‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 27 sur 129 · Blessés · texte numérisé non relu

Blessés

les mettaient en ceps ^, et là on tae leur fruit, lequel on a laissé mourir sans baptême. Et après on a jeté et femmes et enfants à la rivière. Prenaient les moines et gens d'Église, laboureurs, les mettaient en ceps et antres ncianières de tourments nommés sargez. Et eux étant en iceux les battaient dont les aucuns sont mutilés, les autres enragés et hors de sens. Rançonnaient les villages tellement qu'un pauvre village était à rançon à buit ou dix places, et si on ne payait on allait bouter le feu aux villages et églises. Et quand les pauvres gens étaient pris et cpi'ils ne pouvaient payer, on les a aucunes fois assommés eux étant en ceps et jetés à la rivière. Et n y demeuraient chevaux, laboureurs ni autres bétes. Si le roi donnait sauvegarde à pauvres églises ou autres personnes, elles étaient rompues et n*en tenait-on compte, au grand déshonneur du roi et de sa seigneurie.

Les échecs multipliés des Anglais en 4434 et 4432 amenèrent le duc de Bourgogne à reprendre vigoureusement V offensive. Il recouvra la Champagne {4433)^ favorisé par les luttes intestines et les révolutions de palais qui^ la même année, aboutissaient à la chute de La Trémouille. Mais les Français firent de nouveaux efforts. Le comte d'Arundel et ses Anglais furent battus sous les murs de Gerberoy {mai 4435), et Saint'Denis leur fut enlevé par un brillant coup de main. C'est alors que s'ouvrit le congrès d'Arras. Le duc de Bourgogne^ apprenant la mort du duc de Bedford, se décida à conclure avec Charles VU une paix particulière. L'Angleterre avait perdu son plus puissant allié.

1. Instrument de torture que l'on mettait aux pieds des condamnés.

§ 6. — FIN DE LA. GUERRE aVILE. — RÉCONCILIATlOIf DU ROI DE FRANGE AVEC LE DUC DE BOURGOGNE. — TRAITÉ d'aRRAS

(décembre 1435) *.

(De Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. II, p. 547.)

I. Le roi dira par lui-même au duc de Bourgogne, ou fera dire par ses fondés de pouvoir, que la mort de feu monseigneur le duc Jean de Bourgogne son père fut « iniquement et mauvaisement faite par ceux qui perpétrèrent ledit cas, et par mauvais conseil », qu'il lui en a toujours déplu et présentement lui en déplaît de tout son cœur, et que s'il eût su le cas et qu'il eût eu l'âge et l'entendement qu'il a à présent, il y eût obvié à son pouvoir; mais il était bien jeune et avait pour lors petite connaissance, et ne fut point si advisé que d'y pourvoir ; et priera à monseigneur de Bourgogne que toute rancune ou haine qu'il peut avoir à rencontre de lui, à cause de ce, il ôte de son cœur et que entre eux ait bonne paix et amour. Et de ce sera faite expresse mention dans le traité.

IL Tous ceux qui « perpétrèrent ledit mauvais cas ou qui en furent consentans » seront abandonnés par le roi, qui fera toutes les diligences possibles pour les faire prendre et appréhender, afin de les punir dans leurs personnes et dans leurs biens; et s'il ne les peut appréhender, il les bannira à perpétuité, avec confiscations de leurs biens; ils seront i( hors de tous traités ».

IIL Le roi ne souffrira qu'aucun d'eux soit reçu

1. Le texte du traité d'Arras se trouve en original à la Bibliothèque Nationale et aux Archives de la Côte-d'Or.

OU favorisé dans quelque lieu de son obéissance, et fera publier dans tout son royaume que personne ne les reçoive ou favorise, sous peine de confiscation de corps et de biens.

IV. Le duc de Bourgogne désignera le plus tôt qu'il pourra ceux qu'il regarde comme coupables ou consentants dudit « mauvais cas », afin que le roi

Monnaie de Philippe e Bon, duc de Bourgogne.

puisse procéder « incontinent et diligemment » contre eux. Il aura en outre la faculté, si des révélations ultérieures lui viennent à ce sujet, de désigner les coupables et de les faire connaître au roi, par lettres patentes ou autrement, et le roi sera tenu de faire procéder contre eux en la manière susdite.

V. Diverses fondations seront faites pour l'âme du feu duc, du seigneur de Navailles, et des autres victimes des divisions et guerres de ce royaume. D'abord une cbapeUe et chapellenie sera fondée à titre perpé-

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tuel, avec dotation convenable^ et une messe basse de Requiem y sera célébrée chaque jour; le chapelain sera à la collation du duc.

VI, Ensuite à Montereau, ou à proximité de la ville, le roi fera construire un couvent de Chartreux pour un prieur et douze religieux, lesquels seront dotés de rentes annuelles et perpétuelles, bien amorties, jusqu'à concurrence de huit cents livres parisis par an.

Vil. En troisième lieu, sur le pont de Montereau, à Tendroit même où fut commis ledit « mauvais cas », sera construite une belle croix, qui sera entretenue aux frais du roi.

VIII. Enfin, dans Téglise des Chaiireux de Dijon, où repose le corps du feu duc, le roi fondera à perpétuité une grand'messe de Requiem, qui sera dite chaque jour au grand autel, avec dotation jusqu'à concurrence de cent livres parisis par an.

IX. Ces fondations seront faites immédiatement^ et les édifices seront commencés à Montereau dans un délai de trois mois après que la ville sera rentrée en Tobéissance du roi, pour être achevés en cinq années^

X. En compensation des joyaux et autres biens meubles du feu duc qui furent pris et perdus, le roi payera la somme de cinquante mille écus d'or, savoir quinze mille à Pâques 1437, quinze mille à Pâques 1438, et les vingt mille restant à Pâques 1439. Réserve est faite au duc de Bourgogne de son action et poursuite au sujet du « bel collier » du feu duc son père.

XI. Pour partie des intérêts, le roi cédera au duc et lui transportera à nouveau, pour lui et ses héritiers légitimes, mâles ou femelles, les villes et comtés de Mâcon, et de Saint-Gengoux, avec toutes leurs

ET JEANNE d'aRC 431

dépendancôâ, sans aacane réserve, sauf les foi, hommages, ressort et souveraineté.

XII. Le roi cédera en outre tous les profits et émoluments venant des droits royaux dans lesdites villes et comtés.

Xin. Le roi cédera encore au duc et à ses héritiers loas les profits des aides qui sont on qui seront imposés dans les élections de Mftcon, Chàlons, Autun et Laogres et abandonnera la nomination de tous les officiers chargés des recouvrements.

XIV. Le roi cédera encore au duc et à ses héritiers la ville et le comté d'Auxerre avec toutes leurs dépendances.

XV. Il abandonnera également tous les profits et émoluments provenant des droits royaux dans ledit comté.

XYI. Il abandonnera également tous les profits des aides.

XVn. Le roi cédera encore au duc et à ses héritiers le château, ville et châtellenie de Bar-sur-Seine, avec toutes leurs dépendances et tous les profits et émoluments quelconques.

XVni. Il abandonnera aussi tous les profits des aides.

XIX. Le roi cédera encore au duc le comté de Bourgogne et la garde de l'église et abbaye de Luxeuil avec tous les droits, profits et émoluments de ladite garde.

XX. Le roi cédera encore au duc les villes, châteltenies et prévôtés de ï^éronne, Montdidier et Roye avec toutes leurs dépendances.

XXL II en abandonnera aussi tous les profits et émoluments quelconques.

XXIl. Il abandonnera aussi tous les profits des aides.

XXIIL Le roi abandonnera aussi au duc la compensation des aides dans le comté d'Artois montant à quatorze mille francs par an ou environ.

XXIV. Le roi cédera encore au duc toutes les villes, terres et seigneuries appartenant à la couronne sur les deux rives de la Somme, savoir : Saint- Quentin, Gorbie, Amiens, Abbeville, avec tout le comté de Ponthieu, DouUens, Saint-Riquier, Crève-Cœur, Arleux, Mortagne, etc., avec toutes leurs dépendances. Ledit transport fait avec faculté de rachat moyennant la somme de quatre cent mille écus d'or. Le duc donnera des lettres par lesquelles il s'engagera pour lui et pour les siens à remettre les villes de la Somme toutes et quantes fois il plaira au roi et à ses héritiers de faire ledit rachat. Les villes de Tournay, le Tournaisis et Saint-Amand resteront au roi, sauf Mortagne, qui est compris dans la cession faite au duc.

XXV. Eu égard aux droits que le duc prétend avoir sur le comté de Boulogne, ce comté restera aux mains du duc et de ses héritiers mâles seulement et fera ensuite retour à ceux qui y ont ou auront droit : le roi sera tenu de les dédommager pour qu'ils ne troublent pas le duc dans sa possession.

XXVI. Les châteaux, villes, comtés et seigneuries de Gien-sur-Loire qu'on dit avoir été donnés avec le comté d'Étampes et la seigneurie de Dourdan par le feu duc de Berri au feu duc Jean, père du duc de Bourgogne, seront mis en la main du duc de Bourbon pendant un an ; durant ce temps, le comte d'Étampes devra produire les lettres de don, et, si elles sont reconnues valables, le comté de Gien sera déUvré par le duc de Bourbon au comte d'Étampes ou au duc de Bourgogne.

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