‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 15 sur 129 · Partisans de Charles VII · texte numérisé non relu

Partisans de Charles VII

La tentative que Jeanne d'Arc allait fawe sur Orléans était décisive non seulement pour elle, dont la mission aurait été gravement compromise si elle avait débuté par un échec, mais encore pour Charles VII et pour la cause française. Orléans, ville alors plus importante qu'aujourd'hui, siège dhm antique palais royal, était considérée comme la capitale du parti armagnac, appelé aussi Orléanais. Sa chute aurait été d'un effet moral désastreux. D'ailleurs elle eût ouvert aux Anglais toute la vallée de la Loire et le Ben% c'est-à-dire à peu près tout ce qui restait à Charles VIL

§ 3. — JEANNE d'arc PÉNÈSUE DANS ORLÉANS. — PRISE I>E LA BASTILLE DE SAINT-LOUP. — RETRAITE DES ANGLAIS

(avril-mai 1429).

(Monstrelet, Chroniqties, 1. II, ch. lix.)

Après que les capitaines des Anglais dessus dits avec leurs gens eurent, par Tespace de sept mois ou environ, continué leur siège entour ladite ville et noble cité d'Orléans, et icelle moult oppressée et travaillée, tant par leurs engins comme par les fortifications, bastilles et forteresses qu'ils y avaient faites en plusieurs lieux, jusqu'au nombre de soixante, les assiégés, voyant que par icelle continuation étaient en péril et danger d'être mis en servitude et obéissance de leurs ennemis, si conclurent et disposèrent tous ensemble à résister de tout leur pouvoir, et aussi ûy remédier par toutes les voies et manières que faire se pourrait. Si envoyèrent devers le roi Charles, afin d'avoir aide de gens et de vivres. Si leur fut envoyé de quatre à cinq cents combattants ou environ; et depuis en vinrent bien environ sept mille avec aucuns vivres, qui étaient en vaisseaux

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condaits par iceux gens d'armes parmi Teati de la riyière de Loire; et avecque eux vint Jeanne la Pucelle, dont dessus est laite mention, et jusqu'à ce jour avait fait encore peu de chose dont il fût grand' renommée.

Et lors ceux de Tost s'efforcèrent de conquérir les dessus dits vivres, mais ite furent bien défendus par ladite Pucelle et ceux qui étaient avecque elle, et furent mis à sauveté ; dont ceux de ladite ville firent bonne chère, et furent moult joyeux, tant pour la venue d'icelle Pucelle comme pour les vivres dessus dits. Et le lendemain, qui fut le jeudi, Jeanne la Pucelle se lera assez matin, et en parlant à plusieurs capitaines de la ville et autre» gens de guerre, les induit et admonesta moult fort par ses paroles qu'ils s'armassent et la suivissent, car elle roulait aller, ce dfsait-elle, sur les ennemis^ disant en outre que bien savait sans faute qu'ils seraient vaincus.

Lesquels capitaines et autres gens de guerre étaient tout émerveillés de ses paroles ; dont la plus grand' partie se mit en armes, et s'en allèrent avec elle assaillir la bastille de Saint-Loup, qui était moult forte, et avait dedans de trois à quatre cents Anglais ou environ. Lesquek assez tôt furent conquis et morts et pris, et mis à grand méchef ; et ladite fortification fut toute démolie et mise en feu et en flambe. Si s'en retourna ladite Pucelle Jeanne, avec ses gens d'armes et nobles chevaliers que elle avait menés avec elle, dedans la noble ville et cité d'Orléans, où elle fut moult grandement et de toutes gens honorée et festoyée* Et le lendemain ensuivant, qui fut le rendredi, issit ladite Pucelle Jeanne derechef hors de la ville, avec certain nombre de combattants, et alla araaiUir la seconde bastille, pleine

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d'Anglais, laquelle pareDIement, comme la première, fut gagnée et vaincue, et ceux de dedans morts et mis à l'épée. Et après ce que la dessus dite Pucelle Jeanne eut fait ardoir et embraser icelle seconde bastille, elle s'en retourna dedans ladite ville d'Orléans, où elle fut plus que devant exhaussée et honorée de tous les habitants d'icelle. Et le samedi ensuivant, assaillirent par grandVaillance et grandVolonté la très forte bastille et forteresse du bout du pont, qui était très forte et merveilleusement et puissamment édifiée, et si était dedans la tleur des meilleurs gens de guerre d'Angleterre, et droites gens d'armes, lesquels moult longuement et prudemment se défendirent; mais ce ne leur valut guère; car, par vive force et prouesse de combattre, furent pris et conquis, et la plus grande partie mis à l'épée. Desquels y fut occis un très renommé et vaillant capitaine anglais, appelé Clasendas, et avec lui le seigneur de Moulins, le bailli d'Evreux et plusieurs autres nobles hommes de guerre de grand et de moult riche état.

Après laquelle conquête retournèrent dedans ladite viHe Jeanne la Pucelle et les nobles et renommés Français, à petite perte de leurs gens. Et nonobstant qu'à ces trois assauts la dessus dite Pucelle la renommée dit en avoir été la conducteresse, néanmoins si y étaient tous les nobles chevaliers et capitaines, ou au moins la plus grand'partie, qui durant ledit siège avaient été dedans ladite ville et cité d'Orléans, desquels par-dessus est faite mention aux devant dits assauts. Et s'y gouvernèrent chacun en droit soi si vaillamment, comme gens de guen*e devaient faire en tel cas, tellement qu'en ces trois bastilles furent, que morts que pris, de six à huit mille combattants.

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et les Français ne perdirent qu'environ cent hommes de tous états.

Le dimanche enfsmvant, les capitaines des Anglais, c'est à savoir le comte de Sofifort *, Talbot, le seigneur de Scalles, et aucuns autres, voyant la prise de leurs bastilles, et ausaâ la destruction et déconfiture de leurs gens, prirent ensemble conclusion, et délibérèrent qa'ils s'assembleraient et mettraient tous en une bataille seule, en délaissant leur logis et fortification ; et, en cas qu'ils les voudraient .combattre et batailler, ils les attendrafient, ou sinon ils se départiraient et s'en retourneraient en bonne ordonnance es bomies villes et forteresses de leur parti.

Laquelle conclusion, ainsi qu'ils avaient avisé, ils entretinrent. Car ce dimanebe, dès le matin, ils abandonnèrent toutes leurs bastilles. Et, en boutant le feu en aucuns pays, se remirent en bataille, comme dit est. Ils se tinrent assez bon espace, attendant que les Français tes allassent combattre et assaillir, lesquels Français n'eurent talent de ce faire, par l'exhortation de ladite Pucelle Jeanne. Et adoncque les Anglais, qui voyaient leur puissance malement affaiblie et trop diminuée, et aussi qu'il était impossible de là plus demeurer, si pis n*y voulaient faire, si se mirent à chemin, et s'en retournèrent en ordonnance es villes, places et forteresses tenant leur parti. Si firent lors par toute la noble ville d'Orléans grand'joie et moult grands ébaudissements, quand ils se virent et connurent ainsi être délivrés de leurs faux adversaires et ennemis; et le ramanent ea alla à leur confusion, lesquels par long espace de temps les avaient longuement tenus en danger.

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