‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 71 sur 83 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

APRES LA MORT — LE CŒUR DE JEAXXK I) AUC — l'aXGLETKRRE DÉFEND SON CRIME — LA FRxVNCE DÉLIVRÉE — LA RÉlIABILrTAITON

EANNE la martyre vient d/expirer dans l'ignoniinie du supplice; mais dès cette heure même, tous lui rendent témoignage. Les personnages qui l'ont vue mourir, prélats, docteurs, magistrats, n'ont qu'une Aoix pour redire sa pieuse fin et s'écrier : «Nous voudrions être où nous croyons qu'est l'âme de cette jeune fille ! » Jean Thiessart, secrétaire du roi d'Angleterre, répète en quittant le lieu sinistre : « Nous sommes perdus, car nous avons brûlé une sainte! » Le peuple est consterné : tous proclament l'innocence de la victime et montrent du doigt avec horreur les auteurs de la condamnation. Le bourreau lui-même s'écrie : « Dieu ne me pardonnera jamais d'avoir brûlé cette sainte ! « Il est d'ailleurs le témoin d'im grand prodige. (Ce prodige est attesté sous la foi du serment par ledit bourreau.)

Le Ciel, en elïet, veut rendre un éclatant témoignage à sa lidèle envoyée. Dès qu'elle a rendu l'ànie, l'exécuteur écarte le feu, sur Tordre de Winchester, pour permettre aux soudards anglais de contempler le cadavre défiguré de celle qui les a l'ait trembler si longtemps (i) ; puis, sur un nouvel ordre, il active les flammes pour consumer la dépouille sacrée. Bientôt il ne reste plus qu'un monceau de cendres. Avant de se retirer, le bourreau les fouille de sa fourche de fer; mais, ô miracle! ces cendres remuées laissent voir le cœur de Jeanne, rempli d'un sang rouge et semblant vivre encore. Du soufre, de l'huile sont répandus sur ce lambeau de chair palpitante : la flamme s'élève de nouveau, guidée par la main expérimentée du bourreau; puis, tout s'éteint pour la seconde fois, et pour la seconde fois, au milieu des cendres, on retrouve le cœur de Jeanne, tout aussi vermeil que s'il était en vie.

L'exécuteur atterré s'enfuit, et va se confesser au Fr. Martin Ladvenu, craignant fort pour son salut éternel.

Les valets sont demeurés autour du bûcher : que vont-ils faire de la relique ? Ils s'adressent à Winchester, qui préside encore à cette scène lugubre, quand tous les autres ont disparu, glacés d'horreur. C'est à l'Angleterre qu'il appartient de profaner le dernier reste de sa victime, car le prélat anglais ordonne de jeter

(i) Dernière vengeance des ennemis de la sainte Puccllc ! outrager une vierge dans sa pudeur jusqu après sa mort. Jeanne, de Là-Haut, peut mépriser ces outrages, qui retombent de tout leur poids sur les hypocrites qui se scandalisaient de l'habit d homme l

à la Seine, avec toutes les cendres, le cœur de Jeanne la Pucelle.

Ce cœur sauvé des flammes ! c'était Dieu proclamant le courage et la virginité de sa docile messagère, de la libératrice de la France. Ah ! cruels ! jetez-le dans le fleuve, ce cœur sanglant, car il vous accuse. Une consolation nous vient de votre profanation impie : le cœur de Jeanne sera porté vers l'Océan, et l'Océan, par son flux, le rejettera sur la côte de France ! Ce cœur demeurera comme la barrière entre l'i^ngleterre et la France, comme la digue protectrice que jamais l'invasion britannique ne franchira !

Cependant, au milieu du témoignage unanime qui flétrit les assassins de la Pucelle, la politique anglaise les couvre et les oblige à défendre leur œuvre. Le 7 juin, Gauchon fait rédiger le procès-verbal destiné, croyait-il, à confirmer ce mensonge : Jeanne a renié ses Voix. Le 8, le Conseil royal d'Angleterre envoie à l'empereur d'Allemagne, aux rois, aux ducs, à tous les princes de la chrétienté, la célèbre circulaire déclarant que (( Jeanne, avant de mourir, a reconnu ses erreurs et la fausseté de sa prétendue mission. » Le 28 juin, une seconde circulaire dans le même sens est adressée à tous les seigneurs, à toutes les cités du royaume de France. L'Université de Paris, appuyant le Conseil d'Angleterre, écrit les mêmes affirmations dans une lettre adressée au Pape, à l'empereur, au Conseil des cardinaux.

Un religieux de Rouen avait, dans une conversation, déclaré que Jeanne était innocente : il fut cité au tribunal

^6o JEANNE DARC OU LA PUCELLE DORLÈA^S

deCauehoiiet sévèrement eondamné. Toutefois, l'évèquc de Bcauvais, se voyant poursuivi par la vindicte publique, sentant dans sa conscience combien sa conduite lui pouvait attirer de châtiments, obtint du roi d'Anç^leterre des lettres couvrant sa personne de l'autorité royale, et défendant à qui que ce fût de le poursuivre devant le Pape, ou quelque tribunal ecclésiastique, pour les faits relatifs au procès de la Pucelle.

Tant de précautions atteignirent en partie leur bnt : la mémoire de Jeanne fut obscurcie un instant, hormis pour le peuple, le bon peuple de France, qui lui resta lidèle. La Cour de Charles YII pratiquait envers la Pucelle, après la politique de l'ingratitude . la tactique du silence.

Cependant il allait être facile de vérifier si Jeanne était réellement l'envoyée de Dieu, car elle avait prédit à ses juges que les Anglais perdraient toute la France. Sa parole serait-elle réalisée? Elle le fut de tout point.

Le 29 mai i436, le connétable de Richemont prit possession de Paris, cq grand gage dont le roi de France, avait dit la Pucelle, devait s'emparer avant six ans. Le 18 octobre i449^ Charles YII entrait à Rouen, et bientôt après il battait les Anglais à Formigny (i45o), puis à Castillon (i453). Enfin, le 29 octobre de la même année, il faisait son entrée triomphale à Bordeaux. Les Anglais ne possédaient plus en France que Calais et deux petites villes voisines, Ardres et Guines. La prophétie de Jeanne était accomplie.

Un devoir de justice restait à remplir à l'égard de la Pucelle. L'infAme Cauchcxi, en la condamnant, avait

invoqué contre elle l'autorité de l'Église; il fallait s'adresser à l'Église pour savoir ce qu'elle pensait de l'acte de son impie et fourbe ministre.

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