‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 5 sur 129 · Petit pieu · texte numérisé non relu

Petit pieu

leurs gens. Mais lesdits Anglais et Bourguignons allèrent passer par l'autre lez de la rivière d'Yonne, du côté vers Goulange-la-Vineuse. Et adonc, descendirent les Français de leur montagne et vinrent contre leurs ennemis en montrant grand'semblance de hardiesse et se mirent en bataille l'un contre l'autre, où ils furent bien trois heures sans autre chose faire, et était la rivière d'Yonne entre deux. Et après, se avancèrent les Anglais et Bourguignons, et gagnèrent un pont sur leurs ennemis, par lequel ils les commencèrent fort à grever et envahir.

Et d'autre part, ceux qui étaient en la ville les assaillirent par derrière moult raidement, et adonc commencèrent de toutes parts à combattre les uns contre les autres très âprement. Mais en conclusion, les dessus dits Anglais et Bourguignons obtinrent la victoire contre leurs ennemis et gagnèrent le champ; auquel furent morts et pris la plus grande partie des Écossais, qui étaient au front devant la bataille, desquels y avait environ trois mille.

§ 7. — LE DUC DE BEDFORD PREND IVRY. — NOUVELLE DÉFAITE DES FRANÇAIS A VERNEUIL (17 dOÛt 1424).

(Monstrelet, Chroniques^ 1. II, ch. xx.)

Or est vérité, comme je vous ai jà dit, que le duc de Bedfort, avec ses barons et chevaliers et gens * d'armes, était, comme dit est, devant Ivry ; et là lui furent apportées les nouvelles . véritables que ses ennemis se retrayaient vers Verneuil au Perche. Et adonc, pource que le jour de la reddition d'Ivry était venu, fit sommer ceux de dedans qu'ils acquittassent leur promesse. Lesquels, non ayant espérance de

secours, firent obéissance audit de Bedfort, et lui délivrèrent ladite forteresse en prenant de lui saufconduit pour eux en aller avec tous leurs biens, sans emmener nuls des prisonniers qu'ils avaient. Et lors commit ledit duc capitaine de ladite ville un chevalier de Galles, renommé en armes, accompagné de plusieurs soudoyers. Et après les dessus dites choses accomplies, le propre jour de l'Assomption, se partit ledit duc de Bedfort, avec sa puissance, de devant Ivry ; et se mit à chemin pour poursuivre ses ennemis ; et alla loger en une grande ville en tirant vers le Perche, nommée Dainville en Vaisseux ; et le lendemain très matin se délogea en belle et très grand'ordonnance, et chevaucha jusque assez près de Verneuil; auquel lieu et à l'environ étaient logés les Français, ses ennemis. Lesquels, sachant sa venue, se préparèrent bien diligemment et mirent leurs gens en bataille pour assembler à rencontre d'icelui duc, et firent seulement une grosse bataille sans faire avant-garde. Et avec ce ordonnèrent les Lombards et aucuns autres à demeurer à cheval sous la conduite du borgne Gamean , du Roussin, de Pothon et de La Hire pour rompre et envahir leurs ennemis par derrière ou au travers. Et en ce faisant, la grosse bataille des Français dessus dite était à pied. Pareillement le dessus dit duc de Bedfort avec les siens, descendit à pied et fit mettre ses gens en bataille en un ost tant seulement, sans aussi faire avant-garde ni laisser homme à cheval; et furent mis les archers au front devant, ayant chacun un pieuchon devant eux aiguisé et fiché en terre. Et étaient les plus grands fols desdits archers des deux bouts de la bataille par manière d'ailes ; et derrière les hommes d'armes étaient tous les pages,

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