BONAPARTE, VAUBOIS
BONAPARTE
Je ne me fais pas illusion, l’armée est découragée. Quelle lutte ! Si, du moins, on nous donnait des secours proportionnés à nos périls! mais non, chaque jour le nombre de nos braves diminue : Joubert, Lannes, Lamarc, Murat, Chabrand sont hors de combat; leurs soldats ont été décimés par la mitraille.
VAUBOIS
Et le Directoire n’envoie pas de renforts ; il reste sourd à nos plaintes!
BONAPARTE
Mes lettres sont demeurées sans réponse. N’importe! demain nous agirons.
VAUBOIS, étonné.
Demain !
BONAPARTE
Pensez-vous que je veuille donner à l’armée le tefmps de se démoraliser davantage?... Non, non : si nous ne pouvons combattre l’ennemi, ni dans les redoutables positions qu’il occupe maintenant, ni en plaine où il trouve l’avantage de déployer des forces trop supérieures aux nôtres, nous l’étonnerons par un plan hardi. Les chaussées de Roneo sont construites au milieu des marais près d’Arcole, c’est là que je veux attaquer l’ennemi, c’est là que nous tenterons notre dernière chance.
VAUBOIS, étonne.
Les chaussées de Ronco !
BONAPARTE
Trois digues placées au milieu des marais, ce terrain annule l’avantage du nombre. On ne peut se déployer sur les chaussées, le courage des tètes de colonnes décidera la victoire. Ah ! si j’avais seulement quelques milliers d’hommes de plus!..
VOIX, au dehors, LANNES.
Le général Bonaparte! le général Bonaparte !
Que veux-t-on ?