‹ L'histoire d'un drapeau grand drame militaire en douze tableauxChapitre 3 sur 77 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes, ANTOINETTE.

ANTOINETTE, au dehors.

Non, non, non, je ne le veux plus, j’en ai assez. (Elle entre.) madame WOLF.

Qu’as-tu donc, Antoinette?..

ANTOINETTE

Ce que j’ai? Madame me demande ce que j’ai !..

MADAME WOLF

D’abord, tu sais qu’on ne dit plus madame.

Oui, je sais qu’on ne le dit plus; mais, je le dis, moi... je n’ai pas adhéré au régime actuel, moi; je suis une aristocrate, moi ; qu’on prenne ma tête, mais on ne me forcera pas à dire : toi, moi.

JEANNE

Mais, ma pauvre Antoinette, tu finiras par nous compromettre toutes !

ANTOINETTE

Ça m’est égal, j'ai fait le sacrifice de vos existences.

LOUISE

Grand merci!..

ANTOINETTE

Mes principes avant tout. Je ne tolérerai pas plus longtemps un état de choses pareil... jusqu’à mon nom, mon non d’Antoinette qu’ils ont voulu me ravir, pour lui substituer celui d’Échalotte!.. (A Louise.) La citoyenne Échalotte!.. moi!., jamais!.. prenez plutôt ma tête!..

LOUISE

Mais, qu’est-ce que tu veux qu’on en fasse de ta tête?..

ANTOINETTE

Comment! ce que je veux qu’on en fasse !.. Je dis qu’on la prenne... mais gare au premier qui y touche... saperlolte !..

MARIE

Voyons, que t’est-il arrivé?..

LOUISE

D’où vient ta colère de ce matin?

D’où elle vient?.. Elle vient de la halle.

TOUTES

De la halle!..

MADAME WOLF

Allons, explique-toi.

ANTOINETTE

Voilà. . Madame m’avait...

MADAME WOLF

La citoyenne...

ANTOINETTE

Jamais de la vie!.. Madame m’avait confié...

TOUTES

Ah!..

ANTOINETTE

Madame m’avait confié, ce matin, vingt-huit mille livres, et j’étais fière de ce dépôt...

LOUISE

Eh bien?..

ANTOINETTE

Madame m’avait dit de m’en aller à la halle et de rapporter les provisions de la journée...

JEANNE

Eh bien ?. .

ANTOINETTE

Je voulais acheter un poulet, des côtelettes petits pois... ‘

LOUISE

Eh bien?..

et un litre de

ANTOINETTE

Eh bien ! on m’a demandé trois cents livres pour le poulet et six cents pour six côtelettes de veau...

MADAME WOLF

Mais, c’est le prix.

ANTOINETTE

Le prix ! . . Allons donc, je les connais les prix, ma mère était marchande à la halle... et dans ce temps-là, pour trois cents livres, j’aurais eu trois cents poulets... et pour six cents livres, au lieu de six côtelettes de veau, on aurait acheté six veaux...

MADAME WOLF, riant.

Calme-toi.

ANTOINETTE

Et les petits pois, donc, quatre cents livres le litre !.. ça fait des petits poi^ à vingt sous la pièce!..

MADAME WOLF

Mais, ma pauvre Antoinette, ce n’est pas le prix des denrées qui augmente, c’est la valeur des assignats qui diminue.

ANTOINETTE

Mais y a-t-il pas écrit là-dessus cinq cents livres?.. (Elle montre un assignat.)

L’HIsTOIRE d’un drapeau.

TOUTES

Oui.

ANTOINETTE

Ça vaut donc toujours cinq cents livres, puisque c’est imprimé...

MADAME WOLF

Va à la cuisine, ma fille, et-tAche de nous, faire bientôt déjeuner.

ANTO. ’iE'.UE

J’y vais. Madame. Mais, quand je peuse que je vais fricoter vingt-cinq ou .trente mille livres aujourd’hr : dans mes casseroles... ça me fend le cœur. Madame.

MADAME WOLF

Citoyenne, donc, malheureuse!.,

ANTOINETTE

Oui, Madame.

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