larmes, le console d'une voix affectueuse, et lui soutient la tête, tandis qu'un prêtre appelé par elle s'inclinait vers le moribond et le réconciliait aA ec Dieu. — Si cela n'est pas plus beau que la victoire, qu'est-ce donc que la

beauté morale?

Les effets de la journée de Patay furent immenses; le pays, qui détestait les Anglais, se souleva contre eux en masse. Ils avaient laissé leur trésor de guerre à Janville : cette place refusa de leur rouvrir ses portes. Et les garnisons britanniques de Mont-Pipeau, de Saint- Ci) Les prisonniers de haut rang étaient généralement bien traités parce qu'on espérait tirer d'eux une riche rançon.

jeanm: dauc or la ficelle d'orleans

Simon et d'autres ehàteaiix voisins se hâtèrent cV abandonner ces forteresses en y mettant le feu.

C'est ainsi que Jeanne, suscitée de Dieu poiu* relever la France abaissée, remporta dans les plaines dePatay(i) la plus miraculeuse victoire en bataille rangée. Et, mystère de la Providence ! c'est à ce même lieu de Patay, que, quatre siècles et demi plus tard, en 1870, les zoum^es pontificaux, se dévouant pour la France, déployèrent Tétendard du Sacré-Cœur, sous la conduite de rintrépide Charette. Si leur bravoure n'a pas ce jourlà remporté la victoire (à cause de nos péchés, sans doute !). elle a du moins offert au Dieu qui juge, mais pardonne, un sacrifice généreux de sang innocent et chrétien, un de ces holocaustes qui sauveront la Patrie et la relèveront, au jour marqué par les décrets éternels.

(i) Le 18 juin 1429.

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