‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 29 sur 129 · MORT DE LA REINE ISABEAU DE BAVIÈRE · texte numérisé non relu

MORT DE LA REINE ISABEAU DE BAVIÈRE

(Monstrelet, Chroniques^ 1. II, eh. clxxix.)

^" cet an, au mois de septembre, Isabelle, reine ?ance, mère du roi Charles pour lors régnant, lie était logée à l'hôtel du roi, à Saint-Pol, ns la cité de Paris, où par avant elle avait vécu rande pauvreté, pour les tribulations des guerres 3 royaume, accoucha malade, et bref ensuivant Lssa de ce siècle. Si fut enterrée en l'église de t-Denis en France, non pas en telle solennité et

grand état que Ton a accoatumé de faire aux autres reines de France. Laqaelle mort venue à la connaissanee du duc de Bourgogne, lui fît faire un service très révérend et notable en Téglise de Saint-Vaast d'Arras, auquel il fut présent, vêtu de noir. Et faisaient deuil avec le duc de Bourgogne les comtes d'Étampes, le comte de Vendôme et le damoiseau de Clèves, avec plusieurs autres seigneurs, ecclésiastiques et séculiers; et Tévéqùe d'Arras fit Toffice cedit jour,'

s 0. — LE DUC DE BOURGOGNE ENVOIE UNE AMBASSADE AU ROI D'ANGLETERRE POUR LUI FAIRE CONNAITRE l'aCCORD QU'iL MBHT DE CONCLURE AVEC CHARLES VU ET LES RAISONS QUI l'y ont DÉTERMINÉ. — INDIGNATION DBS ANGLAIS (1435).

(Monstrelet, Chroniques, 1. II, ch. cxa.)

Après le département de la paix d'Arras, le duc de Bourgogne envoya son roi d'armes de la Toison et un sien héraut avec lui, nommé Franche-Comté, en Angleterre, devers le roi Henri, avec lettres de par ledit duc, esquelles étaient contenues plusieurs remontrances pour ieelui roi et son conseil attraire au bien de paix finale avec le roi Charles, signifiant aussi comment, par l'exhortation des légats de notre saint père le pape et du concile de Bâle, et avec ce des trois états de tout le pays, il avait fait paix et réunion avec le dessus dit roi son souverain seigneur, en délaissant celle de jadis qu'il avait faite avec ledit roi Henri son père. Avec lesquels alla un frère mendiant, docteur en théologie, qui avait charge, de par les deux cardinaux qui avaient été à ladite paix d'Arras, de proposer en la présence dudit roi

d* Angleterre et de son conseil, en eux remontrant les grands cruautés et innumérables tyrannies qui se faisaient par la chrétienté à Toccasion de la guerre, et les biens qui pouvaient advenir si la paix finale se faisait entre les deux rois d'Angleterre. Si s'en allèrent les trois dessus dits à Calais, et là passèrent la mçr et arrivèrent à Douvres, où on leur fît défense de par le roi Henri qu'ils ne se départissent de leurs hôtels. Si leur furent demandées leurs lettres, lesquelles ils baillèrent, et furent portées à Londres devers le roi Henri, et depuis furent conduits par divers lieux jusqu'à Londres.

Si rencontrèrent en leur chemin un officier d'sirmes et le clerc du trésorier d'Angleterre, qui les menèrent loger en icelle ville, en Thôtel d'uû cordonnier, où ils furent par aucuns jours ; et n'allaient oqïr messe, sinon sous la conduite d'aucuns hérauts et poursuivants, qui là les visitaient souvent; car on leur fit défense qu'ils ne partissent de leurs hôtels sans congé et sans licence. Si étaient en très grand doute qu'on ne leur fît aucune mauvaise compagnie de leurs personnes, pour les nouvelles qu'ils avaient apportées. Et bien que le docteur dessus dit envoyé de par les deux cardinaux qui avaient été en ladite paix et iceux deux officiers d'armes fissent plusieurs requêtes à ceux qui leur administraient qu'ils les fissent parler au roi et à son conseil, pour dire et remontrer la charge qu'ils avaient de leurs seigneurs et maîtres, néanmoins oncques ne pouvaient avoir audience de parler à eux. Toutefois le trésorier d*Angleterre, à qui les lettres dessus dites avaient été baillées, assembla devant le roi le cardinal de Vincestre, le duc de Glocestre et plusieurs autres princes et prélats, et le conseil royal là étant en

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grand nombre de nobles hommes, et là montra les lettres que le duc -de Bourgogne écnyait au roi et à son conseil, desquelles Tintitulure et superscription n'était pas pareille aux autres que par avant, de longtemps, par plusieurs fois lui avait envoyées,

Sceau de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. (Archives nationales, n* 485.)

poorce que par icelles nommait le roi d'Angleterre haut et puissant prince, son cher seigneur et cousin, en délaissant à le reconnaître son souverain seigneur, ainsi et par la manière que toujours l'avait fait par avant en ses autres lettres que par moult de fois lui avait écrites. De la lecture desquelles, sans y faire quelque réponse, tous ceux qui étaient au conseil

généralement furent monlt émerveillés quand ils les ouïrent. Et mêmement, le jeune roi Henri prit en ce si grand' déplaisance que les larmes lui jaillirent hors des yeux, et dit à aucuns, de ses privés conseillers qu'il voyait bien que le duc de Bourgogne s'était ainsi déloyauté devers lui et réconcilié avec le roi Charles, son ennemi, ses seigneuries des parties de France en vaudraient beaucoup.

En outre, le dessus dit cardinal et le duc de Glocestre se partirent du conseil tout confus et troublés, et aussi firent plusieurs autres, sans en prendre aucune conclusion, sinon d'eux assembler par plusieurs troupeaux, et dire l'un à l'autre plusieurs injures et reproches du dessus dit duc de Bourgogne et ceux de son conseil. Et assez bref ensuivant furent les nouvelles toutes communes avant la ville de Londres. Si n'était pas fils de bonne mère qui ne disait de grands maux et villainies d'icelui duc et de ses pays. Si se mirent ensemble plusieurs du commun et allèrent en divers lieux, parmi ladite ville, pour quérir aucuns Flamands, Hollandais, Brabançons, Picards, Hennuyers et autres des pays dudit duc qui là étaient pour faire leurs marchandises, non eux doutant de cette aventure. Et en cette fureur en prirent et occirent aucuns soudainement; mais, bref ensuivant, on les fit cesser de par le roi Henri, et mettre les dessus dits en justice. Et aucuns jours après, le roi et son conseil se mirent pour avoir avis sur la réponse qu'ils devaient faire aux lettres dessus dites, et y en eut de diverses opinions; car les uns voulaient qu'on fît guerre soudain au duc de Bourgogne, et les autres conseillèrent, pour mieux, qu'on le sommât par lettres ou autrement.

Et entre-temps que lesdits conseillers s'entrete-

naîent, vînt derers le roi nouvelles comment le duc de Bourgogne, en lui pacificuit avec le roi Charles, devait avoir les villes, forteresses, seigneuries et appartenances de Saint-Quentin, Gorbie, Amiens, Saint- Riquier, Abbeville, Doullens et Montreuil, lesquels étaient par avant du domaine et possession d'icelui roi Henri d'Angleterre, et que déjÀ en avait pris les sennents d'icelles, et y avait commis tous nouveaux officiers.

Et pour tant en allant de mal en pis, furent de ce plas mal contents qœ devant, et enfin conclurent qu'ils ne récriraient point. Et* adonc, le dessus dit trésorier alla devers les trois dessus nommés à leur hôtellerie, et dit à Toison-d'Or et à Franche-Comté, son compagnon, comment le roi, accompagné de son sang et seigneurs de son conseil, avait vu et visité les lettres qu'ils avaient apportées, desquelles et du contenu en icelles ils avaient grosses menreilles, et avec ce des manières que tenait ledit doc de Bourgogne envers le roi, à quoi il avait intention d y pourvoir sur tout, quand à Dieu plairait. Et nonobstant que les officiers d'armes de par ledit duc de Bourgogne fissent plusieurs fois requêtes d'avoir réponse par écrit, oncques ne la purent obtenir; mais leur fut dit qu'ils s'en retournassent en leur pays. Lesquels, voyant qu'autre chose n'en pouvaient avoir, repassèrent la mer, et rs^iportèrent de bouche au duc de Bourgogne, leur seigneur, ce qu'ils avaient trouvé. Et le docteur s'en retourna aussi devers ceux qui lui avaient envoyé, sans rien besogner. Si eurent, durant ce voyage, de grands doutes qu'on ne leur fit déplaisir, pource qu'en plusieurs lieux d'Angleterre ouïrent de grands murmures et blasphèmes faire contre ledit duc de Bourgogne, et ne leur fut point

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fait telle ni si amiable réception comme ils avaient accoutumé qu'on leur Ht.

§ 9. — LE DUC DE BOURGOGNE ARRIVE A PRENDRE l'ofFEISSIVK CONTRE LES ANGLAIS, SES ALLIÉS DE LA VEILLE (1435).

(Monstrelet, Chroniques, I. II, ch. cxcvi.)

Durant le temps que les besognes dessus dites se commencèrent fort à eofeloner et animer entre les deux parties d'Angleterre et de Bourgogne, comme dit est, fut avisé par ledit duc et aucuns pour tant de ses iféables conseillers qu'il serait bon de trouver manière secrète qu'icelles deux parties ne fissent point de guerre l'un contre l'autre, et que leurs gens, pays, amis et alliés demeurassent paisibles comme neutres. £t afin à ce pourvoir, fut mandé devers le duc dessus | ditmessireJeande Luxembourg, comte de Ligny, qui ' point encore n^avait fait de serment au roi Charles | de France; lequel, à la requête d'icelui duc, se chargea d'en écrire à Tarchevôque de Rouen, son frère, lequel était un des principaux conseillers du roi Henri d'Angleterre et son chancelie]" sur la marche de France. Et adonc fut icelle besogne mise en conseil, et, qui plus est, icelui archevêque envoya en Angleterre devers le roi Henri et les siens. Si fut avisé, pour mieux faire que laisser, qu'il serait bon qu'icelles deux parties demeurassent en bonne union l'une avec l'autre, quant au fait delà guerre. Et pour tant« la réponse ouïe, fut écrit audit messire Jean de Luxembourg par son frère : que sa requête serait mise à effet, et que bonne surêté se baillerait de la partie des Anglais de non faire quelque entreprise sur le dessus dit duc de Bourgogne, ses pays et

sujets, moyennant qu'il ferait pareiilemeot à la partie dudlt roi Henri d'Angleterre. Et alors bref ensuirant que ledit comte de Ligny eut reçu par écrit icelle réponse, il l'envoya devers icelui duc de Bourgogne, en faisant savoir à lui par iceux s'il serait content de procéder outre ; lequel fit faire réponse par la bouche de l'évêque de Tournai que non, car naguère et de nouvel les dessus dits Anglais avaient fait contre lui et ses sujets de trop grands dérisions en diffamant en plusieurs lieux sa personne et son honneur; avaient aussi rué jus de quatre à cinq cents combattants de ses gens sur les marches de Flandre; et aussi d'autre part, comme dit est ailleurs, avaient voulu prendre d'emblée la ville d'Ardre. Et cette chose avaient connu et confessé quatre de leur parti, qui pour elle cause en icelle d'Ardre avaient eu les hâtereaux coupés, et si avaient fait par plusieurs autres entreprises, lesquelles ils ne purent bonnement passer sous dissimulation.

Après laquelle réponse en cette manière faite par ledit évêque de Tournai aux gens dudit mes- 8ire Jean de Luxembourg, comte de Ligny, requii^nt audit duc de Bourgogne qu'il lui plût sur ce écrire ses lettres à leur seigneur et maître, lequel leur accorda et signa de sa main* Depuis lesquelles lettres envoyées par la manière devant dite, ledit duc de Bourgogne fut fort et par plusieurs fois instruit et enhorté par aucuns de son conseil à lui préparer et faire ses apprêts à mener guerre contre lesdits Anglaisj pour garder son honneur; et tant que assez bref ensuivant il fit écrire et envoya ses lettres wi royaume d'Angleterre devers le roi Henri en lui signifiant et récitant les entreprises qui avaient été faites de sa partie, depuis la paix d'Arrasj à l'en-

iJU CHARLES Vtl

contre de lui, de ses gens et sujets, lesquelles semblaient être à lui et aux siens, tant étranges^ grièves et préjudiciables, que, pour son honneur et lui mettre en deyoir, ne devaient plus être lues ni dissimulées; disant en outre que s'il en était fait aucune chose de sa part, nul n'en devrait avoir merveilles ni donner charge à lui ni aux siens; car assez et trop lui en était donnée occasion et cause raisonnable, dont moult lui déplaisait.

Adonc les dessus dites lettres du duc de Bourgogne reçues et lues par le dessus dit roi d'Angleterre et son conseil, ils furent tous acertenés d'attmidre et avoir la guerre au dessus dit duc de Bourgogne. Et sur ce, furent garnies et fournies toutes les forteresses du Boulenois, du Grotoy et autres lieux à Fenviron, à rencontre de ses pays, prêtes pour attendre toutes aventures qui pourraient advenir. Et pareillement fit le dessus dit diic de Bourgogne garnir les siennes. £t adonc le roi d'Angleterre envoya ses lettres es marches de France et en aucunes bonnes villes,. afin qu'on sût la vérité de la querelle que le duc de Bourgogne prenait contre lui; lesquelles en substance contenaient exçnsations des charges qu'icelui duc et les siens voulaient donner sur lui et sur ses gens des entreprises dessus dites.

Entre lesquelles remontrances récitait les lettres qu'il avait éciites en Hollande, non point pour induire les habitants à nul mal ;-et aussi des alliances qu'il avait voulu et voulait faire avec l'empereur d'Allemagne, et était en sa franchise de ce faire, et du mandement secret qu'il faisait en Angleterre pour grever ledit duc, comme il avait écrit; et non était si secret que par toute Angleterre était commune voix; et ne le voulait point celer, pource qu'il pour-

ET JEANNE D*ARC ifô

rait faire assembler gens pour employer où bon lui semblerait; disant outre, par icelles, que lesdites charges qu'on lui avait voulu bailler étaient sans cause, comme il pouvait pleinement apparoir par les œuvres qu'avaient faites contre lui et ses sujets le dessus dit duc de Bourgogne et ceux de sa patrie; laquelle charge, au plaisir de Dieu, retournerait dont elle était venue.

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