‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 16 sur 129 · Suffolk · texte numérisé non relu

Suffolk

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Si furent envoyés plusieurs nobles gens de guerre dedans icelles bastilles et forteresses, où ils trouvèrent aucuns vivres et très largement d'autres biens, qui tantôt par eux furent portés à sauveté. Si en firent bonne obère, car ils neleur avaient rien coûté. Et lesditcs bastilles et forteresses furent prestement arses et démolies jusqu'en terre, afin que nulles gens de guerre, de quelconque pays qu'ils fussent, ne s'y pussent plus loger.

§ 4. — SUR LES INSTANCES DE JEANNE, CHAULES VU QUrTTÉ LA TOCRAINE ET CONVOQUE L'ARMÊE A 6IEN (juin 1429).

(Monstrelet, Chroniques, 1. ÏT, ch. lx.)

En ce temps, les Français étant en ladite ville d'Orléans, c'est à savoir les capitaines avec Jeanne la Pucelle *, tous d'un commun accord envoyèrent leurs messages devers le roi de France à plusieurs lui raconter les vigoureuses besognes qu'ils avaient faites, et comment les Anglais ses ennemis s'étaient départis et retournés en leurs garnisons, icelui roi admonestant que sans délai leur envoyât le plus de gens de guerre qu'il pourrait finer, avecque aucuns grands seigneurs, afin qu'ils pussent poursuivre leurs ennemis, lesquels étaient tous effrayés pour la perte qu'ils avaient faite ; et aussi que lui-même en sa propre personne se tirât avant- en la marche. Lesquelles nouvelles furent exaucées, ce fut bien raison, et urent au roi et à son conseil moult fort plaisantes.

1. Jeanne ne resta pas longtemps à Orléans, faute d^argent et de vivres. Elle revint trouver le roi à Ghinon, ee que ne dit pas Monstrelet.

Si furent incontinent mandés à venir devers lui le connétable, le duc d'Alençon, Charles, seigneur d'Albreth, et plusieurs autres moult nobles et grands seigneurs, et de grand renom; desquels la plus grand'partie fut envoyée à ladite ville d'Orléans,

Et d'autre part, certain espace de temps après, le roi se retrahit à Gien, et avecque lui très grand nombre de combattants. Et iceux capitaines qui par avant étaient à ladite ville d'Orléans et les nobles princes et grands seigneurs qui nouvellement y étaient venus, tinrent grands conseils tous ensemble l'un avec l'autre, pour avoir avis et délibération s'ils poursuivraient les Anglais, leurs adversaires et ennemis; èsquels conseils était première appelée Jeanne la Pucelle, qui pour ce temps était en grand règne.

Finablement, les Français, environ le quatrième jour du mois de mai, dont le siège avait été levé à l'entrée d'icelui mois, se mirent sur les champs jusqu'au nombre de cinq ou six mille combattants, avec charroi et habillements de guerre, et prirent leur chemin droit vers Jargeau, où était le comte de SufFort et ses frères, qui jà par avant avaient envoyé plusieurs messages à Paris, devers le duc de Bedfort, lui noncer la perte de la maie aventure qui leur était advenue devant Orléans, et lui requérant que bref leur voulsît envoyer secours, ou autrement ils étaient en péril d'être reboutés et perdre plusieurs villes et forteresses qu'ils tenaient au pays de Beauce et sur la rivière de Loire. Lequel duc de Bedfort, oyant ces maies nouvelles, fut moult ennuyant et déplaisant; néanmoins, lui considérant qu'il convenait pourvoir aux choses plus nécessaires, manda hâtivement gens de tous pays étant en son obéissance, et en fit assembler de quatre à cinq mille, lesquels iJ

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fit mettre à chemin, et tirer droit vers le pays d'Orléansy sous la conduite de messire Thomas de Rampston, du bâtard de Thien et plusieurs autres, auxquels il promit que bref ensuivant il irait après eux atout grand'puissance, qu'il avait mandée en Angleterre.

Monstrelet n'indique pas tous les efforts que dut faire Jeanne d'Arc pour arriver à vaincre Vhostilité systématique de la majorité du conseil de Charles VU et obliger U roi à se lancer en avant. Celui-ci se montrait touché de ce qu'elle disait; mais certains capitaines ne comprenaient pas qu'une campagne comme celle de ^eims pïtt être improvisée et qu'on se mit en route sans aicoir les hommes et V argent nécessaires. Cependant, malgré toutes les résistances de son entourage, Charles finit par céder à Vimpulsion de Jeanne. Le duc d^Alençon reçut le commandement en chef de l'expédition : mais le roi lui ordonna de ne rien faire que par le conseil de laPucelle. Il s'avança avec elle jusqu'à Saint- Aignan,

§ 5. — SÉJOUR DE CHARLES VU ET DE JEANNE D*ARC A SAINT- AIGNAN. — ENTREVUE DES SEIGNEURS DE LAVAL AVEC LA

PUCELLE (8 juin 1429).

Lettre de Guy et d'André de Laval aux dames de Laval, dans de Beaucourt, Hist, de Charles Vil, t. II, p. 218.)

Mes très redoutées dames et mères,

Depuis que je vous écrivis de Sainte-Catherine-de- Fierbois, vendredi dernier, j^arrivai le samedi à Lodies. Le dimanche j'arrivai à Saint- Aignan où était le roi, et je fis prier le seigneur de Trêves de venir me voir en mon logis. Il s'en alla ensuite au château avec mon oncle pour annoncer au roi que

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j'étais venu et pour savoir quand il lui plairait de me recevoir. Le roi me fît répondre d'y aller aussitôt quY me plairait ; et il me fît très bonne chère et me dit moult de bonnes paroles. Ef quand il avatt fait lej tour de la chambre ou causé avec quelque autre, il s© retournait chaque fois de mon côté pour me parler de' choses et d'autres. Il me dit que j'étais venu quandil avait besoin de moi sans attendre qu'il me mandât et qu'il na'en savait d'autant meilleur gré. Et comme je m'excusai de n'avoir pas amené avec moi autant I de gens que je l'aurais désiré, il me répondit que ce que j'avais amené suffisait, et que quelque jour je i pourrais lui en fournir un plus grand nombre. De ] retour à sa maison, le seigneur de Trêves dit au seigneur de la Chapelle que le roi et ceux qui se trouvaient en sa compagnie avaient bien contents de mon frère et de moi et que nous leur revenions bien. Ugl jura bien fort qu'il n'avait souvenance que à pas xm% de ses parents ou amis le roi eût fait jamais si bon ^ accueil ni si bon visage. Et cependant, disait-il, il n'est pas avare de bon accueil ni de bon visage.

Le lundi, je quittai le roi pour venir à Selles, en Berri, à quatre lieues de Saint- Aignan. Le roi fit venir au-devant de lui la Pucelle, qui était auparavant à Selles; aucuns disaient que c'était en ma faveur pour que je la visse. Ladite Pucelle me fît très bon visage à mon frère et à moi. Elle était armée de toutes pièces, sauf la tête, et tenait sa lance en mains. Et après que nous fûmes arrivés à Selles, j'allai à son logis pour la revoir : elle fit venir du vin et me dit qu'elle m'en ferait bientôt boire à Paris. Ce semble chose toute divine de son fait, de la voir et de l'ouïr. Ce lundi soir elle est partie de Selles pour aller àRomorantin, à trois lieues en avant, et approcher des grandes

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Jeanne d*Arc entre son archer et son page. (D'après la tkpisserie du Masée d'Orléans.)

routes. Le maréchal de Boussac et un grand nombre de gens armés et de la commune étaient avec elle. Je la vis monter à cheval armée tout en blanc, sauf la tête, une petite hache en sa main, sur un grand coursier noir, qui en la porte de son logis se dénrienait très fort et ne souffrait qu'elle montât. Elle me dit alors : « Menez-le à la croix. » Cette croix était devant l'éghse tout auprès sur le chemin. Et alors elle monta sans que le coursier bougeât, comme s^il eût été lié. Puis, se tournant sur la porte de l'église, qui était bien proche, elle dit, d'une assez douce voix de femme : « Vous, les prêtres et gens d'Église, faites processions et prières à Dieu », et se mit en chemin disant : « Tirez avant, tirez avant ». Son étendard ployé, que portait un gracieux page, et elle avait sa hache petite eh la main. Un de ses frères qui est venu depuis- huit jours partait aussi avec elle, tout armé en blanc...

Aujourd'hui, monseigneur d'Alençon, le bâtard d'Orléans, et Gaucpurt doivent partir de ce lieu et aller rejoindre la Pucelle. Vous avez envoyé je ne sais quelles lettres à mon cousin de La Trémoille et au seigneur de Trêves à raison desquelles le roi s'efforce de me retenir avec lui jusqu'à ce que la Pucelle ait été devant les places anglaises des environs d'Orléans, où Ton va mettre le siège. L'artillerie est déjà prête et la Pucelle ne doute point qu'elle n'ait bientôt déjà rejoint le roi. Elle m'a dit que quand il prendra le chemin de Reims j'irai avec lui ; mais à Dieu ne plaise que j'attende jusque-là et que je n'aille d'abord oix l'on va se battre ! Mon frère en dit autant, ainsi que monseigneur d'Alençon, tant serait handonné celui qui demeurerait en pareille circonstance. Je pense que le roi partira d'ici demain jeudi pour se rapprocher de

l'armée, et chaque jour arrivent des gens de guerre de toutes parts. Aussitôt qu*on aura besogné quelque chose, je vous le ferai savoir. On espère qu'avant dix jours la chose sera bien avancée d'un côté ou de Tautre. Mais tous ont si bonne espérance en Dieu que je crois qu'il nous aidera...

Écrit à Selles un mercredi huitième de juin, Vos humbles fils, Guy et André de Laval.

§ 6. — PRISE DE JARGEAU ET DE BEAU6ENCY (12-18 JUIU). VICTOIRE DES FRANÇAIS A PATAY (19 juin 1429).

(Monstrelet, Chroniques^ 1. 11, ch. lxi.)

Or est vérité que le connétable de France, le duc d'Alençon, Jeanne la Pucelle et les autres capitaines français étant tous ensemble sur les champs, comme il est dit ci-dessus, chevauchèrent tant par aucunes journées qu'ils vinrent devant Jargeau, où était le dessus dit comte de Suffort, et de trois à quatre cents de ses gens avec les habitants de la ville, qui tantôt en toute diligence se mirent en ordonnance de défense; mais en bref ils furent assez tôt environnés de toutes parts desdits Français. Et de fait les commencèrent en plusieurs lieux à assaillir moult rai dément; lequel assaut dura assez bon espace terrible et moult merveilleux. Toutefois iceux Français continuèrent si âprement audit assaut que, malgré leurs adversaires, par force d'armes entrèrent dedans ladite ville et par prouesse les conquirent. A laquelle entrée furent occis environ trois cents combattants anglais, desquels fut l'un d'iceux des frères du comte de SuflFort, lequel comte, avecque lui son autre frère, le seigneur de la Pôle, furent

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faits prisonniers, et de leurs autres gens jusqu'à soixante hommes ou au-dessus.

Ainsi donc cette ville et château de Jargeau couquise et subjuguée comme dit est, lesdits Français se rafraîchirent dedans icelle tout à leur aise, et, après, eux partant de là, allèrent à Meung, qui tantôt leur fit obéissance ; et d'autre part fuirent les Anglais qui tenaient la Ferté-Hubert, et se boutèrent tous ensemble à Bois-Gency, jusqu'auquel lieu ils furent chassés et poursuivis des Français, lesquels se logèrent devant eux en plusieurs lieux. Et toujours* Jeanne la Pucelle au front devant avec son étendard. Et lors par toutes les marches de là environ n'était plus grand bruit ni renommée comme il était d'elle et de nul autre homme de guerre.

. £t adonc les plus principaux capitaines anglaié qui étaient dedans ladite ville de Bois-Gency, voyant^ pai* la renommée d 'icelle Pucelle, fortune être dît tout ainsi tournée contre eux, et que plusieurs viiiee et forteresses étaient déjà mises en l'obéissance de leurs ennemis, les unes par vaillance d'armes et force d'assaut, et les autres par traité, et aussi que leurs gens, pour la plus fçrand'partie, en étaient moult ébahis et épouvantés, et ne les trouvaient pa» de tel propos de ptudence qu'ils avaient aecoutuo^^ ains étaient très désirants d'eux retraire sur les marches de Normandie, si ne savaient que faire ni quel conseil éUre, car ils ne savaient être acertenés ni assurés d'avoir en bref secours. Et pourtant, tout considéré les besognes dessus dites, ils traitèrent avec les Français qu'ils s'en iraient avec leurs biens, saufs leurs corps et leur vie, par condition qu'ils rendraient la place en l'obéissance du roi Ghailes de France ou de ses commis. Lequel traité ainsi £ait, lesdits

Anglais se départirent, prenant leur chemin vers la Beauce et tirant vers Paris. Et les Français entrèrent joyeusement dedans Bois-Gency, et prirent conclusion par l'exhortation de Jeanne la Pucelle qu'ils iraient au-devant des Anglais qui des parties vers Paris venaient pour les combattre, comme on leur avait donné à entendre, laquelle chose était véritable. Si se mirent derechef à pleins champs; et venaient à eux chacun jour gens nouveaux de plusieurs marches. Et furent adonc ordonnés le connétable, le maréchal de Boussac, La Hire, Pothon et plusieurs autres capitaines de faire l'avant- garde, et le surplus , comme le duc d'Alençon, le bâtard d'Orléans, le maréchal de Roye, étaient conducteurs de la bataille, qui suivait assez près ladite avant-garde et pouvait être de huit à neuf mille combattants. Et fut demandé à Jeanne la Pucelle par aucuns des princes là étant quelle chose il était de faire et que bon lui semblait à ordonner ; laquelle Pucelle répondit qu'elle savait bien pour eux vrai que leurs anciens ennemis les Anglais venaient pour combattre; et disait outre qu'au nom de Dieu on allât hardiment contre eux, et que sans faillir ils seraient vaincus. Et aucuns lui demandèrent où on les trouverait, et elle leur dit : « Chevauchez hardiment, on aura bon conduit ».

Et adonc tous les gens d'armes se mirent en bataille, et en bonne ordonnance tirèrent leur chemin, ayant des plus experts hommes de guerre montés sur fleurs de coursiers, allant devant pour découvrir leurs ennemis, jusqu'au nombre de soixante ou quatre vingts hommes d'armes. Et ainsi par certain long espace chevauchèrent et vinrent par un jour de samedi à une grand'demi-lieue d'un gros village nommé Patay; en laquelle marche les dessus dits

coureurs français virent de devant eux partir un cerf, lequel adressait son chemin droit pour aller à la bataille des Anglais, qui jà s'étaient mis tous ensemble, c'est à savoir iceux venant de Paris, dont dessus est faite mention, et les autres qui étaient partis de Bois-Gency et des marches d'Orléans. Pour la venue duquel cerf, qui se férit, comme dit est, parmi icelle bataille, fut desdits Anglais élevé un très grand cri ; et ne savaient pas encore que leurs ennemis fussent si près d'eux. Pour lequel cri les dessus dits coureurs français furent acertenés » que c'étaient les Anglais, car ils les virent adonc tout à plein ; et pour ce renvoyèrent aucuns d'eux vers leurs capitaines pour les avertir de ce qu'ils avaient trouvé, et leur fîrent savoir que par bonne ordonnance ils chevauchassent avant et qu'il était heure de besogner. Lesquels prestement se réparèrent de tous points, et chevauchèrent bien et hardiment, si avant qu'ils aperçurent l'ost de leurs anciens ennemis. Lesquels, sachant pareillement la venue des Français, se préparèrent diligemment pour les combattre, et voulurent descendre à pied emprès une haie qui était assez près d'eux, afin que par derrière ne pussent être surpris des Français ; mais aucuns des capitaines ne furent point de ce bien contents, et dirent qu'ils trouveraient place plus avantageuse. Pour quoi ils se mirent au chemin eu tournant le dos à leurs ennemis, et chevauchèrent jusqu'à un autre lieu, environ bien un demi- quart de lieue ou environ du premier, qui était assez fort de haies et de buissons; auquel, pource que les Français convoitaient iceux moult de près, mirent pied à terre et descendirent

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