SCÈNE IY
Les mêmes, FRANÇOIS, SATURNIN, JÉROME, LOUISE et
JEANNE
(Les trois militaires sont, comme au tableau précédent, couverts de vêtements en lambeaux. Leur visage porte l’empreinte de leurs longues souffrances. )
FRANÇOIS
Marie !.. Marie !..
MARIE, se jetant dans ses bras.
Ah!., je te revois!., je te revois!..
FRANÇOIS
Ma pauvre Marie!., comme tu as dû soutfrir !.. et je n’étais pas là pour soutenir ton courage ! r
MARIE
Et toi, toi, couvert de blessures...
FRANÇOIS, montrant Jérôme et Saturnin.
J’avais deux bons amis... deux amis... c’est à eux, que je dois de vivre encore... ,
MARIE
Comment pourrai-je jamais m’acquitter envers vous ?
JÉRÔME
Le ciel s’est chargé de la dette, il m’a rendu Jeanne.
SATURNIN
Et il m’a rendu Louise.
L J HISTOIRE d’un drapeau.
ANTOINETTE
Et nous, mon colonel, est-ce que vous n’aurez pas un petit mot à nous dire ?
FRANÇOIS
Antoinette !..
JÉRÔME. '
Et le sergent Molinchon...
SATURNIN
Et M. Boudinier...
Le brave Boudinier...
FRANÇOIS
Nous sommes bien heureux de vous retrouver tous...
ANDRÉ
Tous!., même le vieil André...
TOUS, étonnés.
André!..
ANDRÉ
Vous ne vous souvenez plus... Il y a dix-huit ans... j’étais déjà un vieillard... un pauvre prêtre proscrit...
FRANÇOIS
Attendez... je me souviens, moi... je vous reconnais; c’est vous qui avez béni, jadis, notre pauvre drapeau...
TOUS
Lui!..
FRANÇOIS
Vous lui aviez prédit un avenir de gloire...
ANDRÉ
Et quelle gloire a jamais été plus éclatante ?
FRANÇOIS
Mais le temps du malheur est arrivé pour lui.
Dites un temps d’épreuves...
FRANÇOIS
Notre drapeau!.. Vous sou venez -vous, André, du beau jour de sa naissance, et vous, amis, de son baptême à Arcole, de sa gloire dans le monde entier?.. Hélas!., le voilà proscrit à son tour, maintenant...
‘ ANDRÉ
Oui, proscrit... mais qu’est-il devenu?., qu’en avez-vous fait?..
FRANÇOIS
Nos aigles, nos drapeaux, l’ennemi ne peut s’enorgueillir de nous les avoir enlevés. Quelques braves, avant d’expirer, les cachaient sous la neige ; d’autres les'brûlaient sur le sol ou s’ensevelissaient avec eux dans ce glorieux linceul.
ANDRÉ
Mais le vôtre ?.. le vôtre ?..
FRANÇOIS
Celui-là était béni, celui-là devait survivre.
Vous l’avez conservé ?. .