I. Arrivé malheur
ET JEANNE d'aRC 113
Pacelle lai répondit : « Hélas ! si vous m*eussiez mise aux prisons de la cour d'Église et rendue entre les mains des concierges ecclésiastiques compétents et conTenables, ceci ne fût pas advenu, c'est pourquoi j'appelle de vous devant Dieu. »
§ 21. — DÉPOsinaN d'isambert de la pierre, l'u.n des
ASSESSEURS QUI AVAIENT OPIISÉ DA.\S LES DEUX JUGEMENTS DE CONDAMNATION DES 19 ET 29 MAI 1431 : LA MORT DE JEANNE D*ARC.
(Quicherat, Procès de Jeanne (TArc^ t. II, p. 4.)
Dit et dépose qu'une fois lui et plusieurs autres présents on admonestait et sollicitait ladite Jeanne de se soumettre à TÉglise. Sur quoi elle répondit que volontiers se soumettrait au Saint-Père, requérant être menée à lui, et que point ne se soumettrait au jugement de ses ennemis. Et quand à cette heure-là frère Isambert lui conseilla de se soumettre au concile général de Bâle, ladite Jeanne lui demanda ce que c'était que concile général. Répondit celui qui parle que c'était congrégation de toute l'Église universelle en la chrétienté, et qu'en ce concile il y en avait aatant de son parti comme du parti des Anglais. Gela ouï et entendu, elle commença à crier : « Ah! puisqu'en ce lieu sont aucuns de notre parti, je veux bien me rendre et soumettre au concile de Bâle. » Et tout incontinent, par grand dépit et indignation, l'évêque de Beau vais commença à crier : « Taisez vous, de par le diable! » et dit au notaire qu'il se gardât d'écrire la soumission qu'elle avait faite au concile général de Bâle. A raison de ces choses et plusieurs autres, les Anglais et leurs officiers mena-
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cèrent horriblement ledit frère Isambert, tellement que s'il ne se taisait, le jetteraient en Seine.
Dit et dépose que après qu'elle eut renoncé et abjuré et repris habits d'homme, lui et plusieurs autres furent présents quand ladite Jeanne s'exeusait de ce que elle avait revêtu habits d'homme en disant et affirmant publiquement que les Anglais lui avaient fait ou fait faire en la prison beaucoup de torts et de violences quand elle était vêtue d'habits de femme. Et de fait la vit éplorée, son visage plein de larmes, défigurée et outragée en telle sorte que celui qui parle en eût pitié et compassion.
Dépose celui qui parle que, après sa confession et perception du sacrement de l'autel, on donna la sentence contre elle et fut déclarée hérétique et excommuniée.
Dit et dépose avoir bien vu et clairement aperçu, à cause qu'il a toujours été présent assistant à toutes les déductions et conclusions du procès, que le juge séculier ne l'a point condamnée à mort ni à consomption de feu, bien que le juge sécuUer ait comparu et se soit trouvé au lieu môme où elle fût prêchée dernièrement et délaissée à justice séculière. Toutefois, sans jugement ou conclusion dudit juge, elle a été livrée entre les mains du bourreau et brûlée, bien qu'il ait été dit au bourreau tant seulement sans autre sentence : « Fais ton devoir ».
Dépose celui qui parle que ladite Jeanne eut à la fin si grande contrition et si belle repentance que c'était une chose admirable en disant paroles si dévotes, piteuses et catholiques que tous ceux qui la regardaient en grande multitude pleuraient à chaudes larmes, tellement que le cardinal d'Angleterre et plusieurs autres Anglais ne purent s'empêcher de pleurer et d'en avoir compassion.