L'ACCUSÉE ET LES JUGES VENDUS
je saurai bien dire ce qu'il en sera, car je dirai ce que j'y aurai trouvé par mon Conseil. Cependant, s'il s'y rencontrait quelque mal contre la foi chrétienne, que Dieu commande, je ne voudrais pas le soutenir et serais bien courroucée d'aller à Vencontre. »
Encore : « Toutes mes paroles et mes actions sont en la main de Dieu; et de tout, je m'en rapporte à lui. Je vous certifie que je ne voudrais rien faire ou dire contre la foi chrétienne. Et si j'avais fait ou dit quoi que ce soit; s'il y avait sur mon corps quelque chose que les clercs sussent dire être contre la foi chrétienne, établie par Notre-Seigneur, je ne voudrais pas le soutenir, mais je le jetterais dehors. — L'Église, je l'aime, et je voudrais la soutenir de tout mon pouvoir pour notre foi chrétienne ; et ce n'est pas moi que l'on devrait empêcher d'aller à l'église, ou d'entendre la messe. Oh! je vous en prie, en l'honneur de Dieu et de Notre-Dame, permettez-moi d'entendre la messe en cette bonne ville. — // me semble que Dieu et V Église, c'est tout un, et qu'il ne doitj" avoir là-dessus difficulté (i). — Je requiers d'être menée devant Notre Saint-Père le Pape lui-même; et je répondrai devant lui tout ce que je dois répondre. »
On lui reproche son a élément masculin (et certes ! il n'était que trop nécessaire!) Elle répond : « Puisque je porte cet habit par le commandement de Dieu et à son service, je ne crois pas mal faire; quand il plaira à Dieu de me l'ordonner, je le quitterai aussitôt. Aujourd'hui encore, si j'étais en cet habit d'homme, au milieu des
(i) Comment s'exprimer d'mic manière plus nette et plus chrétienne?
gens de mon parti, il me semble que ce serait nn des plus grands biens pour la France, de faire comme je faisais avant d'être prise. »
Elle se préoccupe aussi de l'hypothèse où, par force, on lui ferait quitter son habit pour la mener au supplice : « S'il arrive qu'il me faille être conduite en jugement, je m'en rapporte aux seigneurs de l'Église, pour qu'ils me fassent la grâce d'avoir une chemise de femme et un capuchon sur la tête. J'aime mieux mourir que de révoquer ce que Dieu m'a fait faire. »
Sur cette parole de Jeanne, le juge pose la question suivante : « Vous dites que vous portez l'habit d'homme d'après le commandement de Dieu; pourquoi demandezvous alors une chemise de femme à l'article de la mort? — Il suffit qu'elle soit longue, » répond la noble fille, dont la seule préoccupation, en cette circonstance, est toujours de sauvegarder sa pudeur.
On lui parle de sa bannière : « Je portais moi-même cette bannière quand j'attaquais les ennemis, pour éviter de tuer quehprun; car je n'ai jamais tué personne. — J'ai porté mon étendard dans l'église de Reims : il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur. »
Elle n'a pas peur de dire la vérité devant ses juges : « J'ai répondu en tout avec le plus de sincérité possible; et si je savais quelque chose qui me vînt en mémoire et que je n'eusse pas dit, volontiers je le dirais. »
Jeanne connaît bien sa mission. Pourquoi donc a-t-eUe été choisie et l'avorisée plus qu'une autre? — « Parce cpi'il a plu à Dieu d'agir pai' une simple pucelle pour repousse I- les ennemis du vol. » Cette mission, elle désire