‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 37 sur 129 · Ralph Nevil, comte de Westmoreland · texte numérisé non relu

Ralph Nevil, comte de Westmoreland

9fz CHARLES VU

pour la garde dicelles ville et forteresse, Olivier de Bron et Jean de Rossigni-Vimeu ; es quels jours l'amiral de France et autres seigneurs avec lui prirent d'assaut le Pont-Donné, où la plus grande partie des Anglais qui étaient dedans furent mis à mort, et les autres faits prisonniers.

De la place susmentionnée de Carentan partirent les dessusdits maréchal et amiral de France, le sénéchal de Guyenne, le seigneur de Boussac, et autres chevaliers et écuyers en leur compagnée, pour aller devant Valognes, au clos du pays de Cotentin, qui se rendit à eux, moyennant cette composition : que les Anglais qui le tenaient s'en iraient, saufs leurs corps et leurs biens ; et demeura cette place en la main dudit maréchal de Lohéac. De là s'en retournèrent iceux seigneurs devers le duc, audit lieu de Carentan, où ils séjournèrent durant quelque peu de jours, pour se rafraîchir; pendant lequel temps messire Pierre de Bretagne, frère du duc, alla mettre le siège devant la ville de Fougères, d'un côté, et fit construire autour quelques bastilles ; il avait en sa compagnée plusieurs grands barons et seigneurs de ladite duché. A sa venue les Anglais firent une sortie à rencontre d'eux, là où il y eut de tués et de blessés de chacun côté.

Outre plus, le duc partit de Carentan avec toute sa compagnée, et s'en alla à Coutances, duquel lieu il envoya Jacques de Luxembourg, le seigneur de Briquebecq, le seigneur de la Humodoye et autres, mettre le siège devant Goveray, dont ils prirent le boulevart d'assaut; depuis y vint messire Geoffroy de Couvran et plusieurs autres, qui tous ensemble assaillirent derechef le château, lequel par les Anglais fut fort défendu ; néanmoins ils composèrent à

la fin avec les seigneurs dessusdits et s'en allèrent sauvement avec leurs biens. De ce lieu était capitaine un Anglais d'Angleterre, nommé Andrieu Trolop ; en la place duquel demeura gouverneur le dessusdit Jacques de Luxembourg.

Tôt après alla le duc, avec son oncle le connétable et toute leur puissance, devant Fougères, lesquels s'approchèrent de ladite ville, et fît le duc asseoir son artillerie du côté de devers le château, laquelle battit très fort la muraille ; et firent les Anglais aucunes sorties sur les Bretons, entre lesquelles ils en firent une sur le guet du connétable, lequel ils repoussèrent bien rudement ; là fut tué un chevalier de Bretagne, nommé messire Henry du Chàtel, et y fut pris Philippe de Malestret ; mais à la fin les Anglais furent rechassés dedans leur place, dont il y eut aucuns de tués et de pris.

Depuis, savoir au bout de quinze jours, s'émut une escarmouche vers la batterie, et aussi d'un autre côté où était logé le connétable, où il y avait un fort boulevart, qui fut assailli et pris par les Bretons, desquels il y eut plusieurs de tués et blessés, entre lesquels fut un chevalier nommé messire Pierre du Halay, Breton. Par cette manière se continua le siège du duc de Bretagne et du connétable de France, son oncle, devant la ville de Fougères, par l'espace de neuf semaines ou environ, auquel temps furent faites de fort belles armes entre les parties ; toutefois messire François l'Aragonais, et les autres capitaines qui étaient avec lui dedans icelle ville de Fougères, considérant que le terme était passé que le duc de Sombresset lui avait promis de lui envoyer du secours, et qu'il n'y avait plus lieu de s'y attendre, fit un traité avec les commis et députés dudit duc, par

lequel lui et ses gens s'en iraient,. saufs leurs corps et leurs biens, savoir seulement ce qui à leur personne appartenait ; mais qu'au regard de ceux qui étaient de la langue de France ils demeureraient en la volonté et discrétion du duc, lequel commit pour la garde de cette place le maréchal de Bretagne.

§ 6. — CHARLES Vn SE PRÉSENTE DEVANT RODEN. — LES AN- GLAIS CAPITULENT. — ENTRÉE SOLENNELLE DU ROI A ROUEN

(octobre 1449).

(Mathieu de Coucy, Chroniques, eh. xxivn.)

Au mois d'octobre de cet an mil quatre cent quarante et neuf dessusdit, le roi de France, qui, par aucun temps, avait séjourné à Louviers, manda à tous ses capitaines de venir devers lui, c!est à savoir le comte de Dunois, son lieutenant, les comtes de Clermont, de Nevers, d'Eu et de Saint-Pol, avec tous les autres généralement qui avaient charge de gens d'armes, sur l'intention de mettre la cité de Rouen en son obéissance.

Or, quand toutes les compagnées furent venues et assemblées, le roi partit dudit lieu de Louviers, et vint au Pont-de-l' Arche, où il fit passer la plus grande partie de ses gens d'armes, pour s'assembler avec les autres seigneurs dessus nommés. Après cela, il envoya ses officiers d'armes devers ceux de ladite ville et cité de Rouen, pour les sommer de se rendre à lui ; mais les Anglais qui étaient dedans, et qui avaient encore la garde et administration des portes, ne voulurent souffrir qu'ils entrassent dedans, ne qu'ils fussent admis pour faire ladite sommation; ainsi leur dirent qu'ils s'en retournassent hâtivement.

Entrée de^Charles VII à Rouen.

(Bibliothèque nationale, ms. fr. n» 2691.)

sinon qu'on leur ferait déplaisir. Sur quoi ils se retirèrent de par devers le roi et les seigneurs de France, auxquels ils racontèrent tout ce qui leur était arrivé ; de quoi ils furent très malcontents. Derechef, y furent renvoyés quelques autres, pour encore réitérer la même sommation; lesquels, ainsi que dessus, furent empêchés par les Anglais, qui ne les laissèrent ne souffrirent parler aux bourgeois et au peuple de la cité. Et, pour ce, comme les autres avaient fait auparavant, ils revinrent devers le roi et les seigneurs susmentionnés; lequel roi assembla aussitôt son conseil, pour avoir avis et délibération sur ce qui était à faire en cette matière ; auquel conseil il fut avisé et conclu qu'il serait bien bon que le dessusdit comte de Dunois, lieutenant général, et avec lui tous les seigneurs et capitaines qui avaient la charge des gens de guerre, allassent à puissance et force d'armes, et en bonne ordonnance, devatit la ville et cité de Rouen, afin de voir et savoir l'état et le gouvernement des Anglais, et aussi des citoyens. Et comme il avait été ordonné, il en fut fait ; car ledit comte de Dunois et les autres seigneurs et chefs de guerre susnommés y allèrent en fort bel ordre. Et, bien qu'il fit lors un bien fâcheux temps de pluie et de vent, néanmoins ils se tinrent là par trois jours, sur l'espérance que lesdits bourgeois et le commun se rendraient et tourneraient contre les Anglais : ce qu'ils ne purent faire, parce que le duc de Sombresset, et principalement le seigneur deTallebot, qui flvaîpnt. des gens de guerre largement avec eux, firent de diligence, et surveillèrent si exactement, X bourgeois, ne le commun, ne se purent s et ne s'osèrent jamais joindre ensemble pour chose faire à ce sujet; nonobstant quoi, tout

leur désir continuait et était toujours de se voir remis en l'obéissance du roi de France. Par ainsi, après que plusieurs escarmouches et exercices d'armes eurent été faites entre les deux parties, les seigneurs de France s'en retournèrent, le troisième jour, au Pont-de-F Arche, et les gendarmes es environs, dans les villages.

Mais peu après vinrent nouvelles au roi, étant audit lieu de Pont-de-F Arche, qu'aucuns citoyens de la ville de Rouen offraient se mettre sur la muraille dedans deux tours, et que là ils garderaient un pan de mur, par lequel les Français pourraient entrer dedans à leur aise et sans danger. Sur lequel rapport il fut ordonné derechef que toute l'armée irait là ; mêmement y alla le roi de France en personne, et avec lui le roi de Sicile et tous les grands seigneurs. Eux donc étant venus là, ils se divisèrent en deux batailles, savoir l'une entre les Chartreux et la ville, où étaient le comte de Dunois, lieutenant, les comtes d'Eu, de Clermont, de Nevers et de Saint-Pol; le sénéchal de Poitou, le bailli d'Evreux, et plusieurs autres chevaliers et écuyers, qui tous descendirent à pied, pour ce qu'à cette heure vint un homme de la ville, qui leur dit qu'il était temps d'entrer dedans, et que chacun fit son devoir; et l'autre, de l'autre côté, devers la porte de Beauvoisis, en laquelle étaient le seigneur de Jallongues, maréchal de France, le seigneur de Culant, le seigneur d'Orval, le seigneur de Blainville, et autres capitaines en bon nombre, entre lesquels étaient le seigneur de Bueil et le seigneur de Pressigny, qui firent descendre leurs archers à pied ; et les hommes d'armes se tinrent cependant à cheval. Après lesquelles deux compagnées suivaient les rois de France et de Sicile, ayant avec eux grand'seigneurie.

Pendant lequel temps, ceux de la compagnée qui était vers les Chartreux envoyèrent partie de leurs gens pour dresser des échelles contre les murs, entre les deux tours dont dessus est fait mention, ainsi qu'on leur avait auparavant déclaré. Ce fut là que furent faits chevaliers le fils du seigneur de Lafayette, le seigneur d'Aigreville, maître Guillaume Cousinot, Jean de la Rivière, bailli de Nivernais, et son fils Robert de Harenvillier, avec aucuns autres, lesquels firent grandement leur devoir, y en ayant eu plusieurs qui très vaillamment montèrent sur la muraille et entrèrent dedans, à l'aide desdits citoyens qui les avaient mandés, et s'efforçaient de tout leur pouvoir d'y entrer. Mais durant ce temps le seigneur de Tallebot, qui était commis à la garde de ce côtélà, survint avec grand'puissance de ses gens d'armes, ayant sa bannière auprès de lui, pour les repousser. De fait, il les assaillit de fort grand courage et délibéré vouloir, et s'y porta et conduisit de sa personne très chevalereusement ; bref. Il fit tant, qu'il les remit et chassa dehors.

Là il y eut, selon la relation de ceux qui bien en surent la vérité, de cinquante à soixante tant tués que pris, sans compter ceux qui furent blessés en sautant et se jetant en bas du haut desdites tours et murailles jusques dans les fossés. Adonc les seigneurs et capitaines des Français, voyant cette entreprise de leur côté être ainsi tournée à confusion, en furent déplaisants, et firent retirer leurs gens au mieux qu'ils purent ; car bien s'aperçurent-ils que la communauté n'était pas encore assez puissante, ne bien unie ensemble, pour pouvoir faire et accomplir le bon vouloir qu'ils avaient de devenir Français. Et pour ce s'en retourna ledit roi de France avec les

ET LÀ MONARCHIE ABSOLUE 2ilf

seigneurs, au Pont-de-F Arche, et les gens d'armes es villages assez près, sur la rivière de Seine.

Cette journée arriva un jeudi seizième jour d'octobre de Tan susmentionné mil quatre cent quarante et neuf. Au regard dudit seigneur de Tallebot, après la retraite des Français dessusdits, et qu'il fut petourné en la ville de dessus les murs, il n'est point à douter qu'il ne fut hautement et honorablement reçu et festoyé, spécialement du duc de Sombresset, et généralement de tous les Anglais, comme aussi de plusieurs bourgeois et manants de la cité : car il leur semblait bien que, si ce n'eût été par la valeur et prudence de sa personne, ils eussent été pris et emportés de force par les susdits Français, et, en conséquence de cela, entièrement mis à destruction. Si se rallièrent là-dessus aucunement par ensemble iceux Anglais et bourgeois^ combien que la plus grand 'partie de ceux de la communauté ne désiraient qu'à rencontrer le temps et l'heure propre en laquelle ils pussent être mis et devenir en l'obéissance du roi de France; ce que voyaient bien et apercevaient les Anglais, mais ils n'y savaient comment pourvoir, ne quel remède y apporter, d'autant que ceux de ladite communauté étaient en grand nombre ; et pour ce les. entretenaient-ils en douceur le mieux qu'ils pouvaient. En après, les dessusdits habitants de Rouen, qui avaient vu le péril et danger évident où ils avaient été, considérant que ^i, pai» maie fortune, ils étaient pris d'assaut et de vive force, ils seraient en état, eux et leur cité, d'être détruits sans ressource aucune, pour à quoi obvier et mettre remède, ils envoyèrent audit lieu du Pont-de-l' Arche, d'un commun accord, l'ofjQcial de l'archevêque avec aucuns autres députés, pour requérir et obtenir du roi un

sauf-conduit, à celle fin qu'aucuns notables, tant gens d'Église comme bourgeois et autres, pussent aller devers lui ou les seigneurs de son conseil, pour trouver aucun bon traité et moyen d'accord avec lui; lequel sauf-conduit leur fut octroyé et délivré tel qu'ils voulurent le requérir. Eux ensuite étant retournés en la cité de Rouen, en partirent l'archevêque et plusieurs bourgeois de la part de la cité, et avec eux aucuns chevaliers et écuyers de la part du duc de Sombresset, qui tous ensemble s'en allèrent au Pont-Saint-Ouen, qui est à une lieue de distance près du Pont-de-r Arche, là où ils trouvèrent, de la part du roi, le comte de Dunois, le chancelier de France, le sénéchal de Poitou, messire Guillaume Gousinot, et plusieurs autres gens de son état et de sa maison, lesquels commencèrent à faire diverses ouvertures, tant d'un côté comme d'autre, sur l'intention de parvenir à un traité.

A la fm, le susdit archevêque et ceux de ladite cité furent d'accord et contents de rendre et mettre leur ville entre les mains du roi de France, à condition que ceux qui voudraient demeurer et faire le serment d'être bons Français y seraient reçus ; et nç leur serait apporté ni fait aucun empêchement, tant en leurs corps qu'en leurs biens ; et aussi ceux qui s'en voudraient aller, le pourraient faire, sans rien perdre de ce qui leur appartiendrait. Sur cela se départirent les Français et retournèrent au Pont-der Arche, et les autres à Rouen.

Le lendemain, qui fut un samedi dix-huitième jour d'icelui mois, ledit archevêque fut, avec ceux qui étaient venus avec lui en l'ambassade susmentionnée, en la maison de la ville assez matin, pour £aire le rapport de ce qu'ils avaient négocié avec les

gens du roi, auquel lieu s'assemblèrent grand nombre de citoyens, et aussi aucuns des seigneurs du parti des Anglais, qui à ce étaient commis. Si fut feiit ce rapport par la boucbe d'icelui archevêque, lequel déclara bien au long et sagement tout ce qui avait été pourparlé et traité avec les députés du dessusdit roi de France, en récitant comment il était content de les recevoir en sa grâce et de leur pardonner toutes leurs offenses auparavant passées ; et outre ce, qu'ils demeureraient paisibles, et sans rien perdre de leurs biens, et que, s'il y en avait aucuns qui voulussent se retirer de ladite cité, ils pourraient le faire librement, comme dit est ci-dessus. Alors, quand il eut fini son discours et fait la réponse dessusdite, la proposition de ces traités fut très agréable à la plupart des habitants de ladite ville, qui répondirent publiquement en grand nombre qu'ils étaient bien contents d'entretenir et exécuter ce qui avait été fait et promis par cet archevêque, et qu'ils n'y voulaient aucunement contredire ne contrevenir. Quant aux Anglais, ils en furent tout au contraire fort déplaisants et attristés, et n'y voulurent point consentir; et pource qu'ils virent la bonne volonté, et reconnurent la grand'afifection que le peuple avait envers le roi de France, ils partirent de là très mal contents; et aussitôt après se mirent en armes, et se retirèrent, pour la plus grand'partie, avec leurs biens dans le château, au palais et sur le pont. Lors les bourgeois et citoyens, voyant leur contenance, et se doutant qu'ils ne se joignissent ensemble pour se jeter sur eux et les opprimer, se mirent pareillement en armes, et s'assemblèrent en très grand nombre pour se défendre, si besoin était ; et de plus ils firent tout ce jour-là et la nuit ensuivant, bon guet, à l'en-

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contre desdits Anglais; et avec cela ils envoyèrent hâtivement un de leurs gens au Pont-de-F Arche devers le roi, en lui requérant et le suppliant qu'il vint ou jenvoyât, sans délai, les secourir, et qu'ils le recevraient et mettraient en leur ville; sur lequel message il fut répondu qu'on y mettrait bonne et brève provision.

Or, quand ce vint le dimanche au matin, ceux de ladite ville, qui étaient tous en armes, comme dit est, s'émurent très âprement contre les Anglais, desquels une partie gardait encore la muraille d'icelle ville, et les repoussèrent tous et firent retirer es forts dessusnommés durant lequel temps vinrent et s'approchèrent devers icelle ville le comte de Dunois, le sénéchal de Poitou, le bailli d'Évreux et plusieurs autres capitaines, grandement accompagnés de gens de guerre. Ce fut là que ledit bailli d'Evreux eut une jambe rompue par un cheval de sa compagnée, par quoi il fallut le reporter au Pont-de-l'Arche ; et eut le seigneur de Magny le gouvernement et la conduite de ses gens durant sa maladie.

Ce même jour, assez tempre*, partit le roi de France du Pont-de-l'Arche avec son armée, pour venir devant Rouen. Adonc, le comte de Dunois fit sommer les Anglais qui étaient dedans Sainte-Catherine-sur-le-Mont, auprès de Rouen ; et leur fut dit et menacé que, s'ils ne rendaient la place, on les assaillerait; lesquels aussitôt, pource qu'ils savaient bien que la cité s'était soulevée et émue contre eux, acceptèrent un traité suivant lequel ils s'en allèrent, saufs leurs corps et leurs biens. Il leur fut baillé sauf-conduity avec un héraut, qui les accompagna et mena

i. De bonne heure.

passer au susdit Pont-Saint-Ouen. En s'en allant, ils trouvèrent le roi qui venait vers Rouen, lequel leur donna cent écus, pource qu'ils lui dirent qu'ils n^avaient point d'argent pour payer leurs dépens ; et se logea le roi, ce propre jour, dedans le fort de Sainte-Catherine, qui est un monastère de moines noirs. Et cependant ledit comte de Dunois, comme aussi les autres seigneurs et capitaines, qui dès le matin étaient, comme dit est ci-dessus, venus devant la ville avec très grand'puissance de gens d'armes, se tenaient toujours auprès de la porte de Martainville, tous prêts pour aider et secourir les citoyens qui les avaient mandés.

Là donc vinrent devers eux plusieurs gens d'Église, bourgeois et manants de la cité, lesquels leur présentèrent les clefs d'icelle, en disant audit comte de Dunois, lieutenant général du roi de France, qu'il lui plût faire entrer et mettre dedans ladite ville, de par le roi, tel et si grand nombre de gens d'armes qu'il lui plairait, et ils étaient prêts de les recevoir. A quoi il répondit qu'ils en prissent ce que bon leur semblait. Bref, après quelques paroles entre eux pourparlées, d'un commun accord y entra messire Pierre de Brésay, sénéchal de Poitou, avec cent lances et les archers; puis y entra le seigneur de Magny, encore avec cent lances et les archers des gens de Robert de Flocques, dit Flocquet, bailli d'Évreux. En troisième lieu, y entrèrent cent lances et les archers dudit comte de Dunois; les autres gens de guerre se logègèrent es faubourgs et villages au plus près de la ville. A parler proprement, c'était belle chose de voir le grand nombre et la puissance des gens d'armes qu'avait avec lui en sa compagnée le roi de France, et comment ils étaient habillés et armés richement.

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Or, en ce même dimanche, les Anglais rendirent le pont où ils s'étaient retirés, d'où ils s'en allèrent renfermer avec les autres dans le château et le palais ; lequel pont fut mis en la garde du seigneur de Harenviller.

Le lendemain, les portes furent ouvertes et rendues toutes libres, pour faire entrer et sortir les Français, tout à leur bon plaisir. Adonc, le duc de Sombresset, voyant la puissance telle des Français, requit qu'il put aller devers le roi sûrement, ce qui lui fut accordé; et fut conduit jusques à Sainte-Catherine, où il le trouva. Après qu'il lui eut fait la révérence, ainsi qu'il est accoutumé, il le pria fort humblement qu'il lui plût lui octroyer que lui et ses gens pussent s'en aller sauvement, et jouir de l'abolition et du traité qui avait été fait et arrêté avec ses députés naguères au Pont-Saint-Ouen, ainsi et par la manière que faisaient les bourgeois et citoyens de Rouen. Sur laquelle requête le roi fit réponse de lui-même audit duc que lui et ses Anglais n'avaient point tenu ne voulu tenir le traité et l'abohtion dessusdite acceptée par ceux de la cité, et n'avaient pas rendu le palais, le château et le pont, comme avaient fait ceux de la ville, et que pour cette cause il ne lui accorderait point ce qu'il demandait; mais que son intention était qu'avant que lui et ses gens partissent des lieux où ils étaient, ils lui rendraient Ronfleur, Rarfleur et les autres places qu'ils tenaient dans le pays de Gaux.

Sur cela, après aucunes paroles qui furent tenues entre eux, icelui duc prit congé du roi et s'en retourna à Rouen dedans le palais ; si fut-il convoyé par les comtes de Glermont et de Nevers, qui avaient avec eux plusieurs chevaliers et écuyers. Or, en passant

ET LA JIONARCniE ABSOLUE 35

au travers de la ville, il aperçut tous les citoyens qui portaient la croix blanche, dont il ne fut guère joyeux. Bref, peu de temps ensuivant, .fut assiégé ledit palais, tant du côté devers les champs comme par dedans la ville, et fit-on plusieurs tranchées et fortes barrières devant et autour, afin que ceux de dedans ne pussent en partir pour s'en aller, sans être exposés au péril de tomber entre les mains des Français. Semblable chose fut faite aux environs du château ; et outre ce, furent placés plusieurs canons et bombardes, pour jeter contre les portes et murailles d'icelles deux places.

Adonc le dessusdit duc de Sombresset, le seigneur de Tallebot et les autres capitaines qui étaient avec eux, se voyant être approchés de tous côtés, et se sentant mal pourvus de vivres et autres besognes à eux nécessaires, considérant aussi qu'ils n'avaient pas grande espérance d'avoir dans peu du secours de la part du roi d'Angleterre leur seigneur, commencèrent à parlementer avec les seigneurs du parti du roi de France; et, pour parvenir à quelque traité, furent faites et arrêtées des trêves, lesquelles, par le moyen d'aucunes continuations accordées, durèrent bien douze jours ou plus. A la fin duquel traité, les parties furent d'accord, en la forme et manière ciaprès déclarée. En laquelle négociation étaient employés, par le roi de France, le seigneur de la Fayette, le seigneur de la Varenne, le sénéchal de Poitou, Potton de Sainte-Traille, messire Jean de Bar, seigneur de Blangy ; et de par ledit duc de Sombresset, messire Thomas Hoe, Henry Rochefort, Richart Frouneval et Jeannequin d'Auche.

n fut donc en premier lieu ordonné et appointé que le duc de Sombresset, dessus nommé, gouver-

neur, de la part du roi Henri d'Angleterre, de la duché de Normandie, et avec lui sa femme et ses enfants et généralement tous ses gens qui étaient au palais et château de Rouen s'en iraient où bon leur semblerait es lieux de leur parti, leurs corps et leurs biens saufs, réservé qu'ils n'emmèneraient point de grosse artillerie, ni aucuns prisonniers; et parmi cela, qu'il payerait au roi ou à ses commis la somme de cinquante mille écus monnaye de France, et qu'avec ce seraient tenus de faire payer à ceux de la cité de Rouen tout ce que lui et ses gens devraient, et qui serait loyaument montré être dû; qu'il ferait aussi rendre et mettre en la main du roi les villes et forteresses d'Arqués, de Gaudebec, de Mostier-Viller, de risle-Bonne, de Tancarville et de Honnefleur; et que pour la sûreté de ces conventions il baillerait son scel et ses lettres patentes; et si demeureraient en otages, jusques à tant que lesdites villes et forteresses seraient rendues, et les cinquante mille écus payés, le seigneur de Tallebot, les fils du comte d'Ormont d'Irlande, le seigneur de Verguegny, le fils du seigneur de Ros, qui étaient fils de la duchesse de Sombresset, et le fils de Thomas Joël, capitaine de Cherbourg. Lesquels otages, après l'accomplissement -des traités dessusdits, furent mis et délivrés en la main du roi.

Par ainsi s'en alla le duc dessusdit et ses Anglais à Harfleur, et de là à Ham; et furent ordonnés et commis de par lui, pour faire délivrer les places dessusdites au roi de France, messire Thomas Hoe, et Foucques Ireton, lesquels les firent rendre et mettre en la main du roi de France toutes, selon le contenu du traité susmentionné, réservé Ronfleur, dont était capitaine un nommé maître Gourson, qui

point ne voulut bailler ne délivrer celte place, mais la tint de soi-même, jusques à tant qu'elle fût assiégée par les Français, comme ci-après il sera vu et déclaré.

Durant les besognes dessusdites; le roi de France, accompagné du roi de Sicile et des autres seigneurs dessus nommés, fit et solemnisa la fête de la Toussaint, en grande joie et fort honorablement, audit lieu de Sainte-Catherine-sur-le-Mont, dehors de la ville; et peu ensuivant il conclut et délibéra, avec lesdits seigneurs de son sang et autres de son grand conseil, de faire son entrée dedans sa cité de Rouen, la veille delà Saint-Martin d'hiver, qui était le dixième jour du mois de novembre.

Donc, après icelle conclusion prise, comme dit est, fut, par les officiers d'armes, signifié aux grands seigneurs, capitaines et nobles hommes, à ce qu'un chacun d'eux se mit, selon leurs états, bien en point, et qu'ils fussent habillés tout au mieux et le plus honnêtement que faire le pourraient, afin d'accompagner le roi en cette journée ; et aussi qu'aucun, de quelque état qu'il fût, n'enfreignit ou transgressât les ordonnances qui étaient faites pour ce jour; mais qu'un chacun se tint au lieu où il lui serait ordonné de par le roi, sans aller ne entrechevaucher les uns devant les autres, et ce sur peine, à ceux qui autrement feraient, d'être blâmés et reprochés en leur honneur. De laquelle journée et entrée, et des manières qui y furent tenues, tant de par le roi que des autres seigneurs et nobles hommes, la déclaration s'ensuit :

Premièrement, il est vrai de dire que les citoyens firent de très grands appareils pour recevoir le roi, ce qui largement leur coûta. Et tendirent les rues

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par où il devait passer, depuis' la porte de Beauvais jusques à l'hôtel épiscopal de Tarchevêque, d'un côté et d'autre de ladite rue, de riches draps de diverses couleurs, et en la plus grand'partie à ciel par-dessus. Si étaient aux fenêtres, en plusieurs lieux et en grand abondance, les dames et les damoiselles et bourgeoises, fort bien parées et ornées de riches habillements, entre lesquelles y était la comtesse de Dunois, avec laquelle on avait amené le seigneur de Tallebot et tous les autres otages anglais ; lequel seigneur de Tallebot avait vêtu ce jour-là une fort longue robe de velours fourrée de martre, que le roi lui avait donnée, avec un chaperon violet découpé, à cornette ; et fut là tant que toute la compagnée fût passée. Il avait auparavant été devers le roi à Sainte- Catherine, où il l'avait reçu et honoré très joyeusement; car à sa venue, après qu'il lui eut fait les salutations, comme il appartenait, et qu'il se fut mis à genoux, le roi le prit par la main, et en le levant lui dit par joyeuseté : « Tallebot, vous soyez le bien venu ! nous sommes bien joyeux de votre venue, et entendons que veniez faire le serment à nous ». A quoi ledit seigneur de Tallebot répondit : « Sire, pardonnez-moi, je ne suis point encore conseillé à ce faire ».

Après lesquelles paroles, il fut très bien recueilli et festoyé, tant du roi comme des autres princes et grands seigneurs. Et bien y avait raison ; car pour ce temps on le tenait pour le plus prudent et vaillant ' chevalier en armes de tout le parti du roi d'Angleterre. Après quoi, le roi de France, en partant de Sainte-Catherine pour aller faire son entrée à Rouen, comme dit est, alla aux Chartreux, là où il se prépara. Là vinrent devers lui les grands seigneurs tous

prêts, et en noble appareil et bel équipage ; car il n'y avait homme, roi ne autre, qui ne fût armé de plein harnais, sinon de la tête ; si fut derechef déclaré à un chacun d'eux comment ils devaient aller.

Pendant ce temps, partirent ceux de la ville en grand nombre, avec leur archevêque, lequel était accompagné des évêques de Lisieux, de Bayeux et de Coutances, et aussi d'aucuns autres prélats et gens d'Église de divers états, qui avaient les croix, pâlies et plusieurs reliques, pour venir dehors leur ville, au-devant du roi ; et si y avait-il environ deux cents bourgeois vêtus de pers, à chaperons vermaux, et d'autres qui portaient des robes perses, avec de petits chaperons de blanc et de vermeil. A cette heure il fut ordonné que toutes les cloches de la ville sonnassent, et que tous citoyens généralement cessassent, huit jours entiers durant, de tous ouvrages, et qu'ils fissent bonne chère à la venue du roi. Il y avait outre cela, très grand nombre de ménétreux jouant es rues et carrefours où le roi devait passer, de divers instruments de musique.

Quant aux petits enfants, disposés pour crier Noël, il y en avait sans nombre. Alors, environ sur les deux heures après none, sortit le roi des Chartreux, fort hautement accompagné, qui commença à chevaucher devers la ville; et tôt après vinrent devers lui ledit archevêque et les autres citoyens dessus nommés, avec lesquels était, pour les conduire, messire Guillaume Cousinot, lequel naguère, de par le roi, avait été fait bailli de Rouen, qui lui firent la révérence fort humblement, en s'offrant du tout à lui et en lui requérant qu'il lui plût les recevoir en sa grâce, et que dorénavant il les tînt pour ses vrais el loyaux sujets, et qu'ils le tiendraient au réciproque, et

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ses successeurs, pour leur roi et souverain seigneur, sans jamais aller au contraire. A quoi le roi répondit qu'il était très content d'eux et qu'il les tenait et conserverait en toutes leurs droitures, franchises et libertés. Or, après les paroles dessusdites et autres semblables, il y eut un des plus notables bourgeois qui lui présenta les clefs de la ville ; mais à grand'peine put-il parler, à force de pleurer, dont il fit mal au cœur du roi, qui en eut pitié.

Ce fut là que le comte de Dunois prit la parole pour les citoyens et dit : « Sire, voici vos bourgeois de Rouen, qui vous supplient humblement que les ayez pour excusés de ce que si longuement ils ont attendu à retourner et se remettre en votre obéissance ; car ils ont eu de fort grands affaires et ont été fort contraints par les Anglais vos anciens ennemis. Et ils vous prient aussi qu'ayez souvenance des grands peines et tribulations que jadis ils souffrirent, avant qu'ils se voulussent rendre auxdits Anglais, vos adversaires ». Auxquelles paroles le roi répondit, comme dessus, qu'il était content d'eux et qu'il les tenait pour bien excusés.

Lesquels propos étant achevés, le roi bailla lesdites clefs au seigneur de la Varenne et de Brésay, sénéchal de Poitou, auquel il dit en les lui donnant : « Sire de la Varenne, jaçoit ce qu'autrefois on nous ait rapporté aucunes choses de vous, que l'on disait avoir été faites de votre part à notre préjudice, et desquelles nous ayons autrefois fait faire aucunes informations par les gens de notre parlement; néanmoins, tout vu et considéré, nous vous tenons bien déchargé, et reconnaissons que toujours vous avez servi loyaument ; et pour ce vous baillons et confions les clefs de notre château et cité de Rouen, et

VOUS en avons fait et fesons capitaine; si en faites bonne garde. »

Adonc ledit sénéchal remercia le roi bien humblement de l'honneur qu'il lui faisait, et lui dit : « Sire, je vous ai servi et servirai toute ma vîe loyaument; et tant qu'au plaisir de Dieu, je ne serai trouvé en nulle faute ». Après que ledit archevêque et ceux qui étaient avec lui eurent fait et accompli envers le roi ce pourquoi ils étaient venus, ils s'en retournèrent en la ville, dedans laquelle il y avait plusieurs histoires de saints et saintes en beaucoup de lieux, qui jouaient et représentaient des personnages fort authentiquement. Entre les autres, il y avait auprès de Notre-Dame un cerf volant qui avait une couronne en son col, et lequel tenaient deux pucelles avec deux lacs de soie, qui s'agenouilla tout ba,s quand le roi passa devant lui.

Puis quand tout fut prêt, et que les gens du roi furent à la porte, les premiers qui entrèrent furent quarante archers, lesquels appartenaient au comte de Clermont, beau-fils du roi; et avaient brigandines et harnais de jambes, et leurs salades, pour la grand'partie, garnies d'argent, et si portaient des hoquetons rouges sans croix , ils allaient deux à deux par ordre, et les conduisait un gentilhomme de l'hôtel dudit comte.

Après, suivaient les archers de messire Charles d'Anjou, qui étaient au nombre de cinquante, et qui avaient sur leurs salades des cornettes pendant jusques sur leurs chevaux, et portaient hoquetons rouges découpés dessous, sans croix, lesquels conduisait leur capitaine, armé de plein harnais, et portait-on l'enseigne dudit messire Charles, après icelui. En ensuivant iceux, allaient cinquante archers,

OU environ, fort bien habillés, qui appartenaient au roi de Sicile, et avaient sur leurs salades des cornettes des couleurs dudit roi, c'est à savoir de gris, de blanc et de noir taffetas. Après vint la grande garde du roi, archers et crennequiniers, de cent à six vingts, qui étaient encore mieux en point que tous les autres, et portaient des hoquetons sans manches, de vermeil, de blanc et de vert, tout chargés d'orfèvrerie, ayant leurs plumes sur leurs salades, des mêmes couleurs que dessus, et leurs épées et harnais de jambes garnis richement d'argent. Iceux archers suivaient, et le tout encore pour la plus grande garde du roi, trois cents lances qui avaient sur leurs salades chacun une cornette de taffetas vermeil, à un soleil d'or ; et les conduisait messire Theaulde de Valpergue, bailli de Lyon-sur-le- Rhône, qui séait sur un destrier noir, couvert de satin bleu. Après, entrèrent les trompettes du roi de Sicile et des autres seigneurs, qui étaient au nombre de douze ou environ.

Après iceux, suivaient les trompettes du roi de France, qui étaient au nombre de six, fort bien habillés des parures du roi. Après, venaient les rois d'armes et autres officiers du roi , et des autres seigneurs, vêtus de cottes d'armes de leurs maîtres, et pouvaient être environ vingt et quatre. En outre, «ntra le seigneur de Gaucourt , premier chambellan du roi, qui séait sur un coursier couvert de satin cramoisi, et la croix blanche par-dessus. Après vinrent le comte de Dunois, le seigneur de la Varenne, sénéchal de Poitou, et Jacques Cœur, argentier du roi, tous trois habillés de semblable parure, savoir de jaquettes de velours violet, fourrées de martre, et les houssures de leurs chevaux, toutes

pareilles bordées de fin or et de soie, exceptée la houssure de l'argentier, qui était de satin cramoisi, et la croix blanche dessus : et était estimée l'épée dudit comte de Dunois à la valeur de vingt mille écus d'or ; car il y avait de riches pierreries pardessus.

Après suivait le seigneur de Lafayette, maréchal de France, qui avait sa houssure de satin tanné. Auprès de lui était maître Guillaume Gousinot, chevalier, bailli de Rouen, qui était vêtu, et son cheval housse de velours bleu. Puis entra maître Guillaume Jouvenel des Ursins, chancelier de France, lequel était monté sur une hacquenée blanche et était vêtu de robe, manteau et chaperon d'écarlate, fourrée selon l'état royal, devant lequel un homme de pied menait un houbby * d'Irlande, sellé d'une selle à dame, qui avait une couverture de velours, couverte de fleurs de lis d'or, et sur icelle selle il y avait un coffret bandé d'or, d'un pied de long ou environ, dedans lequel étaient les sceaux du roi.

A cette entrée fut fait chevalier un jeune enfant, fils du seigneur de Pressigny, âgé de douze à treize ans, par la main dudit sénéchal de Poitou. Après le chancelier, entra Jean de Fonteuil, écuyer d'écuyerie et capitaine de Laon, qui portait en écharpe un manteau d'écarlate pourpré, fourré d'hermine, qui était le manteau du roi ; si avait-il sur la tête un chapeau pointu devant, de velours vermeil, et son cheval housse de velours.

Après entra Potton, seigneur de Sainte-Traille, premier écuyer d'écuyerie du roi et bailli de Berry, monté sur un grand destrier couvert de velours cou-

• 1. Petit cheval.

leur d'azur, à grandes affiches d'argent doré, armé tout au blanc, qui portait en écharpe l'épée de parement du roi, dont le pommeau et la croix étaient d'or, et la ceinture et le fourreau d'icelle couverts de fleurs de lis d'or, sur velours bleu. En après, entra ce très excellent et très puissant souverain prince, Charles, roi de France, septième de ce nom, à l'exaltation duquel, et pour exhausser sa haute magnificence et domination, tous les autres princes, ducs, comtes, barons, chevaliers, écuyers et nobles hommes là étant, s'étaient efforcés, chacun en droit soi et selon leur puissance, de se mettre, et leurs gens, en état suffisant et honorable, pour l'accompagner à cette journée et entrée en la dessusdite cité de Rouen. Si était-il monté sur un palefroi de moyenne grandeur, lequel était couvert d'un drap d'azur semé de fleurs de Us d'or, et était armé de plein harnais, exceptées la salade et bannière ; et si avait sur son chef un chapeau de bièvre * gris, fourré de satin vermeil, avec une houppette dessus, de fil d'or et de soioy et sur le devant était un petit jÉrémail, sur lequel il y avait un fort beau et riche diamant.

Or, quand il fut dedans la porte, fut mis par-dessus lui un ciel ou dais, que portaient quatre gentilshommes, tous à pied ; lequel ciel était de satin figuré, vermeil, bordé tout autour de franges d'or et de soie; et étaient auprès et autour de lui quatre pages tant seulement, qui avaient robes vermeilles et les manches chargées d'orfèvrerie, dont l'un portait la lance, le second la javeline, le troisième la hache, et le quatrième le crennequin et une targette ; chacun d'eux portait des habillements de tête dif-

i. Castor.

férents les uns des autres, qui étaient fort bien garnis d'or, sans pierreries, ayant plumes par-dessus, des couleurs du roi. Après iceux pages venait, bien accompagné, le bailli de Caux, qui portait l'étendart du roi.

Ensuite entra le roi de Sicile, lequel avait vêtu une journade * de drap d'or, bien riche, sur son harnais, avec la croix blanche par-dessus; et y avait quatre hommes d'armes de pied, qui étaient auprès de lui. Assez près de lui était son frère, messire Charles d'Ango 2, qui était habillé presque semblablement audit roi de Sicile, son frère, réservé les pages, desquels chacun d'eux en avait quatre fort bien habillés; et si avaient iceux deux seigneurs, leurs chevaux couverts très richement. Après venait Jean de Lorraine, fils du comte de Vaudemont, et avec lui le seigneur de Beauval; et étaient tous deux, avec leurs gens, bien en point. Après entra Charles, comte de Nevers, monté sur un coursier bai, couvert de velours vert, brodé de grandes lettres faites de fil d'or, où il y avait des franges de soie blanche et vermeille ; et avait de plus quatre pages, qui étaient en fort bel état, et douze gentilshommes de son hôtel, lesquels avaient leurs chevaux couverts de taffetas vermeil, avec la blanche pardessus, et se tenaient auprès de lui. Après venait le comte de Tancarville, monté sur un coursier noir, couvert de satin cramoisi, chargé d'une robe couverte d'orfèvrerie, auprès duquel était le seigneur de Montgascon, qui avait son cheval couvert de velours violet. En ensuivant les deux seigneurs susnommés

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