SUITE DU PROCÈS DE ROUEN
Le juge insiste : « Plus vous craignez pour votre vie. plus vous devriez vous amender. Vous ne pouvez jouir de vos droits de catholique qu'en vous soumettant à l'Église (i). — Si mon corps meurt en prison, je compte que vous le ferez mettre en terre sainte. Si vous ne le faites pas, je m'en rapporte à Notre-Seigneur. »
Et, malgré son état, on continua à la presser de la sorte. Tout à coup, comme la malade entendait l'un des assesseurs présents dire que, faute de sa soumission, on la traiterait comme une païenne, — elle relève la tête, et rassemblant ses forces : « Je suis bonne chrétienne, s'écrie-t-elle; j'ai été bien baptisée et je mourrai comme une bonne chrétienne. J'aime Dieu, je le sers, je voudrais aider et servir l'Eglise de tout mon pouvoir. »
Elle était donc inébranlable, dans l'épuisement de son corps, comme elle l'avait été dans toute la plénitude de sa santé : les juges se retirèrent sans avoir rien obtenu.
Cependant, Jeanne se remit, et Gauchon s'empressa de constater et de faire constater publiquement son prétendu refus de soumission. Le 2 mai, il réunit dans une salle du château de Rouen soixante-trois notables, clercs, docteurs...; et devant eux, Jean de Ghàtillon, archidiacre d'Evreux, chargé de faire V exhortation à l'accusée, exposa sous une forme oratoire le contenu des douze articles, dont cependant on ne communiqua jamais le texte à Jeanne. Puis il dit à nouveau, bien succinctement toutefois, ce que c'est que l'Eglise militante (2) et lui demanda de s'y soumettre.
(i) Toujours l'éternelle équivoque du misérable ! (p.) Jeanne avait déclaré ne pas entendre ce terme.
3o8 JEANNE D'ARC OU LA PUCELLE D'ORLÉANS
« Je crois bien, répondit la Pucelle, à l'Eg-lise qui existe ici-bas; mais de mes actions et de mes paroles, comme je l'ai déjà dit, je m'en rapporte à Dieu, Notre- Seigneur. »
Ici, nous voyons évidemment l'action de l'infâme Loyseleur, inspirant les réponses de la pauvre enfant, et lui faisant croire, comme l'affirmèrent d'ailleurs plus tard les témoins du procès de réhabilitation^ qu'elle ne pouvait soumettre ses actes à l'Egiise, sans reconnaître, par le fait même, que Gauclion était son juge légitime, et sans se soumettre à lui. L'interrogatoire que nous citons prouve surabondamment qu'on avait trompé la Pucelle d'une indigne manière, puisque, quelques instants après, elle demande par deux fois qu'on la conduise au Souverain Pontife, affirmant qu'elle lui répondra volontiers.
Jean de Gliatillon lui demande encore : (( Pourquoi vous en rapportez-vous toujours à Dieu? — Parce que mes révélations, répond-elle, viennent de Dieu, sans autre intermédiaire humain. »
On voudrait à tout prix la confondre! Jeanne avait toujours refusé de faire connaître le secret apporté par elle à Charles Vil; et pourtant, comme on la pressait outre mesure de parler sur ce point, elle avait eu recours, IK'ndant h.' procès, à certaine fiction de nature à mettre fin à l'insistance des juges. Elle leur avait dit qu'elle avait apporté de la part du Ciel au roi de France la plus prérieuse couronne ([u'il y eiit sur la terre; et que c'était là \v signe de sa mission anprès de Charles VII.
Or, les renseignenuiils pris par le tribiuial de Rouen