SA NOBLE ATTITUDE SES RÉPONSES ADMIRABLES SES PRÉDICTIONS
SUR LE CHATIMENT DE SES JUGES, SUR LA VICTOIRE DE LA FRANCE, SUR SON PROPRE SORT
'est dans l'adversité que les grands courages se révèlent. Jeanne avait été forte, héroïque, dès ses premières années, en obéissant à ses Voix malgré toutes les apparences et les conditions contraires. Elle avait été sublime dans ses campagnes guerrières; mais à Domremy, Vaucouleurs, Chinon, Poitiers, Orléans, Patay, Reims, elle était soutenue par l'espérance ; elle sentait, dans sa poitrine, la certitude de sauver sa patrie ; elle avait des amis, pour la consoler des secrets agissements de ses adA ersaires et des insultes de ses ennemis. Maintenant, elle est en proie à toutes les tortures physiques et morales : elle est abandonnée des siens, entre les mains de gens qui la haïssent à
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mort: privée do tout secours religieux, messe et Communion : n'ayant pour confident et confesseur qu'un traître !
('ependant elle ne se laisse pas abattre ; elle demeure ce que nous l'avons toujours connue : pieuse, sainte, l)onne, ne vivant que pour la France, et toujours prête à mourir j)our elle. Ses sentiments envers son Dieu, le Dieu de l'Eucharistie, sont bien ceux d'une sainte, privée, par la cruauté de ses bourreaux, du meilleur ami de son cœur. Parfois, dans le sombre château de Rouen, elle passe devant la porte fermée de la chapelle ; la pauvre fille, escortée de gardes et conduite par l'appai'iteur ecclésiastique Massieu, se tourne vers le prêtre : <( Le Corps de Notre-Seigneur est-il là ? » demandet-elle ; et sur la réponse affirmative, pieusement elle s'agenouille et prie. Massieu, même, en est édifié; malgré la menace d'Estivet, il continue de procurer à la prisonnière cet adoucissement à ses peines.
Devant ses juges, Jeanne est constamment respectueuse, malgré la haine qu'elle leur connaît au cœur. Elle refuse de se soumettre à leur décision? — C'est que sa conscience le lui défend, et qu'elle sait qu'ils agissent illégalement en ce procès. On veutluifaire nier ses révélations?— Son devoir est de les affirmer : elle les affirme. On veut lui faire quitter l'habit d'homme? — Elle refuse pour deux motil's : d'abord pour ne pas démentir indirectement par là sa mission surnaturelle ; ensuite, parce que, hélas! elle a besoin de cet habit pour défendre sa pjideui' : les trois Anglais qui sont dans sa prison lui font subir de tels outrages, qu'elle doit conserver son viril costume pour se préserver.
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On arme, par la perlidie, et grâce aux mensonges de L03 seleur, à jeter tant d'obscurité dans son esprit, qu'on lui fait dire qu'elle refuse de se soumettre à VÉglise militante; mais c'est parce qu'on a pris soin de lui cacher ce qu'il faut entendre par ce mot, qu'elle-même a déclaré ne pas connaître. Et lorsque des amis, comme le malheur en recueille partout, l'ont instruite (i) de la vérité sur ces questions délicates, elle proclame hautement que, refusant de se soumettre à Gauchon, son ennemi mortel, elle reste fidèlement « soumise au Pape et au Concile. » C'est pour avoir donné ce précieux avis que Jean de La Fontaine, interrogateur, est forcé de prendre la fuite, et qu'il disparaît sans qu'on sache ce qu'il est devenu depuis.
Il faudrait s'étonner de trouver tant de sagesse et de persévérance dans une jeune fille, dans une enfant trompée de tant de façons, ignominieusement trahie par le prêtre son confident, si l'on ne savait que les Voix de ses Saintes, loin de l'abandonner dans sa prison, ne lui parlèrent jamais davantage qu'à ce moment d'épreuve. Constamment elles la dirigèrent ; et si leurs indications n'ont pas été jusqu'à lui révéler tous les pièges de ses ennemis (ce que nous n'avons pas à justifier), elles l'en ont toujours fait sortir à son honneur, comme à la confusion de ces misérables. Chaque jour, et souvent plusieurs fois dans la même journée, ime grande lumière, visible d'elle seule, environnait Jeanne, et dans cette lumière, ses Voix se faisaient entendre, la consolant,
(i) Au péril de leur vie.
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l'instruisant, la guidant. Si parfois elles se faisaient désirer, Jeanne se mettait à genoux, et récitait cette touchante prière (i) :
« Très doux Dieu, en l'honneur de votre sainte Passion, je vous requiers, si vous m'aimez, de me révéler comment je dois répondre à ces gens d'Eglise. Je sais bien, quant à l'habit, le commandement qui me l'a fait prendre, mais je ne sais quand et comment je dois le laisser ; qu'il vous plaise, ô mon Dieu ! de me l'enseigner. »
Aussitôt ses Voix venaient et lui parlaient.
Ceci connu, qui s'étonnerait des admirables réponses de la Pucelle ? Il n'y a plus qu'à les écouter, à les méditer, à les admirer. Pour ce faire, il faudrait lire page par page tout l'affreux procès de Rouen ; le cadre de ce volume ne nous ne le permettant pas, nous allons cueillir de-çà de-là quelques-unes de ces admirables fleurs de sagesse, en suivant, à peu de choses près, l'ordre des interrogatoires.
Demande : « Avez-vous appris quelque métier dans votre jeunesse? — Oui, répond Jeanne, j'ai appris à filer et coudre le linge. Pour coudre et filer, je ne crains femme de Rouen. »
Avec quelle noblesse et quelle fermeté ne parle-t-elle pas à Pierre Gauchon ! Voici trois de ses apostrophes : « Je vous l'ai dit, prenez bien garde ; vous prétendez être mon juge ? Vous assumez là une lourde responsabilité et vous me tourmentez trop. — Je viens de la
(i) Lf's procès- verbaux du procès en donnent le texte en français, si bien que nous avons les paroles mômes de la sainte fille. (Qlich., I, 279.)
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part de Dieu, et je n'ai rien à faire ibi:^ renvoyez-moi donc à Dieu, de qui je suis venue. — Vous, ëvêque, qui prétendez être mon juge, prenez bien garde à ce que vous faites; car en vérité je suis envoyée de Dieu, et vous vous mettez en grand danger. »
On lui pose, un jour, une question qui révolte un grand nombre des assesseurs eux-mêmes : « Croyez-vous être en état de grâce ? » La réponse est une des plus belles paroles qui soient jamais sorties d'une bouche humaine : « Si je n'y suis, que Dieu m'y mette ; si j'y suis, que Dieu m'y garde ! Je serais la plus affligée du monde si je savais ne pas être en la grâce de Dieu ; mais si j'étais en état de péché, je crois que la Voix ne viendrait pas à moi. » Le juge resta confondu.
Quand on demande à la Pucelle : « Qni vous assure que vous dites la vérité? » elle se souvient que l'Eglise l'a jadis examinée officiellement, approuvant sa mission ; elle répond : « Si vous doutez, envoyez à Poitiers, où j'ai été interrogée. »
Veut-on savoir ce qui la fait agir ? « Tout ce que j'ai fait, dit-elle, je l'ai fait par l'ordre de Notre-Seigneur ; et tout ce que j'ai fait par l'ordre de Notre-Seigneur, je crois l'avoir bien fait, et j'en attends bonne assurance et bon secours. »
Question délicate, sur le Souverain Pontife (Rappelons-nous qu'en ce moment, quoique le schisme d'Occident fût à peu près éteint, il y avait un antipape) : <( Que dites-vous de notre seigneur le Pape? Et lequel pensez-vous qui soit le vrai Pape ? — Est-ce qu'il y en a deux? Pour moi, je tiens et je crois que nous
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devons obéir à notre seigneur le Pape, qui est à Rome. » C'était une inconsciente et rude leçon donnée par Jeanne à ses schismatiques interrogateurs. Malgré ces paroles si claires, et les appels réitérés de l'infortunée au Souverain Pontife, l'évèque eut l'infernale impudence de lui reproclier publiquement d'avoir refusé de se soumettre au Pape. (Voir plus bas le récit de la comédie sacrilège du cimetière de Saint-Ouen.)
On lui demande comment est la Voix qui lui parle : « Cette Voix est belle, douce, humble, et elle parle français. » Le juge dit alors : « Sainte Marguerite ne parle donc pas anglais? — Comment parlerait-elle anglais, puisqu'elle n'est pas du parti des Anglais? »
Voulons-nous connaître le fond de l'âme de la sainte Pucelle, ses sentiments sur le péché, sur la vertu, sur l'Église? Ecoutons-la.
Le juge interroge : « Quand vous vous confessez, croyez- vous être en état de péché mortel? — Je ne sais, mais je ne crois pas en avoir failles œuvres. A Dieu ne plaise que j'aie jamais été en pareil état! A Dieu ne plaise que je commette ou que j'aie jamais commis une action qui charge mon àme ! »
On lui dit que c'est son devoir de s'en remettre à la décision de l'Eglise (i). « Que mes réponses, dit Jeanne, soient vues et examinées par les clercs, et que l'on me dise ensuite s'il s'y trouve quelque chose contre la foi;
(i) \j Église et les g-ens d'Église (surtout les gens du tribunal de Rouen), «rla l'ait deux. Jeanne le sentait bien, malgré la rage de Cauchon et df .ses acolytes à maintenir réquivotjuc dont ils avaient besoin; et ses réponses sont d'une admirable sagesse.