Aïeul
Capitaine de compagnie régulière.
(Willemin> Monuments inéditSt t. II )
pauvreté; par quoi il était impossible d'en tirer et avoir grandes finances, pour payer les soudoyers dont dessus est fait mention, que ce ne fut à la totale destruction desdits pays et sujets. Il y en avait d'autres qui disaient beaucoup d'autres raisons assez considérables.
Or, tous ces débats ei remontrances, qu'un chacun d'eux faisait ainsi à son tour, le roi les oyait volontiers et les avait bien pour agréables; et de luimême il y répondait aucunes fois, en déclarant aucunes raisons, pour ôter les difficultés et doutes ci-dessus déclarés; car il avait cette besogne fort à cœur dès il y avait longtemps. Si se trouvaient fort souvent avec lui auxdits conseils : son fils le dauphin, le roi de Sicile, le duc de Calabre son fils, messire Charles d'Anjou, le comte de Riçhemont, connétable de France, les comtes de Clerraont, de Foix, de Saint-Pol, de Tancarville et de Dunois, et avec eux encore grand nombre de conseillers, tant ecclésiastiques comme séculiers. Et pour en mieux venir à bout, furent chargés aucuns d'iceux seigneurs, de par le roi, de parler secrètement à aucuns des principaux qui avaient la conduite des gens de guerre, dont la plus grand'partie étaient aux susdits seigneurs, afin de savoir leur intention sur les cas dessusdits, et aussi afin qu'ils persuadassent leurs compagnons à condescendre au bon plaisir du roi et de son grand conseil.
Lesquels capitaines firent auxdits seigneurs assez courtoise réponse ; et bien y avait raison, car on leur avait promis qu'ils seraient des mieux et premiers pourvus. Cela fut une autre fois rapporté par ceux qui en avaient la charge, au conseil royal, qui se tenait le plus fréquemment dans le château de
Serre, à une grand'Iieue de dislance de Chàlons, où la personne du roi était logée ; et appartient icelui château à Tévêque d'icelle ville de Ghâlons. Si fut derechef cette matière, qui était d'un grand poids, en avant dans le conseil, où mise elle fut, comme autre fois, débattue assez longuement pour voir comment cela Se pourrait conduire, à Thonneur et profit du roi et de son royaume. Finalement, par mûre et grand'délibération, ils conclurent tous ensemble avec le roi de lui aider et de s'employer à mettre cette besogne à exécution, et de l'entretenir de tout leur pouvoir. Alors il fut ordonné, tant par le roi que par les dessusdits du conseil, qu'il y aurait quinze capitaines, lesquels auraient chacun sous eux cent lances ; et que chacune lance serait comptée à gages pour six personnes, dont les trois seraient archers et le quatrième coutillier, avec l'homme d'armes et son page ; lequel homme d'armes accompagné, lui sixième, comme dit est, aurait de gages pour chacun mois 40 francs, monnaie royale, et seraient mis et distribués par provinces et diocèses, en divers heux du royaume, par les bonnes villes ; et si saurait un chacun desdits capitaines son lieu et sa retraité, et où lui et ses gens devraient être et avoir leur rendez-vous. Outre ce, il fut ordonné qu'ils prendraient et seraient payés de leurs gages, tant sur les bonnes villes comme sur le plat pays, et qu'il y aurait certains commis par les bailliages, sénétîhaussées et prévôtés, qui recevraient et payeraient les sommes dessusdites, et en rendraient compte auxdits capitaines en temps et lieu, d'autant que leur charge pourrait monter. Lesquels capitaines furent par le roi et les seigneurs du conseil élus et dénommés, et aussi mandés en la prés^ce du roi;
gS CHARLES VII
et là leur fut dit et ordonné qu'ils gardassent et entretinssent étroitement , tout autant qu'ils craignaient de tomber dans l'indignation du roi et des seigneurs dessusdits, lesdites ordonnances, et qu'ils ne fissent ne souffrissent être fait par leurs gens aucuns dommages ne violence aux marchands, laboureurs, ne autres, de quelque état qu'ils fussent, si cher que ils avaient que iceux dommages fussent retournés sur eux; et prissent tels gens dont ils fussent sûrs et qu'ils en pussent rendre compte. . Tout ce ainsi fait, il leur fut baillé par écrit les lieux où ils devaient aller, et ce qu'ils avaient -à faire. Et bref en ensuivant après qu'iceux capitaines furent fournis de ce qu'il leur fallait de gens, et qu'ils eurent choisi, à leur pouvoir, sur toutes leurs compagnées, des plus experts et des mieux habillés, jusques à leur nombre limité, il fut, comme dit est ci-dessus, ordonné que tous les autres, c'est à savoir ceux qui n'étaient point gagés, se retirassent hâtivement et sans délai es pays d'où ils étaient originaires, sans piller ni dérober le pauvre peuple ; ou autrement, si ainsi ne le faisaient, on y pourvoirait et en ferait-on justice comme de gens abandonnés et sans aveu. Et, pour mieux y pourvoir, furent envoyés en plusieurs bailliages certains mandements royaux aux offiiciers servant à ce propos ; lesquelles ordonnances et commandements étant venus à la connaissance d'iceux, ils s'en allèrent incontinent en plusieurs et divers lieux, et s'épandirent, sans s'entretenir par ensemble; tellement que dedans les quinze jours ensuivant on n'entendait plus aucune nouvelle d'eux dans tous les pays du roi.
Pour le regard des quinze capitaines dont dessus est faite mention, quand ils furent mis et assis
comme dit est ci-dessus atout ^ leurs gens, par les provinces, diocèses, bailliages, sénéchaussées et prévôtés du royaume, ils commencèrent à se conduire, gouverner et entretenir par les bonnes villes, très doucement et courtoisement, sans plus faire, ne souffrir être fait par leurs gens, aucune violence ou rigueur aux bourgeois et manants d'icelles, ne aussi aux marchands et laboureurs du plat pays. Que si d'aventure il advenait qu'aucuns d'iceux fissent le contraire, et que la plainte en vint à iceux capitaines, aussitôt et sans délay, ils les faisaient punir et châtier à toute rigueur; et avec ce ils faisaient restituer à ceux qui avaient souffert aucuns dommages, ce qui leur pouvait avoir été pris.
Or, jà soit que le nombre des dessusdits gens de guerre ainsi gagés et conservés, comme dit est, se montât environ à neuf ou dix mille chevaux, si étaient-ils par les bonnes villes en assez petit nombre; car il n'y en avait à Troyes, Châlons, Reims, Laon, ou autres villes semblables, en chacune que vingt, vingt-quatre ou trente, selon la grandeur et la puissance d'icelles ; par quoi ils ne pouvaient être assez puissants pour pouvoir prendre aucune maîtrise ni hauteur sur les dessusdits bourgeois et manants. Outre quoi, les officiers royaux et les justiciers ordinaires avaient un singulier regard sur eux et sur leurs comportements, pour observer s'ils ne commettraient point quelques fautes, de la punition desquelles leurs capitaines n'en fissent pas bien leur devoir. «
D'autre part, il y avait certains commis de par le roi , qui les voyaient en leurs habillements passer