‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 24 sur 129 · CHARLES VI [ ET JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

CHARLES VI [ ET JEANNE D'ARC

Dit outre plus que la pieuse femme lui demanda, requit et supplia humblement, ainsi qu'il était près d'elle en sa fin,qull allât en l'église prochaine et qu'il lui apportât la croix pour la tenir élevée tout droit devant ses yeux jusqu'au pas de la mort, afin que la croix où Dieu pendit fût en sa vie continuellement devant sa yue. Dit en outre qu'elle étant dedans la Ûamme oncque ne cessa jusqu'à la fin de confesser à haute voix le saint nom de Jésus en implorant et invoquant sans cesse l'aide des saints et saintes du Paradis, et encore qui plus est, en rendant son esprit et inclinant la tête, proféra le nom de Jésus en signe qu'elle était fervente en la foi de Dieu.

CONTINUATION DE LA GUERRE CONTRE LES AN- GLAIS — NOUVEAUX succès DE CHARLES VII — NÉGOCIATIONS AVEC LE DUC DE BOURGOGNE — LES FRANÇAIS ET LES BOURGUIGNONS SE RÉCON- CILIENT — TRAITÉ D'ARRAS — ENTRÉE DU ROI A PARIS (1431-1438)

§ 1. — LE JEUNE ROI d'aNGLETERRE, HENRI VI, ESSAYE DE RELEVER LA CAUSE ANGLAISE EN VENANT SE FAIRE COURON- NER A PARIS. — CÉRÉMONIE DU SACRE (décembre 1431).

(Monstrelet, Chroniques^ 1. II, ch. cix.)

Environ Tissue du mois de novembre, vint le jeune roi Henri, de Pontoise à Saint-Denis en France, sur intention d'aller à Paris pour lui faire oindre , sacrer et couronner roi du royaume de France. Si étaient avec lui, de la nation d'Angleterre, son oncle le cardinal de Vincestre et le cardinal d'York, son oncle le duc de Bedfort et le riche duc d'York, les comtes de Warwick, de Salsebery, de Suflfolk et aucuns autres notables chevaliers et écuyers de la nation de France; y étaient les évoques de Thé-

rouenne, nommé messire Louis de Luxembourg; de

Beauvais, maître Pierre Cauchon; de Noyon, maître

Jean de Mailly; de Paris et d'Évreux; messire Jean,

bâtard de Saint-Pol, messire Guy Le Boutillier; le

seigneur de Courcelles, messire Gilles de Clamecy,

messire Jacques Painel, messire Jean de Pressi, le

seigneur de Passy, le bâtard de Thien et aucuns

autres. Si pouvait avoir ledit roi Henri, tant en sa

compagnie comme au pays assez près à Tenviron,

de deux à trois mille combattants pour la sûreté de

sa personne, et se partit de Saint- Denis pour aller à

Paris environ neuf heures du matin. Et vinrent à

Fencantre de lui jusqu'à la chapelle d'entre Paris et

Saint-Denis messire Simon McH'ier, prévôt de Paris,

pour lui faire révérence et honneur, et plusieurs

a,ifT./^e fr^ug ygt^g ^Q g^tln vermcil et chaperon de

z lesquels étaient grand nombre des plus

bourgeois de Ja ville de Paris, vêtus et

ie vermeil. Et après qu'ils eurent fait la ré-

inrent au-devant dudit roi les neuf preux à

1 acun armé des armes à lui appartenant.

as, vinrent le chevalier du guet, le prévôt

lands, avec eux les officiers de la cour, tous

)ers et chaperons vermeils. Et un petit après

, vint maître PhUippe de Morvilliers, pre-

ident, en habit royal, et tous les seigneurs

lent, vêtus de longs habits de vermml.

s suivaient les seigneurs de la chambre des

les gens des finances, les maîtres des re-

les secrétaires, et avaient robes vermeilles.

omme ils venaient l'un après l'autre, chacun

état, ils faisaient au roi la révérence et aux

étant avec lui; et quant est du commun, il

: sans nomlnre.

ET JEANNE d'ARC lld

Et quand le roi Tint à rentrée de la porte Saint- DenîSy les armes de la Tille y était si grandes qu'en la nef d'icelles armes y aTait six hommes, Tun en guise d'un évêque; le second, TuniTersité; le tiers, les bourgeois ; et les trois autres étaient comme sergents; lesquels, à l'entrée de ladite porte, présentèrent au roi trois cœurs Termeils, dont au premier aTait deux colombes, et au second de petits oiselets, qu'ils laissèrent voler par-dessus le chef du roi; et le tiers ccBur était plein de violettes et autres fleurs, qu'ils jetèrent sur les seigneurs. Et là, tantôt le prévôt des marchands et lesdits échevins apportèrent un ciel d'azur semé de fleurs de lis d'or, et le mirent et portèrent tout parmi la ville par-dessus le roi. Si avait au poncelet Saint-Denis un échafaud sur lequel était comme une manière de bois où étaient trois hommes sauTages et une femme, qui ne cessèrent de combattre Tun contre l'autre tant que le roi et les seigneurs fassent passés. Et avait dessous ledit échafaud une fontaine jetant hypocras et trois sirènes dedans, et était ledit hypocras abandonné à chacun. Et depuis le poncelet, en tirant vers la seconde porte de la rue Saint- Denis, avait personnages, sans parier de la nativité Notre-Dame, de son mariage et de Tadoration des trois Rois, des Innocents et du bon homme qui semait son blé ; et furent ces personnages très bien joués. Et sur la porte Saint-Denis fut jouée la légende Saint-Denis, qui fut volontiers vue des Anglais.

En outre, devant les Innocents avait «ne manière de forêt en la rue, dedans laquelle avait un cerf vif. Et quand le roi passa devant, on fit courre ledit cerf et des chiens et veneurs; après fut grand'pièce chassée à force, et se vint rendre emprès les pieds

du cheval du roi, lequel roi lui fit sauver la vie.

Et à rentrée de la porte du Châtelet avait encore un échafaud sur lequel avait en personnage un petit enfant, en semblance du roi, vêtu de fleurs de lys, deux couronnes sur son chef; et à côté dextre était en son personnage le duc de Bourgogne et le comte de Nevers, qui lui présentaient Técu de France, et au côté senestre le duc de Bedford, son oncle, et les comtes de Warwick et de Salsebery, qui lui présentaient l'écu d'Angleterre. Et étaient tous vêtus, par personnages, des cottes d*armes des dessus dits seigneurs. Et de là s'en alla au palais, où lui furent montrées les saintes reliques, et à ceux qui étaient avec lui, et puis fut mené en Thôtel des Tournelles pour prendre son repas. Et quand il eut dîné, il alla voir la reine, sa grand'mère, à l'hôtel de Saint- Pol. Et le lendemain fut mené au bois de Vincennes, où il fut jusqu'au quinzième jour du mois de décembre, qu'il retourna au palais. Et le dix-septième jour d'icelui mois se partit de là avec grand' seigneurie, tant de gens d'Église comme séculiers, et s'en vint en l'église Notre-Dame de Paris pour être sacré. Auquel lieu de Notre-Dame de Paris avait en Ja nef un grand échafaud de bois de quatre-vingts pieds de long et haut jusqu'au crucifix. Si montaiton dedans icelui par la nef et descendait-on par autre lieu par le chœur. Et fut ledit roi sacré par le cardinal de Vincestre, qui chanta la messe, dont l'évêque de Paris ne fut point bien content, et dit qu'à lui appartenait à faire icelui office.

Et quand ce vint à l'offertoire, ledit roi offrit vin et pain, ainsi qu'il est accoutumé de faire en tel cas, lequel vin était en un grand pot d'argent doré : lequel pot fut repris et ôté de ladite église par les offi-

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ciers du roi, dont grandement déplut aux chanoines d'icelle église, pour tant qu'ils disaient ce à eux appartenir de droit. Si en firent grand'poursuite envers iceluy roi et son conseil, et en conclusion, après ce (ju'il leur eut beaucoup coûté à faire ladite poursuite, leur fut rendu. Et furent faites en celui jour toutes les besognes appartenant audit sacre, et plus en suivant les coutumes d'Angleterre que de France; et toujours les seigneurs ci-dessus nommés étaient au plus près du roi en ladite église, chacun servant de son office. Et après que la messe fut finée, le roi retourna au palais, et se sit, et dîna à la table de marbre, environ le miheu d'icelle. Et au côté de la chambre de parlement, à cette table, ledit cardinal de Vincestre et maître Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, et maître Jean de Mailly, évêque de Noyon, comme pairs de France, étaient ensuivants. Et à Tautre côté, les comtes d'Estanfort, de Mortains et de Salsebery. Si était grand-maître-d'hôtel messire Jean, bâtard de Saint-Pol ; et avecque lui étaient devant la viande messire Guy Le Boutillier, messire Gilles de Clamecy et messire Jean de Pressy. Le seigneur de Courcelles fut, pour ce jour, grand-échanson, et messire Jacques Painel fut, pour ce jour, grand-panetier ; et un chevalier anglais, nommé messire Watier de Hongrefort, trancha devant le roi.

Auquel dîner furent présentés quatre entremets devant la table, c'est à savoir le premier d'une image de Notre-Dame et un petit roi couronné emprès; le second fut une fleur de lis couronnée d'or, tenue de deux anges; le tiers, une dame et un paon; et le quart, une dame et un cygne.

Et quant est à parler des divers mets de vins et de viandes dont on y fut servi, ils seraient trop longs à

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raconter, car il y en eut sans nombre. Et pareillement 7 fut joué de plusieurs instruments de musique. Et lendemain ensuivant, furent faites de moult belles joutes en l'hôtel de Saint-Pol, desquels joutes emportèrent le cri et eurent la voix des dames le comte d*Arondel et mesure Jean , bâtard de Saint-Pol, comme les mieux joutants. Et après, le dessus dit roi séjourna en ladite ville de Paris aucuns jours; et puis peu de temps après s'en retourna en la ville de Bouen.

§ 2. — ENGAGEMENT PRIS PAR L^ESPAGNOL RODRIGUE DE VIL- LANDRANDO, UN DES PLUS CÉLÈBRES ROUTIERS DE CETTE ÉPOQUE, ENVERS LE COMTE DE BEAUFORT (1432).

(Bibliothèque de VÉcole des Chartes^ t. 1, p. 119. Article de Jules Quicàerat sur Rodrigue de Villandrando.)

Je, Rodrigue de Villandrando, comte de Ribadeo, capitaine de gens d'armes et de trait pour le roi notre sire, ai juré aux saints Dieu évangile et ci ai promis et promets, sur la foi et serment de mon corps et la diffamation de mes armes, que je serai dorénavant bon, vrai, loyal ami, allié et bienveillant de monseigneur le comte de Beaufort, vicomte de Turenne, et lui secourrai et aiderai envers tous et contre tous, excepté le roi, messeigneurs les comtes de Clermont, d'Armagnac, monseigneur de la Trémoille et monseigneur de Sainte-Sévère, marécbal de France, et avec ce, son bien et honneur lui garderai, son mal et dommage et déshonneur lui enverrai et lui ferai à savoir, à mon pouvoir. Et toutes les choses dessus dites, promets et jure comme

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dessus, toiîr H accomplir sans fraude, baras i, et Bud MigiBS de p<ltiit en point, «lonobstant quelconques promesses ei alliacés iaites le temps passé. En témoignage de ce j'ai signé ces présentes de mon seiog manfiel et fait sceller du scd de mes armes. Le dix-soptième jour de janvier Tan mil quatre cent trente et deux*

R0ORI6UE DE VlLLANDBANOO '.

§ 3. — CHARLES VU VEUT SE PORTER MÉDIATEUR ENTRE LE COKOLE DE B^LE ET LE PAPE. — SA LETTRE AUX PÈRES

DU coî^GiLB (28 août 1433}.

(De Beaocourt, Biiteire de Charles VII, t. II, p. 416.)

Pères orthodoxes, c'est la charité de Jésus-Christ, c'est l'amour filial que nous portons à notre Saint- Père Je Pape, c'est le juste honneur que nous lui devons, c'est notre zèle fervent et celui même de votre sainte congrégation pour la paix, qui nous engagent à vous écrire sur ce sujet.

Nous avons appris, Pères très aimés, Pontifes très dignes de nos respects, que, dans votre dernière session, Tons avez promulgué un décret contre notre bienheureux Père le Souverain Pontife de l'Église universelle ; et, pour vous dire la vérité, nous en avons été très effrayés, craignant, non sans raison, les scandales des royaumes, attendu que les rois et princes chrétiens, si intéressés en une telle affaire, sont en très petit nombre représentés dans cette assemblée, et

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