‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 63 sur 83 · L'ACCUSEE ET LES JUGES VENDUS · texte numérisé non relu

L'ACCUSEE ET LES JUGES VENDUS

que beaucoup la reconnaissent, car ainsi la volonté divine serait accomplie. « Je voudrais bien que Dieu m'enAoyât encore plus de révélations, afin qu'il fût plus évident encore que je suis a enue de par Dieu, c'est-àdire que Dieu lui-même m'a envoyée. »

Toujours très calme, en pleine possession d'elle-même, elle nie énergiquement toutes les imputations calomnieuses dont Jean d'Estivet la couvre, et qu'il ne peut prouver; mais comme on ne tient aucun compte de ses dénégations, elle en appelle au Juge souverain de tous les hommes : « Je m'en rapporte à Notre-Seigneur, » répète-t-elle très souvent.

Après tout ce qu'on Aient de lire, il est éA'ident que Jeanne fut surnaturellement éclairée et soutenue, pendant son procès, plus encore (s'il est possible) que pendant tout le reste de sa Aie. Aussi ne sera-t-on pas étonné de a oir les merAcilleuses lumières que le Ciel lui donna parfois durant ce temps, sur son aAcnir comme sur celui des autres. A ses juges, elle prédit les châtiments de Dieu : « Vous ne ferez pas, dit-elle, ce dont A ous me menacez, sans qu'il aous en arriAe mal et au corps et à l'ànie. »

Or l'Histoire nous montre : le cardinal d'Angleterre frappé de folie; Cauchon expirant subitement entre les mains de son barioler; d'EstiA et se noyant dans un égout de Rouen; Jean Le Maître disparaissant immédiatement à la lin du procès, sans que Ton puisse retrouA er ses traces ; Xicolas Loyseleur mourant de mort soudaine, à Bàle, en l'année même, — au moment où ce misérable s'apprêtait à prendre part au Concile schismatique;

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Nicole Midy, frappé, le jour même du martyre de la Pucelle, du mal hideux qu'on appelle lèpre, et qui le conduisit au tombeau ; Bedford enfin s'éteignant, à la fleur de l'âge, dans ce château même de Rouen, où sa sublime prisonnière avait été, par son ordre, enfermée et martyrisée.

Jeanne s'immole pour la France; mais Dieu lui fait voir que sa mort ne sera pas inutile : « Je sais, dit-elle à ses juges, que mon roi gagnera le royaume de France; je le sais aussi bien que vous êtes là devant moi, siégeant à votre triljunal. Je serais morte, n'était cette révélation, qui me réconforte chaque jour ! — A^ous verrez que bientôt les Français seront victorieux dans une grande aft*aire que Dieu enverra, et telle que tout le royaume sera ébranlé. Et je dis cela, afin que quand ce sera arrwé, on ait mémoire que je l'ai dit. »

« Dieu hait-il les Anglais? » lui demande-t-on. — « De l'amour ou de la haine que Dieu peut avoir pour les Anglais, répond Jeanne, et de ce qu'il fera par rapport à leurs âmes, je ne sais rien; mais ce que je sais bien, c'est qu'ils seront chassés de France, excepté ceux qui y mourront; et je sais aussi que Dieu enverra la victoire aux Français contre les Anglais. »

En ce qui la regarde elle-même, ses Saintes lui prédisent sa mort; mais par une permission providentielle, le sens de leurs paroles, en cette circonstance, lui demeure caché. Dieu voulait adoucir à la pauvre enfant les tortures d'une longue agonie morale : « Mes Voix m'ont dit : Prends tout en gré, n'aie pas trop grand souci de ton martyre, tu viendras linalement au royaume du

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Paradis. » — « Qu'entendez-vous par votre martyre»? interrogent les juges. — « La peine et adversité que je souffre en prison. Je ne sais si je souffrirai plus grande peine que cela ; je m'en rapporte à Dieu. »

Mais Dieu la console : « Je crois fermement que je serai sauvée; autant que si j'y étais déjà. »

Voilà Jeanne peinte par elle-même, telle que ses dires nous la représentent. Et notons ceci : les mots sublimes que nous répétons, ce ne sont pas ses amis qui nous les ont rapportés ; ce sont ses ennemis acharnés, qui les ont insérés aux comptes rendus officiels du procès de condamnation. De plus, nous savons de source certaine que les admirables réponses n'ont pas toutes été consignées. Ce qui nous est parvenu suffît.

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