CHARLES VII ET JEANNE D*ARC
c'est à savoir Creil, Beauvais, le Pont-Saint-Maxence, Choisy, Gournai-sur-Aronde, Remi-la-Neuville-:en- Rets; et en l'autre côté, Mognay, Ghantely, Saintines et plusieurs autres; et aussi lui firent serment les seigneurs de Montmorency et de Moy. Et pour vérité, s'il avec sa puissance fût venu à Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Abbeville et plusieurs autres fortes villes et forts châteaux, la plus grand'partie des habitants d'icelles étaient tous prêts et appareillés de le recevoir à seigneur, et ne désiraient autre chose au monde que de lui faire obéissance et pleine ouverture. Toutefois il ne fut point conseillé d'aHer si avant sur les marches du duc de Bourgogne, tant pource qu'il le sentait fort de gens d'armes, comme pour l'espérance et attente qu'il avait que aucun bon traité et appointement se fît entre eux. Et après que le roi Charles eut séjourné aucuns jours dedans sa ville de Senlis, il se partit et délogea de là, et s'en alla atout son ost loger à Saint-Denis, qu'il trouva comme abandonné ; et s'en étaient allés les gens dudit lieu à Paris, c'est à savoir tous les plus grands bourgeois et habitants d'icelle ville; et ses gens logèrent et hébergèrent à Aubervilliers et Mont-Martre et es villages de là autour assez près de Paris. Si était lors avec ledit roi Jeanne la Pucelle, qui avait moult grand'renommée ; laquelle chacun jour induisait le roi avec ses princes et seigneurs à ce qu'il fît assaillir la ville et cité de Paris. Si fut conclu et délibéré que le lundi, douzième jour dudit mois, on livrerait ledit assaut.
Après laquelle conclusion prise, on fît apprêter toutes gens de guerre, et à ce propre lundi dessus dit, se mit le roi en bataille entre Paris et Mont- Martre, ses princes et seigneurs avec lui, et aussi
était ladite Pucelle avec lui. Ceux de Tavant-garde y étaient en très grand nombre. Si s*en alla avec son étendard à la porte Saint-Honoré, faisant apporter avec lui plusieurs échelles, fagots et autres habillements d'assaut. Auquel lieu elle fît entrer dedans les fossés plusieurs de ses gens tout à pied, et commença l'assaut à dix heures ou environ, moult dur, âpre et cruel, lequel dura en continuant de quatre à cinq heures, ou plus; mais les Parisiens qui étaient dedans leur ville, accompagnés de Louis de Luxembourg, Tévêque de Thérouenne, chancelier de France de par le roi Henri, et d'aucuns autres notables chevaliers que le duc de Bourgogne leur avait envoyés, comme le seigneur de Créquy, le seigneur de l'Ile- Adam, messire Simon de Lalain, messire Yalérien de Bonneval et aucuns autres notables hommes, accompagnés de quatre cents combattants, se défendirent moult vigoureusement et de grand courage. Et avaient par avant ordonné par capitaineries à chacun sa garde es heux propices et convenables. Durant lequel assaut furent renversés plusieurs desdits Français; et en y eut très grand nombre de morts et de navrés par les canons, coulevrines et autres traits que leur jetaient lesdits Parisiens. Entre lesquels Jeanne la Pucelle fut très fort navrée et blessée, et demeura tout le jour es fossés, derrière un dos d'âne, jusqu'au vôpre, que Guichard de Thienbronne et autres l'allèrent quérir. Et d'autre part y eut navré plusieurs des défendants. Finablement, les capitaines français, voyant leurs gens en tel péril, considérant qu'il leur était impossible de conquerre et gagner la ville par force, attendu que iceux avaient une volonté de eux défendre sans y avoir division, firent incontinent sonner la retraite.
Et en reportant les dessus dits morts et navrés retournèrent à leur logis, et le lendemain le roi Charles, triste et dolent de la perte de ses gens, s'en alla à Senlis pour guérir et médeciner les navrés ; et lesdits Parisiens plus que par avant se reconfermèrent les uns avec les autres, promettant que de toute leur puissaace et pouvoir ils résisteraient jusqu'à la mort contre icelui roi Charles, qui les voulait comme du tout détruire. Et peut bien être qu'ils le craignaient comme ceux qui grandement se sentaient forfaits par devers lui, en le ayant débouté de ladite ville, et avaient mis à mort plusieurs de ses iëables serviteurs, comme en autres lieux plus à plein est déclaré.
§ 13. — AUTRE BÉQT DE l'ASSAUT DONNÉ PAR JEANNE d'aRC A LA VILLE DE PARIS.
(Perceval de Cagny, Chronique des ducs d*Alençon^ dans Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc, t. IV, p. 26.)
Le jeudi 1429, jour de Notre-Dame, huitième jour du mois de septembre, la Pucelle, le duc d'Alençon, les maréchaux de Boussac et de Retz et autres capitaines, un grand nombre de gens d'armes et de trait partirent vers huit heures de la Chapelle; près Paris, en belle ordonnance ; les uns pour être en bataille, les autres pour garder de surprise ceux qui donneraient l'assaut. La Pucelle, le maréchal de Retz, le sire de Gaucourt, allèrent donner l'assaut à la porte de Saint-Honoré. La Pucelle prit son étendard en sa main et avec les premiers entra dans les fossés près du marché aux pourceaux. L'assaut fut dur et long et était merveille à ouïr le bruit et la noise des canons
et coulevrines que ceux de dedans jetaient à ceux de dehors et de toute manière de traits. Et combien que la Pucelle et grand nombre de chevaliers et écuyers et autres gens de guerre fussent descendus dans les fossés et les autres sur le bord et aux environs très peu en furent blessés. Et y en eut moult à pied et à cheval qui furent férus et portés à terre de coups de pierre de canon. Mais par la grâce de Dieu et l'heur de la Pucelle, oncque homme n'en mourut ni ne fut blessé qu'il ne pût revenir à son aise en son logis sans autre aide.
L'assaut dura depuis environ l'heure de midi jusques environ l'heure de jour faillant. Et après soleil couchant la Pucelle fut férue à une cuisse d'un trait d'arbalète à hausse-pied. Et depuis qu'elle fut férue elle s'efforçait plus fort de dire que chacun s'approche des murs et de dire que la place serait prise. Mais parce qu'il était nuit et qu'elle était blefssée et que les gens d'armes étaient lassés du long assaut qu'ils avaient fait, le sire de Gaucourt et autres vinrent prendre la Pucelle, et, malgré son vouloir, l'emmenèrent hors des fossés. Et ainsi faillit l'assaut. Et avait très grand regret d'elle, aussi se départit eu disant : « Par mon Martin i la place eût été prise ». ils la mirent à cheval et la ramenèrent à son logis, audit lieu de la Chapelle.
Le vendredi neuvième jour dudit mois, combien que la Pucelle eût été blessée du jour de devant à l'assaut devant Paris, elle se leva bien matin et fit venir son beau duc d'Alençon, par qui elle se conduisait, et le pria qu'il fît sonner les trompettes et monter à cheval pour retourner devant Paris ; et dit