Corps d'armée
§ 8. — EXTRAIT DES LETTBES ADRESSÉES PAR LE ROI AUX HABITANTS DE REIMS POUR LES ENGAGER A LE RECEVOIR
(4 et 11 juiUet 1429).
(De Beaucourt, Histoire de Charles VU, t. II, p. 227, d'après les Archives de Reims.)
« Vous avez sa la bonne fortune et victoire qu'il a plu à Dieu nous donner nouvellement sur les Anglais, nos anciens ennemis, tant devant la ville d'Orléans que depuis à Jargeau, Beaugency et Meungsur-Loire. Après ces choses, advenues plus par grâce divine que par œuvre humaine, par Tavis et mûre délibération de ceux de notre sang et lignage, et de plusieurs notables prélats et autres de notre grand conseil, nous nous sommes mis en route pour aller à Reims, afin d*y prendre et recevoir, selon la bonne coutume de nos prédécesseurs, notre sacre et couronnement. Nous vous mandons, sommons et requérons, sur la loyauté et obéissance que nous devez, que, ainsi que tenus y êtes, vous vous disposiez à nous recevoir... Nous vous assurons que, si vous vous gouvernez comme vous le devez, nous vous traiterons comme bons et loyaux sujets, et vous aurons toujours pour bien recommandés. Et si, pour être plus avant informés de notre intention, certains d'entre vous veulent venir vers nous, nous en serons bien contents, et vous pourrez venir sûrement, en tel nombre que bon vous semblera. »
Les détails militaires abondent dans Monstrelet. Mais son récit est incomplet^ en ce qu'il passe sous silence les difficultés que Jeanne d'Arc rencontra dans l'entourage immédiat de Charles VIL Le sire de La Trémouilley
qyi était alors^ comme nom Vavons vu, le véritable chef du gouvernement^ gardait ranctme à Jeanne de ce qu'elle avait demandé au roi la rentrée en grâce du connétable de Bichemont. Il s'attachait constamment à ébranler la confiance que le roi avait en elle. A chaque instant le conseil paraissait vouloir tout remettre en question. « On ne cessait de répéter à la Pucelle que le pays à parcourir jusqu'à Reims était rempli de villes et de places fortes occupées par les Anglais et les Bourguignons, et que c'était folie d'entreprendre un tel wyage. A toutes ces objections, Jeanne répondait : « Je « le sais bien et de tout cela je ne tiens compte ». On alléguait aussi le manque d'argent : mais ce prétexte tom» hait devant les faits : car, électrisés par la présence de la Fucelle, beaucoup ne refusaient point de marcher sans solde. » Devant Troyes, le conseil fut unanime à vouloir battre en retraite; et il fallut l'insistance énergique de Jeanne pour qu'on abandonnât cette résolution.
§ 9. — CHARLES Vn EST REÇU A AUXERRE, A TROYES ET A
lEiMs. — SON SACRE (17 juillet 1429). — prise de cba-
TEAC-TBIERRY.
(Monstrelet, Chroniques, 1. II, ch. lxiu.)
Durant le temps dessus dit, Charles, roi de France, assembla à Bourges en Berri très grand'multitude de gens d* armes et de trait, entre lesquels étaient le duc d*Alençon, Charles de Bourbon, comte de Clermont, et Arthus, connétable de France, comte de Richemonty Charles d'Anjou, son beau-frère et fils an roi René de Sicile, le bâtard d'Orléans et le cadet d'Annagnac, Charles, seigneur d'Albreth, et plusieurs antres nobles hommes et puissants barons des du-
76 CHARLES VI! ET JEANNE d'aRC
chés et comtés d'Aquitaine, de Gascogne, de Poitoy, de Berri et plusieurs autres bons pays. Avec tous lesquels se mit sur les champs, et de là vint à Gieusur-Loire, toujours Jeanne la Pucelle avec lui, et «a sa compagnie un prêcheur nommé frère Richard, êe Tordre de Saint- Augustin, qui naguère avait été débouté de la ville de Paris et d'autres lieux où il avait fait plusieurs prédications en l'obéissance desdiis Anglais, pource qu'en icelles se montrait trop pleinement être favorable et être de la partie des Français. Duquel lieu de Gien prit son chemin en venant vers Auxerre, Toutefois le connétable, avec certain nombre de gens d'armes, s'en alla en Normandii' devers Ëvreux, pour empêcher les garnisons du pa.\ s qu'ils ne se pussent assembler avecque le duc de Bedfort. Et d'autre part le cadet d'Armagnac fut renvoyé à garder la duché d'Aquitaine et de Bourdelui-^. Auquel chemin icelui roi mit en son obéissance deux petites bonnes villes qui tenaient le parti du roi Henri, c'est à savoir Saint-Florentin et Jargeau, icelles promettant de faire dorénavant au dessus dit roi et à ses commis tout ce que bons et loyaux sujets doivent fabe à leur souverain seigneur, et prenaient aussi du roi sûreté et promesse qu'il les ferait gouverner et maintenir en bonne justice, et selon leurs anciennes coutumes, et de là vint audit lieu d'Auxerre.
Si envoya sommer ceux de la ville qu'ils le voulussent recevoir comme leur naturel et droilurior seigneur, lesquels de ce ne furent point contents de pleine venue. Néanmoins plusieurs ambassadeurs furent envoyés d'un côté et d'autre. Si fut en la fin traité fait entre les parties, et promirent iceux de ladite ville d'Auxerre qu'ils feraient telle obéissance au roi que feraient ceux des villes de Troyes, Châlons
et Rheims. Et, par ainsi, administrèrent aux gens du roi vivres et autres denrées pour leur argent, et ils demeurèrent paisibles, et les tint le roi pour excusés pour cette fois. Et de là vint le roi à Troyes en Champagne, et se logea tout à Tenviron, et y fut trois jours avant que ceux de la ville le voulussent recevoir à seigneur. En la fin desquels, parmi certaines promesses qui leur furent faites, ils lui firent pleine ouverture, et mirent lui et ses gens dedans leur ville, où il ouït messe. Et, après les serments accoutumés faits d*une partie aux autres, le dessus dit roi retourna en son logis aux champs, et fit publier par plusieurs fois, tant en son ost comme en la ville, sur la hart, que homme, de quelque état qu'il fût, ne méfît rien à ceux de la ville de Troyes ni aux autres qui s'étaient mis en son obéissance. Et en ce même voyage faisaient Tavant-garde les deux maréchaux de France, c'est à savoir Boussac et le seigneur de Rais, avecque lesquels étaient La Hire, Pothon de Sainte-Treille * et aucuns capitaines. Durant lequel voyage se rendirent en l'obéissance d'icelui roi Charles très grand nombre de bonnes villes et châteaux à l'environ des marches où il passait. Desquelles redditions et de les déclarer chacune à part soi, je m'en passe, pour cause de brièveté.
Charles, roi de France, lui étant à Troyes en Champagne, comme dit est dessus, vinrent devers lui aueuns députés de Châlons en Champagne, qui lui apportèrent les clefs de leur ville et cité, en lui promettant, de par icelle, faire toute obéissance. Après la venue desquels ledit roi vint audit lieu de Châlons, où il fut bénignement et en grand'humilité