‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 66 sur 83 · SUITE DU PROCÈS DE ROUEN · texte numérisé non relu

SUITE DU PROCÈS DE ROUEN

avaient démontré, sinon nettement, au moins presque certainement, que Jeanne n'avait pas porté de couronne à Cliinon ; c'est pourquoi les juges lui tendent un nouveau piège : —

(( Au sujet du signe remis à votre roi, interroge Jean de Ghàtillon, a oulez-vous vous en rapporter à l'archevêque de Reims, au sire de Boussac, à Charles de Bourbon, au duc de La Trémouille et à Etienne, dit La Hire? — Donnez-moi un messager, répond Jeanne, et je leur écrirai au sujet de tout ce procès. — Pourquoi ne voulezvous pas vous en remettre à leurs attestations, contresignées de leurs sceaux? — Donnez-moi un messager, répète la Pucelle ; je ne veux croire et m'en rapporter à eux que de cette façon. »

Le piège, en effet, était trop grossier : le tribunal voulait se faire intermédiaire entre Jeanne et ses partisans ; elle devinait bien ce qu'on pouvait obtenir par une semblable entremise. Pour la même raison, elle refusa de s'en rapporter d'une telle façon à trois ou quatre ecclésiastiques de son parti, même de V Église de Poitiers, On eût trouvé moyen de duper la pauvre fille ! — C'est à la fin de la séance de la couronne, que Jeanne prédit à ses juges le châtiment de Dieu, selon ce que nous avons rapporté plus haut.

Toutefois, répétons encore l'observation suivante : afin de bien comprendre certaines réponses de la vaillante accusée sur tous ces points embarrassants et délicats, il ne faut pas oublier que le traître Loyseleur, averti par avance des embûches que les interrogatoires devaient contenir, allait, sous les apparences d'une

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fausse pitié, sug^gércr à la Pucelle des réponses de nature à la perdre.

Malgré toutes ces précautions, on n'avait, somme toute, au sujet de Jeanne, que deux choses bien constatées et qu'on pût interpréter contre elle : le port des habits d'homme, et le refus de se soumettre à l'Eglise militante, en tant que représentée par Cauchon et ses assesseurs.

Ce n'était pas assez. Aussi, le 9 mai, la Pucelle futelle conduite dans la grosse tour du château de Rouen, où l'on avait préparé tous les instruments de torture. Les bourreaux et leurs aides étaient là, tout prêts, attendant Tordic' d'agir, si Jeanne ne voulait avouer qu'elle avait trompé ses juges. Mais elle, fièrement, redressa la tête et s'écria :

« Vraimciil. (piand vous devriez me faire arracher les membres et me faire partir l'àme du corps, je ne vous dirais pas aiilic chose! et si je vous disais autre chose, je vous dirais toujours ensuite que vous me l'avez fait dire par force. »

Devant tant d'énergie morale, on n'osa passer outre, craignant sans doute que le corps, usé par la souffrance, ne lût aclievé par les supplices de la torture. Quand, INI peu plus tard, on consulta douze assesseurs sur l'opportunité d'appliquer la torture à Jeanne, il n'y en eut (pu* trois (|ui votèrent /><^///'; et, parmi ces trois, comble d'infamie! le cynique Loyseleur.

Ccpendaut, la déiil)éralion de l'Université de Paris n\ii\ii;sf//)/)().s(ini acquis h's faits contenus dans les douze articles, clic condamnait Jeanne sur toute la ligne. On

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s'empressa d'assembler les assesseurs, en le plus grand nombre possible, pour leur lire l'avis de tous les célèbres docteurs de Paris, ainsi que deux lettres de félicitations et d'encouragement, écrites par l'Université, l'une au roi d'Angleterre, l'autre à Pierre Gauchon, — « les louant de leur zèle pour l'Église, et leur demandant de ne plus tarder à faire, de la coupable, bonne et prompte justice. »

La plupart des assesseurs s'empressèrent d'adhérer aux délibérations de l'Université, purement et simplement; les autres y souscrivirent avec plus ou moins de réserves, en demandant que Jeanne fût derechef avertie de se soumettre.

Le mercredi 28 mai, Pierre Gauchon et Jean Le Maître, assistés de neuf assesseurs, firent comparaître la Pucelle. Sur l'ordre de l'évêque de Beauvais, Pierre Maurice, chanoine de Rouen, exposa devant l'accusée les points sur lesquels l'Université la déclarait coupable, et termina par une pathétique exhortation à s'en rapporter au jugement de l'Eglise (de Gauchon) ainsi qu'à sa décision sur ces points.

Jeanne écouta, puis elle dit : « Je maintiens tout ce que j'ai répondu dans le procès. — Ne savez-vous pas, reprit Gauchon, que vous vous exposez à être brûlée? — Quand je a errais le feu allumé, les fagots préparés, le bourreau sur le point de mettre le feu; quand je serais sur le bûcher, je ne dirais pas autre chose, et je soutiendrais ce que j'ai dit dans le procès, et cela jusqu'à la mort! »

L'évêque de Beauvais, l'interrogeant une dernière

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fois : « Avez-vous quelque chose à ajouter? — Non! » répondit-elle. L'indigne prélat déclara la cause entendue, et remit au lendemain le prononcé du jugement.

En conclusion, on n'avait obtenu de la sainte Pucelle rien qui fût capable d'altérer, aux yeux des personnes de bien et même du peuple entier, l'éclat qui brillait autour de son nom merveilleux. Malgré la perfidie de ses juges, la trahison de son confident, la vue des instruments de torture et la menace du bûcher, Jeanne avait soutenu la vérité de ses révélations ; elle avait maintenu sa mission divine. On pouvait bien la brûler, mais faire disparaître de son front l'auréole d'envoyée de Dieu, ou seulement essayer de l'obscurcir, c'était impossible !

Fallait-il donc que Gauchon s'avouât vaincu? Fallait-il que ce misérable eût reçu tant d'argent et fait preuve de tant de néfastes talents en pure perte? qu'il confessât aux Anglais, ses maîtres, que s'il pouvait assassiner la Pucelle, il ne pouvait pas arriver à la déshonorer?....

C'est à l'heure où tous les préparatifs d'un crime semblent devenir inutiles, que les malfaiteurs deviennent plus audacieux et plus rusés. Tel est Gauchon, à la dernière période de sa lutte contre l'innocence. Il veut à tout prix faire rétracter à sa victime de prétendues erreurs, afin d'empêcher que l'on croie à la sincérité de sa vie, à sa divine mission. Pour cela, rien ne coûtera désormais au triste personnage, et la plus grossière fourberie lui semblera légitime. Jusqu'à présent, s'il a supprimé des pièces au procès, il n'en a pas encore substitué; maintenant, il va le faire. 11 n'a pas encore pris hi responsabilité de promesses fausses et

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mensongères ; il va l'encourir sans hésiter. Un mode de séduction reste, qu'il n'a pas encore employé : c'est de faire briller aux yeux de Jeanne l'espoir de reprendre les armes pour la France, ce qui demeure son unique rêve, elle le dit assez haut; Gauchon va tenter ce moyen.

Et tout cela, le fourbe ne le fera plus seulement avec la menace aux lèvres ; il le fera devant un bûcher, sur lequel le bourreau prépare sa torche incendiaire. Au même moment, Loyseleur, le faux directeur de la conscience de Jeanne, si diversement agitée, changera tout à coup de tactique, et par une trahison nouvelle, déclarera coupable une résistance qu'il a jusqu'alors conseillée, encouragée : il suppliera Jeanne, au nom de Dieu, de sauver son âme en se soumettant au tribunal de Cauchon.

Tel est le programme de la scène de Saint-Ouen, que nous allons décrire.

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