Contents, du latin IM
adviser au recouvrement de sa seigneurie, mande présentement les trois Estaz de son royaume, à. certain jour, comme pourrez savoir par ses lettres que sur ce vous envoyé, auquel jour vous prions bien acertes que de vostre part n'y veuillez faillir. En attendant laquelle journée, pour pourveoir à ce qui est nécessaire, tant. pour le fait de TEstat de mondit seigneur comme pour le fait de sa guerre, se met sus présentement un aide, le plus legier que faire se peut, ainsi que pourrez pleinement savoir par les lettres que mondit seigneur sur ce vous escript, à quoy vous prions aussi que de vostre part veuillez mettre bonne diligence, comme povez savoir que besoin en est, en vous acquittant et demonstrant tousjours la loyaulté et le bon vouloir que avez eu au bien de mondit seigneur, dont vous estes moult à louer et recommander; et veuillez tenir pour excusé ledit porteur, lequel nous bailla voz lettres adreçans à monseigneur de Bretaigne, lesquelles nous lui envoyasmes, et l'avons tousjours fait demourér pour vous porter la vérité et certaineté desdictes nouvelles. Si nous faictes savoir des vostres, ensemble se chose voulez que puissons, et nous la ferons de bon cuer. Très chiers et bons amis, Nostre- Seigneur soit garde de vous.
Escript à Poictiers, le tiers jour d'aoust.
Le comte de Richemont, connestable de France, Artur.
Gilet.
Le connétable de Richemont ne resta pas longtemps le maître tranquille et incontesté du pouvoir. Les anciens favoris de Charles Vil avaient disparu : mais de nouvbaux surgissaient qu'il fallait combattre. Le sire de
ET JEANNE D*ARC Si
Giac^ le seul des anciens conseillers d'autrefois qui eût trouvé grâce devant Richemont, devint bientôt si influent que Ricfiemont le fit arrêter et mettre à mort. Il se débarrassa ensuite par l'assassinat de l'écuyer Le Camus de Beaulieu. C'est alors que la Trémoille fut présenté par le connétable au roi, qui ne Vaccepta qu'à contrecœur. Mais bientôt Vinfluence de la Trémoille fut telle que le connétable se vit relégué au second plan. D'où, nouvelles rivalités et nouvelles luttes, La Trémoille finit par se substituer à Richemont et devint le véritable maître du royaume.
Pendant que ces révolutions de palais affaiblissaient le parti royal, Vinvasion anglaise devenait de plus en plus menaçante. Le terrain se rétrécissait tous les jours davantage autour de Charles VIL Les Anglais avaient conquis le Maine, assiégé le Mont-Saint-Michel, menacé la Bretagne ,- défait le connétable de Richemont à Saint'JameS'de-Beuvron. Bedford assiégeait Montargis (août 4427).
§ 12. — MOiNTÂRGIS EST ASSléOÉ PAR LES ARMÉES RÉUNIES DE SUFFOLK BT DE WARWICK. — LA VILLE SE DÉFEND HâROÏ- QL'EIIENT. — ELLE EST SAUVÉE PAR LE BATARD d'oRLÉANS (dUNOIS) ET PAR LA HIRE. — BATAILLE DE MONTARGIS. —
DÉFAITE DES AiNGLAis (5 Septembre 1427).
(Monstrelet, Chroniques, t. II, ch. xli.)
En cet an, le duc de Bedfort, qui se nommait régent de France de par le roi Henri, fit assiéger la ville et forteresse de Montargis par les comtes de Warwick et Suffort, avec lesquels était le seigneur de la Pôle, frère dudit comte de Suffort, messire Henri Bisset et autres capitaines, qui pouvaient avoir
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avec eux trois mille combattants ; lesquels, venus audit lieu de Montargis, l'environnèrent. Ladite ville fut en assez beau lieu, pour ce qu'il lui convenait faire trois sièges, lesquels assez dangereusement pouvaient bailler secours Fun à l'autre; néanmoins ils se logèrent tout entour et fortifièrent leur dit logis en aucuns lieux. Et était ledit comte de Warwick logé en une abbaye de nonnains à un des côtés de la ville. Et bref après leur venue, firent aucuns ponts et passages sur la rivière, pour par iceux secourir les uns aux autres, si besoin leur était : et ce fait, commencèrent vigoureusement à approcher icelle ville de Montargis et la forteresse, et très fort combattre et endommager de plusieurs engins. Mais nonobstant ce, les assiégés se défendirent très puissamment; et continuèrent les assiégeants en cette besogne l'espace de deux mois ou environ. Lequel temps durant, les nouvelles furent portées au roi Charles de France et lui firent savoir lesdits assiégés que s'il ne leur envoyait secours assez bref, il les conviendrait rendre es mains de leurs adversaires.
Ces nouvelles venues à la connaissance du roi Charles, comme dit est, ledit roi rassembla son conseil, auquel fut conclu et délibéré d'y envoyer secours, ou au moins eux rafraîchir de vivres et de geiis; lequel fut mis sus. Et fut faite pour cette cause aucune assemblée, qui point ne porta d'effet et se dérompit; mais depuis fut ordonné de par le roi Charles de faire une autre assemblée à Orléans pour celte même cause, de laquelle fut baillée charge, de par le roi, au comte de Dunois, bâtard d'Orléans, avec lequel se mirent messire Guillaume d'Albreth, seigneur d'Orvaî, le seigneur de Graville, de Villars et de Gaucourt, Etienne Vignoles, qu'oa dit La Hire,
ET JEANNE d'aRC 33
messire Gilles de Saint-Simon, Gaultier de Broussart et plusieurs autres capitaines, qui pouvaient bien avoir seize cents combattants, droits gens de guerre et d'élite, lesquels se mirent à chemin avec grand foison de vivres, en intention de ravitailler icelle ville de Montargis et de non lever le siège. Et quand ils furent venus à une demi-lieue près, le plus secrètement qu'ils purent, ils prirent conseil ensemble et conclurent de férir sur aucuns des logis des Anglais par deux côtés ; et avaient avec eux gens de la garnison dudit lieu de Montargis, qui les menaient, entre lesquels était un nommé le petit Breton. Si fut La Hire ordonné à conduire Tune des compagnies ; et comme ils avaient conclu le firent. Si férirent vaillamment et de grandVolonté sur les logis des Anglais, qui de ce ne se donnaient garde, criant « Montjoye! Saint-Denis! » et commencèrent à bouter les feux âprement en maint logis, et à tuer, prendre et mettre à meschef plusieurs Anglais. Et tellement et si vaillamment s'y portèrent que le logis du seigneur de la Pôle fut en assez briève espace du tout tourné à déconfiture ; mais ledit seigneur de la Pôle se sauva en un petit batel, environ lui huitième. Et adonc avaient ceux de la ville tenu les eaux si grandes et grosses que les ponts que lesdits Anglais avaient faits étaient couverts d'eaux, par quoi, quand ils se Guidaient sauver, ils chéaient à côté des ponts et se noyaient.
Et en tant que cer se faisait, le bâtard d'Orléans se combattait vigoureusement de l'autre côté sur les logis de messire Henri Besset ; et là était descendu à pied. Et y avait fort à faire, quand les autres, qui avaient rué jus et déconfît le premier logis, lui allèrent puissamment bailler secours. Et avait été blessé
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le seigneur de GraviUe. Et lors lesditg Anglais, apercevant que la force iv'était point à eux, se commencèrent à retraire, pour aller aux logis du comte de Warwick. Et passaient par un pont à si grand'Mte et en si grand'presse que du grand faix le pont rompit sous eux ; et là furent morts et déconfits laidement et en très grand nombre ; car, avec ce, ceux de la viUe de Montargis saillirent fièrement en l'aide de leurs gens ; et sans épargner en occirent et prirent plusieurs.
Et entretemps, le comte de Warwick assembla ses gens le plus hâtivement qu'il put. Mais, quand il sut la grand'perte et dommageable destruction de son ost, dont il avait jà perdu de mille à quinze cents hommes, qui furent que morts que pris, se mit en bataille, en soi retournant sur une petite montagne es vignes, au-dessous de son ost. Et lors les Français, qui furent fort travaillés de cette besogne, entrèrent dedans Montargis; et entretemps la nuit vint; et se départirent et mirent à chemin lesdits Anglais, avec remanant de leurs gens, desquels la plus grand'partie étaient de pied, eux retrayant au château Landon, en Nemours, et es autres lieux de leur obéissance. Et les dessus dits Français demeurèrent à Montargis, faisant bonne et joyeuse chère de ce qu'ainsi, par l'aide de Dieu, avaient achevé ce pour quoi ils étaient là venus. Et après s'en retournèrent devers le roi Charles de France, qui les reçut très amiablement.
Cependant ces vaillants efforts des gens de guerre n'étaient que trop souvent paralysés par les querelles intestines et les rivalités des seigneurs qui se disputaient la faveur royale et le gouvernement. Une Hgue form-
ET JEAXNE d'arc 35
dabk de tùus les princes ennemis de la Trémoille s'or* ganisa s&us la direetion du eannétable de Richemont. Le roi fit preuve entre eux d'activité et d'énergie. Mais ils ne se soumirent pas sans conditions.
§ 13. — ANALYSE DES DOLÉANCES ET RÉCLAMATI02SS DES PRKS'GES UGUÉS COKTRE LA TRÉMOUILLE. — ILS RÉCLAMENT LA CON- VOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX (juillet 1428).
(De Beaucourt, Histoire de Charles Vil, t. Il, p. 165, d'après un document des Archives nationales.)
Les princes demandaient tout d'abord, en raison de la « grande nécessité « où Von était, la convoca-
Sceau de la Trémouille.
(Archives nationales, n* 3766.)
lion de l'assemblée des trois États « représentant le corps public du royaume », afin, disaient-ils, que « par
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le bon conseil du chef et corps, ensemble par la grâce du Saint-Esprit, laquelle reluit en toute congrégation et plus efficacement en une générale congrégation qu'en une petite », on pût rétablir la paix et la tranquillité. Pour que cette réunion des États généraux produisit de bons résultats, il semblait nécessaire : 1° que le Roi bannit « toutes indignations, ires (courroux) ou desplaisances », s'il en avait, à l'égard des princes de son sang, de leurs officiers ou serviteurs, et aussi de ses propres officiers, en même temps que contre tous ceux qui auraient prêté leur concours aux princes ; 2° que le sire de La Trémoille, le sire de Trêves (Robert Le Maçon) et tous les autres membres du Conseil se réconciliassent avec les princes, « en déposant leurs ires et malveillances, à l'honneur de Dieu et du Roi, en compassion du pauvre peuple et au grand profit de la chose publique » ; 3° que, toutes « desplaisances » étant ainsi mises en oubli, une alliance fut de nouveau, par ordre du roi, conclue entre les princes et les conseillers du trône.
Les princes réclamaient certaines garanties, ou « manières de sûretés », assurant la tenue des États généraux aux jour et lieu fixés, la sécurité des communications, la liberté des délibérations, la stricte observation de ce qui aurait été conclu d'un commun accord par le roi et les États. Dans ce but ils indiquaient les mesures qui leur paraissaient devoir être prises. Ils priaient en particulier le roi, afin de faciliter le concours de nombreux députés, d'insister, dans ses lettres de convocation, sur la réconciliation opérée entre lui et les princes du saiig, d'une part, et entre les princes et les conseillers de la couronne, d'autre part. Relativement à la liberté des. délibérations, ils proposaient que tout port d'armes fût
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interdit, sauf à ceux qui seraient assignés par le roi pour la garde de rassemblée, lesquels devraient prêter serment de protéger les membres des États, de quelque condition qu'ils fussent, « contre toutes violences, injures et oppressions de fait ou de parole ». Quant à la dernière « sûreté, » ils demandaient que la reine de Sicile et ceux qu'il lui plairait de désigner fussent chargés de veiller à l'exécution des délibérations prises. Et comme, disaient-ils, ce serait « grande illusion à la chose publique et irrision (moquerie) à si haute et solennelle assemblée si la conclusion faite n'était fermement gardée », au moins durant le temps fixé par le bon plaisir du roi, en considération de la « présente et extrême nécessité », *il leur semblait désirable que le roi, « de sa grâce et humaine justice », donnât dès à présent des lettres assurant l'inviolable observation de cette clause, afin que, sans le moindre délai, « les puissances du roi et des seigneurs pussent être exploitées, par la volonté et ordonnance du roi, d'un commun accord, au bien de la seigneurie et de la chose publique ».
Enfin les princes exprimaient la pensée que ce serait chose honorable au roi et à ceux de son sang que, les choses étant ainsi « accordées et affermies » par le « bon vouloir et ordonnance du roi », le comte de Clermont, le connétable et le comte de Pardiac pussent, « par son bon plaisir », venir vers lui, là où bon lui semblerait, en leur état accoutumé, « pour démontrer obéissance et amour au roi leur seigneur souverain, à la consolation du roi, de sa seigneurie, et de tous ceux qui bien lui veulent ». Les trois princes pourraient de la sorte, en présence des États, confirmer personnellement toutes les
choses susdites, et aviser, avec les seigneurs et autres du conseil du roi, à ce qui serait soumis aux délibérations de l'assemblée.
TABLEAU DES SOMMES VOTÉES AU ROI PAR LES ÉTATS GÉMÉftAUX, DE 1423 À 1435.
lucourt. Histoire de Charles VIT, t. II, p. 631.)
ÉTATS DE LANGUEDOIL
Liv. tournoû. >
, janvier, Bourges 1,000,000
août, Selles 800,000
— Aide évaluée à 1,000,000
, mars. Selles , 1,000,000
(Y compris Taide précédente.)
octobre, Poitiers I j^AArwin
novembre, Riom } l»"«'»"^
, octobre, Poitiers 560,000
— XI« évalué à 250,000
, avril, Montluçon 250,000
(En pampkoement du XI*.)
novembre, Mehun 120,000
(Plus un impôt proportionnel.)
décembre, Montluçon 120,000
avril, Chinon ". 100,000
9ept.-oct., Chinoa 300,000
(Réunion plénière des Etats généraux du royaume ; le clergé accorda en outre 1/1 0«.)
septembre, Chinon »
mars, Saumur. »
— Poitiers 200,000
juin-juillet, Amboise »
(Vote d'impôts indirects.)
sept.-ocrt., Tour» 40,000
Plus un fooage évalué à 120,000
août, Tours 40,000
janvier, Poitiers 180,000
(Plus ime aide tor le fait de la guerre. )
ETATS DE LANQUEDOC
Liv. tournois.
1423, avril-mai, CarcaseooBe 800,000
(Plus 1/10« du clergé.)
1424, mai, Montpellier 150,000
(Plus une crue sur le sel, etc.)
décembre, Le Puy 200,000
(Plus 2/10* 1/3 du clergé.)
1425, nov., Mehun-sur-Yèvre 350,000
Don au roi 12,000
(Plus 1/10« du clergé,)
1426, juin, Montpellier »
1427, mars-avril, Béziers 150,000
1428, aoôt, Béziers 50,000
sept.-oct., Ckinon 200,000
(Y compris les 50,000 précédents.)
1429, août-sept., Garcassonnc 50,000
(Oa 70,000 d'après un autre document.)
1430, mars, Sully , . . . . 200,000
(Y con^ri]} les 50,000 précédents.)
Montons d'or.
1431, juillet, Béders 150,000
(Plus 1/10» du olei^é.)
1432, juillet, Béziers 120,000
(130,000 dans plusieurs documents.)
1433, juin, VUleneuve d'Avigtion 70,000
1434, avril, Vimm 160,000
1435, mai, Béziers 185,000
Néanmoins Us ressources du trésor royal étaient toujours insuffisantes et la situation ne s'améliorait guère.
Débordé 'par l'invasion étrangère^ affaibli par les IMes que se Iwraietêt les oottriisans mitowr de sa perso9me, Charles VH essayait ée nouer des alliages avec les puissances étrangères. Il recherchait l'aide de la CastUle, qui ne put lui evvooy^r aucun secours^ et réussissait à mettre dans son parti les Écossais, ces étemels €nne$»i6 de V Angleterre. Une ambassade partie à la
fin d'avril 1^28 avait pour mission de renouveler les alliances entre VÉcosse et la France^ de demander pour le dauphin Louis la main de Marguerite^ fille du roi d'Ecosse^ et de solliciter un secours militaire, Alain Chartier présidait cette ambassade.
§ 15. — ANALYSE DU TRAITÉ DU 30 OCTOBRE 1428, COKCLU ENTRE LA FRANCE ET l'ÉCOSSE.
(De Beaueourt, Histoire de Charles VII, t. II, p. 398.)
1® Marguerite aura une dot de quinze mille livres de rente, dans le cas où, le mariage étant consommé, elle ne parviendrait pas à la couronne ;
2<» La somme que devra payer celui qui enfreindra le traité est portée à cent trois mille écus;
30 Si le dauphin meurt avant la consommation du mariage, le second fils du roi, si Dieu lui en donne un, sera uni à Marguerite, et ainsi de suite jusqu'à réalisation du mariage. De même, en cas de décès de Marguerite, ses sœurs lui seraient substituées, mais avec faculté pour le roi de choisir;
40 Si le dauphin meurt avant la consommation du mariage sans que le roi ait un fils pouvant s'unir à Marguerite, celle-ci, moyennant qu'elle ait été amenée en France, recevra une somme de quarante mille écus d'or.
Ces clauses, additions et déclarations étant faites d'un commun accord, avec l'approbation de son grand Conseil, le roi déclarait donner son fils en mariage à Marguerite, et prenait l'engagement solennel d'observer religieusement les conventions faites, s'obligeant par sermeni, tant en son nom personnel qu'au nom de la
retne, de la reine de Sicile, de tous les princes, prélats, barons et communautés de son royaume j et de tous ses sujets.
Mais l'armée promise par le roi Jacques d'Ecosse, et que Charles VU achetait d'ailleurs au prix de la cession de la Saintonge, ne fut point envoyée. L'apparition de Jeanne d'Arc la rendit inutile, et le salut vint au roi d'où il ne pouvait V espérer. Tout semblait perdu cependant : Varmée anglaise avait mis le siège devant Orléans^ et les Finançais venaient de subir une dernière défaite à la sanglante journée des Harengs,