‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 22 sur 129 · Bâton que la Pucelle portait d'ordinaire à la main · texte numérisé non relu

Bâton que la Pucelle portait d'ordinaire à la main

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par son Martin que jamais n'en partirait qu'elle eût la ville. Ledit d'Alençon et d'autres capitaines étaient bien de ce vouloir à l'entreprise d'elle d'y retourner et d'autres non. Et tandis qu'ils étaient en ces paroles, le baron de Montmorency, qui toujours avait tenu le parti contraire du roi, vint de dedans la ville accompagné de cinquante ou soixante gentilshommes, se rendre en la compagnie de la Pucelle. A quoi le cœur et le courage fut plus ému à ceux de bonne volonté de retourner dedans la ville. Et tandis qu'ils s'approchaient vinrent le duc de Bar et le comte de Clermont de par le roi qui était à Saint-Denis et prièrent la Pucelle que sans aller plus avant elle retournât devers le roi audit lieu de Saint-Denis. Et aussi de par le roi prièrent ledit d'Alençon, et commandèrent à tous les autres capitaines qu'ils s'en vinssent et amenassent la Pucelle devers lui. La Pucelle et la plupart de ceux de la compagnie en furent très marris et néanmoins obéirent à la volonté du roi, espérant aller trouver leur entrée à prendre Paris par l'autre côté et passer la Seine à un pont que le duc d'Alençon avait fait faire au travers de la rivière à Saint-Denis. Et ainsi s'en vinrent devers le roi.

Le samedi ensuivant, partie de ceux qui avaient été devant Paris cuidèrent bien matin aller passer la rivière de Seine audit pont, mais ils ne purent, parce que le roi, qui avait su l'intention de la Pucelle, du duc d'Alençon et des autres de bon vouloir, toute la nuit fît dépecer ledit pont. Et ainsi furent demeurés de passer.

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§ 14. — AUTRE RÉQT DE LA TEMATIVE DE JEANNE d'aRC CONTRE PARIS.

{Jounîal d'un bourgeois de Paris, 1429.)

La veille de la Nativité de Notre-Dame, en septembre, les Armagnacs vinrent assaillir les murs de Paris et le pensaient prendre d'assaut, mais peu y conquestèrent,si ce n'est douleur, honte et meschef; car plusieurs d'eux furent navrés pour toute leur vie qui, avant l'assaut, étaient tous sains. Avec eux était une créature qui était en forme de femme, qu'on nommait la Pucelle : ce que c'était, Dieu le sait. Le jour de la Nativité de Notre-Dame firent conjuration tout d'un accord d'assaillir Paris ce jour-là, et s'assemblèrent bien douze mille ou plus, et vinrent environ l'heure de grand'messe, entre onze et douze, leur Pucelle avec eux et très grand foison de chevaux, charrettes et chariots tous chargés de grandes bourrées pour combler les fossés de Paris. Et commencèrent à assaillir entre la porte Saint-Honoré et la porte Saint-Denis, et fut l'assaut très cruel et en assaillant disaient moult de vilaines paroles à ceux de Paris, et là était leur Pucelle avec son étendard sur les rebords des fossés qui disait à ceux de Paris : « RendeZ'Vous de par Jésus à nous tôt^ car si vous ne vous rendez avant qu'il ne soit la nuit, nous y entrerons par force j veuillez ou non et vous serez mis à mort sans meixi, — Voire, dit un (Parisien), paiWarde, ribaude, » et tire son arbalète droit à elle et lui perce la jambe toute outre et elle de s'enfuir. Un autre perce le pied tout outre à celui qui portait son étendard.

§ 15. — LE ROI s'en retourne DANS LE BERRT (février 1429). (Monstrelet, Chroniques, 1. II, ch. lxxii.)

Charles, roi de France, voyant que la ville de Paris, qui était chef de son royaume, ne se voulait pas mettre en son obéissance, se disposa et conclut avec ceux de son conseil de laisser gouverneurs et capitaines de lui par toutes les bonnes villes, cités et châteaux qui étaient en son obéissance et gouvernement, et qu'il s'en retournerait es pays de Touraine et de Berri. Laquelle chose conclue, comme dit est, il constitua principal chef sur les parties de Tlle-de -France et de Beauvaisis Charles de Bourbon, comte de Clermont; et le chanceUer dessus dit se tenait le plus en la ville de Beauvais, et ledit comte de Vendôme à Senlis, et Guillaume de Flavy à Compîègne, messire Jacques de Chabannes à Creil. Et le roi dessus dit, avec lui les grands seigneurs qui l'avaient accompagné au venir, s'en alla de Senlis à Crespy, et de là, pardevers Sens en Bourgogne, retourna es pays dessus dits. Toutefois les trêves étaient entre les Bourguignons et les Français jusqu'au jour de Pâques ensuivant; et avec ce fut remis le passage du pont Saint- Maxence, que tenaient les Français, en la main de Regnault de Longueval, pour le tenir. Si demeura la marche de France et de Beauvaisis en grand'tribalation, pour ce que ceux qui étaient es forteresses et garnisons, tant du pays de France que d'Angleterre, couraient chacun jour l'un sur l'autre. A l'occasion desquelles courses les villages de là entour se commencèrent à dépeupler et eux retraire es bonnes voies.

— JEANNE d'arc EST PRISE DEVANT COMPIEGNE ET NVOYÉE AU CHATEAU DE BEAUREVOIH (mai 1430).

(Monstrelet, Chroniques, 1. II, ch. lxxxvi.)

ant le temps que ledit duc de Bourgogne éta Gondin, comme dit est, et ses gens d'armes es villages auprès de Gondin et de Compiègne, ;, la nuit de TAscension, à cinq heures après que Jeanne la Pucelle, Pothon, avec plusieurs nobles et vaillants capitaines français, avec B cinq à six cents combattants, saillirent hors, armés de pied et de cheval, de ladite ville mipiègne, par la porte du pont vers Mont- ■; et avaient intention de combattre et ruer jus fis de messire Baudo de Noyelle, qui était à ny, au bout de la chaussée, comme dit est en lieu. Si était, à cette heure, messire Jean de abourg, avec lui le seigneur de Créquy, et huit IX gentilshommes, tous venus à cheval, non sinon assez petit, de son logis de messire ); et regardait par quelle manière on pourrait er icelle ville de Compiègne. Et adonc iceux ais, comme dit est, commencèrent très f©rt à cher icelui logis de Marigny, auquel était la plus e partie tous désarmés.

Ltefois, en assez bref terme s'assemblèrent et lençaTescarmouche très grande, durant laquelle ié à l'arme en plusieurs lieux, tant de la partie )urgogne comme des Anglais; et se mirent en le les dessus dits Anglais contre les Français, L prée, au dehors de Venète, où ils étaient logés ient environ cinq cents combattants. Et d'autre

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côté, les gens de messire Jean de Luxembourg, qui étaient logés à Claroy, sachant cet effroi, vinrent les aucuns hâtivement pour secourir leur seigneur et capitaine, qui entretenait ladite escarmouche, et auquel, pour la plus grand'partie, les autres se rallièrent : en laquelle fut très durement navré au visage ledit seigneur de Créquy. Finablement, après ce que ladite escarmouche eut duré assez long espace, iceux Français, voyant leurs ennemis multiplier en grand

Monnaie de Jean III de Luxembourg.

nombre, se retrahirent devers leur ville, toujours la Pucelle Jeanne avec eux, sus le derrière, faisant grand'manière d'entretenir ses gens et les ramener sans perte; mais ceux de la partie de Bourgogne, considérant que de toutes parts auraient bref secours, les approchèrent vigoureusement, et se férirent en eux de plein élai. Si fut, en conclusion, comme je fus informé, la dessus dite Pucelle tirée jus de son cheval par un archer, auprès duquel était le bâtard de Vendôme, à qui elle se rendit et donna sa foi; et il, sans délai, Temmena prisonnière à Marigny, où elle fut mise en bonne garde. Avec laquelle fut pris Pothon le Bourguignon et aucuns autres^ non mie en grand

iOO CHARLES VII

; les dessus dits Français rentrèrent en ^ dolents et courroucés de leur perte; et^

eurent moult grand'déplaisance poor la e Pucelle. Et, à Topposite, ceux de la partie ne et les Anglais en furent moult joyeux, avoir cinq cents combattants : car ils ne ni redoutaient nul capitaine ni autre chef ant comme ils avaient toujours fait jusisent jour icelle Pucelle. Si vint, assez tôt uc de Bourgogne, avec sa puissance, de

Gondin, où il était logé, en la prée devant

semblèrent les Anglais, ledit duc et ceux logis en très grand nombre, faisant Tun grands cris et resbaudissements, pour la iite Pucelle : laquelle icelui duc alla voir elle était, et parla à elle aucunes paroles, suis mie bien recors, bien que j*y étais rès lesquelles se trahit ledit duc et toutes lacun en leur logis, pour cette nuit. Et la leura en la garde et gouvernement de n de Luxembourg. Lequel après^ dedans ensuivants, Tenvoya, sous bonne conduite, de Beau-Lieu, et de là à Beau-Revoir, où longtemps prisonnière, comme ci-après ï plus à plein.

m de savoir si Charles VII attrait pu délivrer c, soit m la rachetant^ soit en employant les é agitée contradictoirement par beaucoi^ Certains documents semblent prouver que '>s ont été faites dans ce sens. Il nous parait y isez probable que des négociations en vue du 'Oient pas abouti et que, dans la situation

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OÙ était Charles VIIj une attaque à main armée n'eût fait que hâter un dénouemerU inévitable. Les Anglais se seraient même débarrassés plus vite de celle qu'ils considéraient comme la cause première de leurs défaites, s'ils n'avaient voulu, en la jugeant comme sorcière^ déshonorer Charles VIL

§ 17. — PROCÈS DE JEANNE d'aRC. — EXTRAIT DE L^INTERRO- GATOIRE DU 22 FÉVRIER 1431. — l'APPARITION DES SAKVTS. — LES VOIX.

(Quicherat, Procès de Jeanne d'At-c, 1. 1, p. 52.)

A rage de treize ans, j'eus une voix de Dieu, pour m'aider à me gouverner, et la première fois j'eus grand'peur ; cette voix vint à Theure de midi, en été, dans le jardin de mon père ; c'était un jour de jeûne : j'entendis la voix à droite, du côté de l'église. Je vis en même temps une grande clarté ; après que j'eus entendu trois fois cette voix, je reconnus que c'était la voix de l'archange Michel ; cette voix m'a toujours très bien guidée, et je comprends très bien ce qu'elle m'annonce; elle me disait trois ou quatre fois par semaine qu'il me fallait partir et venir en France; elle me répétait que je ferais lever le siège d'Orléans ; en vain je lui représentais que je n'étais qu'une pauvre fille qui ne savait ni chevaucher ni conduire la guerre, la voix insistait de la part de Dieu; j'avais une telle impatience de lui obéir que je ne pouvais tenir où j'étais, et je partis sans en parler à mon père, de peur que les Bourguignons ne le sussent et ne missent obsFtacle à mon voyage. Un frère de ma mère me conduisit à Vaucouleurs, et là je connus Robert de Baudricourt sans l'avoir jamais vu,

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parce que mes voix me disaient que c^était loi; je lui déclarai que j'étais appelée par Dieu à secourir la France; il refusa de me croire et me repoussa deux fois; la troisième il m'écouta, comme mes voix me l'avaient prédit ; ledit Robert fit jurer à ceux qui devaient me conduire qu'ils me conduiraient bien sûrement, et il me dit quand je le quittai : « Vas et advienne que pourra ».

§ 18. — PROCÈS DE JEANNE d'AUC. — EXTRAIT DE LA SÉANCE DU 27 FÉVRIER. — LES VOIX. — l' ARRIVÉE A CHINON. — SAINTE-CATHERINE -DE -FIE RBOIS .

(Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc, t. I, p. 70.)

« Gomment vous êtes-vous portée depuis samedi dernier?

— Je me suis portée le mieux que je peux.

— Avez-vous jeûné chaque jour de ce carême?

— Tous les jours.

— Depuis samedi avez-vous entendu la voix qui vous vient?

— Plusieurs fois.

— Que vous a-t-elle dit?

— De vous répondre hardiment.

— La voix vous conseille-t-elle de répondre à tout ce que nous vous demandons?

— Parmi les révélations qui m'ont été faites, il y en a qui sont pour mes juges, d'autres qui ne s'adressent qu'à mon roi.

— Est-ce la voix d'un ange, d'un saint, d'une sainte ou de Dieu?

— De sainte Catherine et de sainte Marguerite.

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— Coinrueut savez-vous que ce sont ces deux saintes?

— Je sais fort bien que ce sont elles, et je les distingue parfaitement l'une de Tautre.

— Comment les distinguez-vous?

— 11 y a sept ans qu'elles ont pris la charge de me conduire ; et je les reconnais parce qu'elles se nomment en m'abordant.

— Sont-elles vêtues du même drap ?

— Je ne vous dirai pas autre chose aujourd'hui.

— Ont-elles votre âge? »

A cette question et à beaucoup d'autres semblables, point de réponse.

« Quelle fut la voix qui vint à vous à l'âge de treize ans?

— Saint Michel.

— Vites-vous saint Michel et ses anges corporeljement et réellement?

— Comme je vous vois.

— Que vous dit l'archange la première fois? » Point de réponse.

« Quelle était la figure de saint Michel?

— Je ne sais.

— Était-il nu?

— Pensez-vous que Dieu n'ait point de quoi le vêtir!

— Avait-il des cheveux?

— Pourquoi les lui aurait-on coupés?

— Qu'éprouvâtes-vous à la vue de saint Michel et de ses anges?

— Quand je les vis s'éloigner, je pleurai et j bien voulu qu'ils m'emmenassent avec eux.

— Dieu vous a-t-il ordonné de venir en Frai

— J'aurais mieux aimé être écartelée par di

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vaux que de yenir en France sans la permission de Dieu.

— Quelles révélations eut votre roi ?

— Vous n'aurez pas de moi cela cette année ; je fus interrogée pendant trois semaines à Poitiers et à Chinon, le roi eut signe de mes faits avant qu'il y voulût croire ; les ecclésiastiques de mon parti ne trouvèrent rien que de bon dans mon fait, etc..

— Êtes-vous allée à Sainte-Catherine-de-Fierbois?

— Oui, et quand je fus arrivée à Tours, j'envoyai chercher une épée qui était dans l'église de Sainte- Catherine.

— Gomment saviez-vous que cette épée était là?

— Par mes voix.

— Avez-vous porté cette épée?

— Jusqu'à mon départ de Saint-Denis après l'attaque de Paris.

— Avez-vous porté votre épée sur l'autel pour qu'elle fCit plus fortunée?

— Non, mais j'ai toujours désiré que mes armes fussent heureuses.

— Aviez-vous votre épée de Fierbois quand vous fûtes prise?

— Non, mais une épée enlevée à un Bourguignon ; cette dernière était une bonne épée de guerre, et propre à donner de bonnes buffles et de bons torchons.

— Où avez-vous laissé l'autre?

— Cela n'est pas du procès.

— Quand vous vîntes à Orléans, aviez-vous un étendard?

— Un étendard dont le champ était semé de fleurs de lis; un monde y était flguré avec deux anges sur les côtés; il était bordé de franges de soie, et portait ces deux mots écrits : Jésus, Maria.

ET JEAN ME d'aRC lOt^

— Qu'aimiez-vous mieux de votre étendard ou de votre épée?

— Beaucoup plus, voire quarante fois plus, mo»

Chambre de Jeanne d'Arc à Domrcmy.

(Bibliothèque Nationale, Topographie de lu France.)

étendard que mon épée. Je portais moi-môme cet étendard quand j'attaquais les ennemis, pour éviter de tuer quelqu'un ; je n'ai jamais tué personne.

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— Quelle armée vous confia votre roi quand il vous mit en œuvre?

— Dix ou douze mille hommes.

— Étiez-vous sûre de faire lever le siège d'Orléans?

— Dieu me l'avait révélé, et je l'avais dit à mon roi.

— Ne disiez -vous pas à vos soldats que vous détourneriez les flèches des Anglais?

— Je leur recommandais d'être sans crainte. Plusieurs ont été blessés à mes côtés, j'ai été blessée moi-même.

— En aviez-vous la prescience?

— Je l'avais annoncé avant le combat. »

§ 19. — ARRÊT DE CONDAMNATION LANCÉ CONTRE JEANNB D^ARC. — LETTRE DU ROI D'ANGLETERRE AU DUC DE BOURGOGNE.

(Monstrelet, Chroniques^ 1. II, ch. cv.)

S'ensuit la condamnation qui fut faite en la cité de Rouen contre Jeanne la Pucelle, comme il peut apparoir par lettres envoyées de par le roi d'Angleterre au duc de Bourgogne, desquelles la copie s'ensuit :

« Très cher et très aimé oncle j la fervente dilection que savons vous avoir, comme vrai catholique, à notre mère sainte Église et l'exaltation de notre sainte foi, raisonnablement nous exhorte et admoneste de vous signifler et écrire ce qu'à l'honneur de notre dite mère sainte Église, fortification de notre foi et extirpation d'erreurs pestilencieuses, a été en cette notre ville de Rouen fait jà naguère solennellement. Il est assez commune renommée, jà comme partout divulguée, comment cette femme qui se faisait nommer Jeanne la Pucelle erronée, s'était deux ans et plus, contre la loi divine et l'état de son sexe féminin,

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vêtue en habit d'homme, chose à Dieu abominable, et en tel état transportée devers notre ennemi capital et le vôtre; auquel et à ceux de son parti, gens d'Église, nobles et populaires, donna souvent à entendre que elle était envoyée de par Dieu, en soi présomptueusement vantant qu'elle avait communication personnelle et visible avec saint Michel et grand'multitude d'anges et de saints du Paradis, comme sainte Catherine et sainte Marguerite. Par lesquels faux donnés à entendre, et l'espérance qu'elle promettait de victoires futures, divertit plusieurs cœurs d'hommes et de femmes de la vérité, et les convertit à fables et mensonges; se vêtit aussi d'armes appliquées pour chevaliers et écuyers ; leva l'étendard, et en trop grand outrage , orgueil et présomption demanda avoir et porter les très nobles et excellentes armes de France, qu'en partie elle obtint, et les porta en plusieurs courses et assauts, et ses frères comme on dit, c'est à savoir un écu à deux fleurs de lis d'or, à champ d'azur et une épée, la pointe en haut, férue en une couronne. En cet état s'est mise aux champs, a conduit gens d'armes et de trait en exercite et grands compagnies, pour faire et exercer cruautés inhumaines, en épandant le sang humain, en faisant séditions et commotions de peuple, l'induisant à parjurements, rébellions, superstitions et fausses croyances, en perturbant toute vraie paix et renouvelant guerre mortelle, en se souffrant honorer et révérer de plusieurs, comme femme sanctifiée, et autrement damnablement ouvrant en divers cas longs à exprimer, qui toutefois ont été en plusieurs lieux assez connus, dont presque toute la chrétienté a été toute scandalisée. Mais la divine puissance, ayant pitié de son peuple loyal, qui ne Ta longuement

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voulu laisser en péril, ni souffert demeurer es vaines, périlleuses et nouvelles crédulités, où jà légèrement se mettait, a voulu permettre sa grand'miséricorde et clémence que ladite femme ait été prise en votre ost et siège que teniez lors de par nous devant Compiègne, et mise par votre bon moyen en notre obéissance et domination. Et pource que dès lors fûmes requis par l'évêque au diocèse duquel elle avait été prise qu'icelle Jeanne, notée et diffamée de crimes de lèse-majesté divine, lui fissions délivrer, comme à son juge ordinaire ecclésiastique, nous, tant pour la révérence de notre mère sainte Église, de laquelle voulons les ordonnances préférer à nos propres faits et volontés, comme raison est, comme aussi pour Thonneur et exaltation de notre dite sainte foi, lui fîmes bailler ladite Jeanne, afin de lui faire son procès, sans en vouloir être prise par les gens et officiers de notre justice séculière aucune vengeance ou punition , ainsi que faire nous était raisonnablement licite, attendu les grands dommages et inconvénients, les horribles homicides et détestables cruautés et autres maux innumérables qu'elle avait commis à rencontre de notre seigneurie et loyal peuple obéissant. Lequel évêque, adjoint avec lui le vicaire de rinquisiteur des erreurs et hérésies, et appelé avec ^rand et notable nombre de solennels maîtres cteurs en théologie et droit canon, commença ^rand'solennité et due gravité le procès d'icelle le. Et après ce que lui et ledit inquisiteur, juges tte partie, eurent par plusieurs et diverses jourinterrogé ladite Jeanne, firent les confessions et lions d'icelle mûrement examiner par lesdits es docteurs, et généralement par toutes les es de notre très chère et très aimée fille, Funi-

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versité de Paris, devers laquelle lesdites confessions et assertions ont été envoyées. Par Fopinion et délibération desquels trouvèrent lesdits Juges icelle Jeanne superstitieuse, devineresse de diables, blasphémeresse en Dieu et en ses saints et saintes, schismatique et errant par moult de sortes en la foi de Jésus-Christ. « Et pour la réduire et ramener à Funité et commun de notre dite mère sainte Église, la purger de ses horribles et pernicieux crimes et péchés, et guérir et préserver son âme de perpétuelle peine et danmatioD, fut souvent et par bien longtemps très charitablement et doucement admonestée à ce que, toutes erreurs par elle rejetées et mises en arrière, voulût humblement retourner à la voie et droit sentier de vérité, ou autrement elle se mettait en grand péril d'àme et de corps. Mais le très périlleux et divisé esprit et d'outrage use présomption , qui toujours s'efforce de vouloir empêcher Funité et sûreté des loyaux chrétiens» occupa et détint tellement en ses liens le courage d'icelle Jeanne que pour quelconque sainte doctrine ou conseil, ni autre douce exhortation qu'on lui eût administrée , son cœur endurci et obstiné ne se voulut humilier ni amollir; mais se vantait souvent que toutes choses qu'elle avait faites étaient bien faites, et les avait faites du commandentent de Dieu et desdîtes saintes vierges, qui visiblement s'étaient à elle apparues; et qui pis est, ne reconnaissait ni ne voulait reconnaître en terre fors Dieu seulement et les saints de paradis, en refusant «t doutant le jugement de notre saint-père le pape, du concile général et universelle église militante.

«Et, voyant les juges ecclésiastiques sesdits courage et propos par tant et si long espace de temps endurcis €t obstinés, la firent mener devant le clergé et le

peuple, illec assemblés en très grand'mullitude. En la présence desquels furent prêches, exposés et déclarés solennellement et publiquement, par un notable maître en théologie, à l'exaltation de notre foi, extirpation des erreurs et édification et amendement du peuple chrétien. Et derechef fut charitablement admonestée de retourner à Tunion de sainte église, et de corriger ses fautes et erreurs en quoi elle était obstinée; et, en ce considéré, les juges dessus dits procédèrent à prononcer la sentence contre elle, en tels cas de droit introduite et ordonnée. Mais, avant que la sentence fût rendue, elle commença par semblant à muer son courage, disant qu'elle voulait retourner à sainte Église, ce que volontiers et joyeusement ouïrent les juges et le clergé dessus dits, qui à ce la reçurent bénignement, espérant par ce moyen son dme et son corps être rachetés de perdition et tourment. Adonc se soumit à l'ordonnance de sainte Église, et ses erreurs et détestables crimes révoqua de la bouche, et abjura publiquement, signant de sa propre main la cédule de ladite révocation et abjuration. Et, par ainsi, notre pieuse mère sainte Église, soi réjouissant sur la pécheresse faisant pénitence, veuillant la brebis recouvrer, qui par le désert s'était 3 et forvoyée, et ramener avec les autres, icelle s, pour faire pénitence, condamna en chartre. 5uère ne fut illec que le feu de son orgueil, mblait être éteint en icelle, rembrasa en flamîstilencieuses, par les soufflements de l'ennemi; tôt ladite femme malheurée renchut i es erreurs 'ageries que par avant avait proférées et depuis lées et abjurées, comme dit est.

etomba.

ET JEANNE D*ARC 44 i

« Pour lesquelles causes, selon ce que les jugements et institutions de sainte Église Tordonnèrent, afin que dorénavant elle ne contaminât les autres membres de Jésus-Christ, elle fut derechef prêchée publiquement; et comme elle fut rechue es crimes et fautes Yilaines par elle accoutumées, fut délaissée à la justice séculière, laquelle incontinent la condamna à être brûlée. Et voyant son finement approcher, elle connut pleinement et confessa que les esprits qu^elle disait être apparus à elle souventes fois étaient mauvais et mensongers, et que les promesses qu'iceux esprits lui avaient plusieurs fois faites de la délivrer étaient fausses : et ainsi se confessa par lesdits esprits avoir été déçue et démoquée. Si fut menée par ladite justice liée au vieil marché dedans Rouen, et là, publiquement, fut arse à la vue de tout le peuple. »

Laquelle chose ainsi faite, le dessus dit roi d'Angleterre signifia par lettres, comme dit est, au dessus dit duc de Bourgogne, afin qu'icelle exécution de justice, tant par lui comme les autres princes, fût publiée en plusieurs lieux, et que leurs gens et sujets dorénavant fussent plus sûrs et mieux avertis de non avoir créance en telles ou semblables erreurs qui avaient régné pour l'occasion de ladite Pucelle.

§ 20. — REVISION DU PROCÈS DE JEANNE d'aRC EN 1456. — EXTRAIT DES DÉPOSITIONS. — DÉPOSITION DE JEAN TOUT- MOUU.LÉ, DE l'ordre DES FRÈRES PRÊCBELRS ! LA MORT DE

JEANNE D*ARC (31 mai 1431).

(Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc y t. II, p. 3.)

Dit et dépose ledit Toutmouillé que, le jour que ladite Jeanne fut laissée au jugement séculier et livrée

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à combustion, se trouva 4e matin en la prison avec frère Martin l'Advenu que Tévêque de Beauvais avait «envoyé vers elle pour lui annoncer la mort prochaine «t pour rinduire à vraie contrition et pénitence et aussi pour Touïr de confession, ce que ledit TAdvenu fit moult soigneusement et charitativement. £t quand dl annonça à la pauvre femme la mort de quoi elle •devait mourir ce jour-là, qu'ainsi ses juges l'avaient •ordonné et entendu; et ouï la dure et cruelle mort •qui lui était prochaine, commença à s*écrier douloureusement et piteusement se détendre et arracher les •cheveux : « Hélas, me traite-t-on ainsi horriblement et cruellement qu'il faille mon corps net et entier, qui ne fut jamais corrompu, soit aujourd'hui consumé et rendu en cendres! Ah! ah! j'aimerais mieux être décapitée sept fois qu'être ainsi brûlée.

« Hélas ! si j'eusse été en la prison ecclésiastique à laquelle je m'étais soumise et que j'eusse été gardée par les gens d'ÉgJise, non pas par mes ennemis et adr versaires, il ne me fût pas si misérablement mécheu t comme il est! Oh j'en appelle devant Dieu, le grand juge, des grands torts et ingravances qu'on me fait. »

£lle se Gomplaignait merveilleusement en ce lieu, •ainsi que dit le déposant, des oppressions et violences •qu'on lui avait faites dans la prison par les geôliers •et par les autres qu'on avait fait entrer sur elle.

Après ces complaintes surviat l'évêque dénommé, auquel elle dit incontinent : « Évoque, je meurs par vous », et il commença à remontrer en disant : « Ah! Jehanne, prenez en patience, vous mourez parce que vous n'avez tenu ce que vous avez promis et que vous ■êtes retournée à votre premier maléfice. » Et la pauvre

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