‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 47 sur 83 · LE CONSEIL ROYAL - L'ATTAQUE DE PARIS · texte numérisé non relu

LE CONSEIL ROYAL - L'ATTAQUE DE PARIS

senta, devant lequel dut s'arrêter l'élan de Jeanne et des siens. Le second fossé, large et profond, était plein d'eau (i)!

La Pucelle courait le long- du clos-d'âne, sondant le fossé du bois de son étendard, et cherchant un sué.

Gomme elle commençait l'attaque de la tour carrée (2)^ vers laquelle, sans doute, lui paraissait être le point le plus faillie ; et comme elle faisait jeter dans le fossé des fascines et des sacs de terre, Jeamie fut blessée par un çireton, c'est-à-dire un gros trait d'arbalète, qui lui traversa la jambe de part en part.

Ne pouvant plus se tenir debout, elle ne perdit pourtant pas courage. Elle continua de faire combler le fossé, stimulant ses îiommes, les poussant à l'escalade, et leur promettant que la ville serait prise.

Cependant ]e jour baissait déjà. Les capitaines firent sonner la retraite. Mais Jeanne refusa de les suivre ; restée sur le bord des fossés, elle répétait avec un entêtement sublime : « Je veux, je veux prendre la place!...»

Le duc d'Alençon et plusieurs autres durent l'enlever de force, l'asseoir sur un cheval, et la ramener à La Chapelle. Tandis qu'on l'entraînait, elle ne faisait que protester, dans sa douleur patriotique, affirmant que la ville eût été prise, et qu'il eût suffi de prolonger quelque peu le combat. De fait, on sut plus tard qu'une effroyable

(i) D'après le capitaine d'artillerie Paul Marin, parlant incidemment de la question, ce fossé, rempli par une crue de la Seine, aurait présenté 2"\5o environ de profondeur d'eau sur 20 mètres de largeur. Celait une vraie rivière. Il n'était pas cependant impossible de remblayer, comme l'ordonnait Jeanne d'Arc.

(2) Sur le plan, K.

aiG JEANNE DAUC OU LA PUCELLE D'ORLEANS

paiiHHK' s'était répiindiie dans Paris au inoincnt où la Pucelle faisait combler le fossé ; partout on criait : Ville prise! et déjà le peuple était en mouvement. Avec un peu plus de persévérance, la place eût été réduite, sans aucun doute : *îlle ne devait redevenir française que sept ans après !

Tous ceux qui sont familiarisés avec l'histoire de Jeanne d'Arc ont remarqué la ressemblance, pour ne pas dire l'identité, de la journée du 8 septembre 14^9 avec celle du 7 mai de la même année (attaque et prise des fameuses Tourelles d'Orléans). Dans les deux cas, Jeanne est blessée; dans les deux cas, Jeanne répond de

la victoire , mais à la condition qu'on se battra

l'eiine, cela s'entend! Si l'on eût écouté Jeanne, sous Pai'is comme sous Orléans, les Français auraient emporté leur capitale : les gens (Varnies batailleront , et Dieu donnera la K'ictoire.

Malgré sa blessure, le lendemain, 9 septembre, la Pncelle était levée de grand matin. Elle manda le duc d' Alençon et le pria de faire sonner le boute-selle. On se mit derechef en marche vers les murs de Paris.

Sur quel point aller porter l'attaque? Sur une des pai'ties de la rive gauche, portes Buci, Saint-Germain, Saint-Michel ou Saint-Jacques. L'armée française pou- \ ail l'acilement atteindre les portes, car Jeanne et le duc <IAI( liçon avaient, les jours précédents, fait jeter un d()iil)le pont de bateaux « enq)rès Saint-Denis, sur la rivièi-e de Seine. )> poni (pii icliait, à travei's V\\v, hi rive gauclie à la rive droite.

Ici, l'on doit nne fois tle pins adinirei* le génie militaire

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de la Piicelle! Elle avait utilisé le temps perdu daus l'attente du roi. Les Anglais possédaient trois villes, très importantes alors, sur la Seine en aval de Pari^ : Saint-Germain, Poissy, JNIeulan. Entre Saint-Germain et Poissy, les mêmes tenaient garnison dans deux citadelles, Bétliemont et Montjoye, moins fortes que les villes précédentes. Jeanne avait fait saisir ces citadelles, par un heureux coup de main. Un corps français, placé dans la presqu'île de Gennevilliers, permettait ainsi d'observer les iVnglais des trois villes de la Seine et de les empêcher de prendre à revers une armée attaquant Paris par l'une des portes de l'ouest, rive gauche.

Mais on n'eut pas à donner l'attaque ; comme elle allait commencer, on vit accourir le comte de Glermont et le duc de Bar; ils apportaient V ordre formel du roi de battre en retraite, sous prétexte de négociations ouvertes avec le duc de Bourgogne pour recouvrer Paris. Jeanne obéit. Elle conservait l'espoir de recommepcer.

Vain espoir : pendant la nuit qui suivit, le roi donna l'ordre de dépecer (démonter) le pont de bateaux de Saint-Denis. Toute attaque par la rive gauche devenait impossible : cette fois, c'était bien fini!

Tel est le récit de la déplorable affaire de Paris, la plus dure épreuve, sans doute, de la carrière militaire de la Pucelle. Contre une pareille résistance de la pari des hommes, il n'y a pas de courage, de génie, d'inspiration divine qui tienne. Le libre-arbitre existe pour les nations aussi bien que pour les individus (i).

(i) Comme conclusion de ce récit, on pourra lire la Pièce justifie athe n" IV.

ai 8 JEANNE D'ARC OU LA PUCELLE DORLEANS

Charles VII se fit introniser à l'église abbatiale de Saint-Denis, confia le gouvernement des régions récemment conquises au comte de Clermont, et partit le i3, donnant officiellement pour motifs de sa retraite la trêve conclue avec le duc de Bourgogne jusqu'à Noël, et le désir de soulager le pays fatigué de la guerre, enfin la volonté d'assembler une armée plus puissante.

Quand la Pucelle vit qu'elle ne pouvait plus retenir rindigne roi de France (i), elle alla prier et pleurer devant les reliques du patron de la France, saint Denis, et (c'était son Consiimmaiam c.s//) suspendit dans l'église de l'abbaye, aux pieds de l'image de la Sainte Vierge, avec sa plus belle armure, une épée qu'elle avait prise dans les combats devant Paris.

Pourquoi pas, dira-t-on, l'épée de Sainte-Catherine de

(i) Nous savons, et nous voulons rappeler ici que Charles VII se montra plus tard un fort grand roi, lorsqu'il eut secoue le joug de ses favoris. Mais, à cette époque, encore sous la tutelle de la Trémouille, de celui « qui list relounicr les gens d'armes » de devant Paris, comme dit crûment un contemporain, — Charles donna des preuves de faiblesse telles, que les populations en étaient scandalisées. Un autre contemporain, que J. Quicherat « nhésite pas à mettre en tête des chroniqueurs (pii ont parlé (h; la Pucelle, comme le plus instruit, le plus complet, le plus sincère, le premier qui ait témoigné pour elle, et d'une manière digne d'elle, dans un écrit destiné à la postérilé (i436), » en un mot Prrtcval lie Cagny, nous a laissé cette note flagi'ante :

« Depuis ([ue le roi s'en vint de la ville de Saint-Denis (Paris), il montra si petit vouloir de se mettre sus pour conquérir son royaume, que tuas ses sujets, chevaliers et écuyers, et les bonnes villes de son obéis» sancc, s'en donnaient très grand élonnement. » Perceval de Cagny, cet inécusahle témoin, était un très bon Français, très dévoué pour le roi. Soldat, il avait fait campagne avec la Pucelle : il était ccuyer du jeune duc (lAlcnçon, c'cst-à-ilirc de celui, de tous les capitaines français, qui sest tenu le i)lus conslaiiimcuL avec Jeanne, et qui l'a le mieux connue. Perce Vit I l'iiii doiu- purfi itcment placé pour voir et pour entciulre.

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