‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 50 sur 129 · PORTRAIT DE JACQDES COEUR. — OBIGIRE DE SA FORTUNE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE JACQDES COEUR. — OBIGIRE DE SA FORTUNE

(Thomas Basin, Hist, de Charles VII et de Louis XI, liv. IV, ch. xxvi.)

C'était un homme sans lettres, mais d'un esprit infini et très ouvert, très industrieux pour tout ce qui concernait les aff'aires. Le premier en France, dans le xv® siècle, il fit construire et équiper des navires qui transportèrent en Afrique et en Orient des draps et autres marchandises du royaume. A leur retour, ses navires rapportaient de l'Egypte et (lu Levant diverses étoffes de soie et toutes sortes d'épices. Arrivés en France, quelques-uns d'entre eux remontaient le Rhône, tandis que d'autres allaient approvisionner la Catalogne et les provinces voisines, disputant ainsi aux Vénitiens, aux Génois et aux Catalans une branche de trafic qu'ils avaient seuls

jusqu'alors. C'est ainsi qu'il acquit par son et par ses opérations maritimes des ri-

[•odigieuses.

§ 9. — COiNDAMNATION DE JACQUES COEUR. — IL s'ÉVADE ET SE RETIRE A ROME (1453).

{Mémoires de Jacques du Clercq, liv. III, eh. m.)

Au susdit an 1453, par le chancelier de France, en la présence du roi de France, fut prononcée la sentence contre Jacques Cœur, argentier d'icelui roi de France. Lequel Jacques Cœur était extrait de petite génération sans quelque noblesse; en sa jeunesse il se bouta en marchandises et petit à petit multipliait tellement qu'il se mêlait de toutes marchandises. Il devint si puissant par tous les royaumes, qu'il expédiait même on disait en Sarrazie * et avait des facteurs sans nombre par tous pays, lesquels ne Pavaient jamais vu. Et pour la richesse et conduite de lui l'avait fait le roi de France son argentier. Icelui Jacques Cœur, comme on disait, avait été cause que le roi de France avait conquis la duché de Normandie par les grands deniers qu'il lui avait prêtés et avancés, et avait fait audit roi maints prêts. Il était si riche qu'on disait qu'il faisait ferrer des haquenées et chevaux de fers d'argent : il portait en sa devise et livrée ces mots écrits : « A cœur vaillant, rien impossible». Il avait fait faire à Bourges en Berry une maison, la plus riche de quoi l'on pouvait parler. Toutefois icelui roi Charles, l'an précédent 1452, sous ombre de certaines accusations de crimes, l'avait fait prendre et tenir en prison fermée bien étroitement, de laquelle il échappa par moyen qui serait long à raconter; il s'en alla à Rome, et là se tenait aussi honorablement qu'il faisait en France. Car nonobstant que tout ce

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