SCÈNE II
MOLINCHON, BOUDINIER.
BOUDINIER.
Alors que nous voilà de cuisine tous les deux... ça m’humilie, monsieur Molinchon. *
MOLINCHON.
Et à cause donc que ça vous humilie, monsieur Boudinier?
BOUDINIER.
A cause que vousn’êtes qu’un poltron.
MOLINCHON.
Ah!
BOUDINIER.
Et que j’ai dans les veines le sang d’un-n-héros.
MOLINCHON.
Ça n’est point de ma faute, monsieur Boudinier ; l’ courage . . . ça ne se commande point.
BOUDINIER.
Et pourquoi que vous avez peur? Vous n’avez tant seule- , ment pas encore vu le feu.
MOLINCHON.
Ni vous non plus, monsieur Boudinier.
l’histoire d’un drapeau.
• BOUDINIER.
Non, mais je brûle de le voir, moi; je sais ce que ça me fera, parce que, quand j’y pense, j’ai des frémissements dans les mains, des picotements dans les bras, des fourmillements dans les jambes; j’ai des envies de tuer, quoi! Oh ! je mangerais dix ennemis à moi seul, avec armes et bagages.
MOLIISCHON.
Moi, pas... j’ai pas tant d’appétit que ça.
BOUDINIER.
Parbleu !
MOLINCHON.
L’idée de la bataille me procure là- dedans quelque chose que je ne peux pas vous dire.
BOUDINIER.
Je sais ce que c’est.
MOLINCHON.
Et puis j’éprouve de fortes envies de courir... Je ne sais pas si c’est en arrière, mais je crois bien que ce n’est pas en avant.
BOUDINIER.
Tenez, vous n’êtes pas plus brave... qu’un lapin... et moi je suis-f-un tigre!
MOLINCHON.
C’est possible, monsieur lloudinier, mais c’est indépendant de mes désirs... Quand je pense à me trouver en face d’un boulet de canon, je cherche tout de suite à quelle place qu’il pourrait me faire le moins de mal.
BOUDINIER.
Et quelle place que vous avez choisie?
MOLINCHON.
C’est encore dans votre estomac que ça me serait le moins désagréable.
BOUDINIER.
Tenez, vous n'êtes rien du tout. v
MOLINCHON.
Mais ce n’est pas ma faute si je n’ai pas le cœur d’un-n-héros comme vous.