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SES RELATIONS AVEC LES SOUVERAINS ORIENTAUX

§ 1 . — TENTATIVE DE CHARLES VH POUR PRENDRE METZ. — UMB PARTIE DE LA LORRAINE SE DONNE A LUI, NOTAMMENT VERDUN ET ÉPINAL (1444).

(Mathieu de Coucy, Chroniques, ch. m.)

En cette même année mil quatre cent quarante et quatre, assez tôt après que le dauphin, premier fils du roi de France, fut avec sa compagnie parti de Tours, pour faire son voyage ci-dessus mentionné, afin d'aller en Allemagne, le roi rassembla en peu de jours très grand nombre de seigneurs et gens de guerre, de plusieurs de ses pays, avec lesquels il tira par diverses journées devers Troyes en Champagne, et ensuite devers le pays et marches du Barrois et de la Lorraine. Alors étaient en sa compagnie le roi de Sicile et "monseigneur Charles d'Anjou, ses beauxfrères; en faveur duquel roi de Sicile icelui roi de

CHARLES VII ET LA IfONARCHIE ABSOLUE 117

France faisait ce voyage, sur l'intention et le dessein, comme il était commune renommée, de prendre et réduire en son obéissance la ville et cité de Metz, et autres villes [et forteresses d'icelui pays, contre lesquelles ledit roi de Sicile disait avoir querelle juste et raisonnable, pour certaines causes qui trop longues seraient à déclarer. Pareillement, ledit roi de France et ceux de son conseil entendaient, quant à eux, faire guerre à bon titre, disant qu'icelle ville et cité, de très longtemps et d'ancienneté, était et devait être tenue sous la souveraineté de la couronne de France. Mais, nonobstant les besognes dessusdites, il fut conclu et délibéré d'envoyer devers eux, pour les sommer à ce qu'ils fissent féauté et hommage au roi de France, ainsi que tenus y étaient. A laquelle sommation ils ne voulurent aucunement obéir, ni bailler, réponse qui fût agréable ; et par ainsi incontinent le roi, par grande délibération de son conseil royal, conclut et ordonna de leur faire la guerre.

Alors furent envoyés plusieurs capitaines, et avec eux grand nombre de gens de guerre, es vaux de Metz; lesquels en assez peu de jours y firent de grands dommages de feu et de sang; et si prirent de force, et par puissance d'armes, jusques à vingtquatre ou trente forteresses qui étaient de la seigneurie et tenure d'icelle ville de Metz, lesquelles avaient pour leurs gardes des gens sujets de ladite ville et qui suivaient leur commandement et ordonnance. Dedans lesquelles places se logèrent les Français; et, de jour en jour, couraient assez continuellement devant et aux environs d'icelle ville de Metz, en leur faisant très grandes oppressions et beaucoup de dommages, et détruisant et ravageant les pays

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d'environ, par diverses et étranges manières. Dedans laquelle ville de Metz étaient plusieurs gentils compagnons de guerre soudoyers, ainsi que de longtemps ils ont accoutumé d'avoir, lesquels faisaient très souvent plusieurs courses et saillies sur leurs adversaires. Et advenait souventes fois qu'ils en tuaient, et prenaient les autres prisonniers, lesquels ils menaient en leur ville, où ils les noyaient et les faisaient mourir par autre manière, sans les vouloir mettre à finance. Pareillement et le semblable faisaient les François sur eux et leurs gens.

Or, durant icelle guerre, et pendant que ces besognes se faisaient et conduisaient en cette manière, le roi de France, le roi de Sicile, et avec eux plusieurs grands seigneurs, conclurent de se retirer en la ville de Nancy-le-Duc, ce qu'ils firent ; et y furent par assez longtemps, durant lequel ledit roi de France avait assez souvent des nouvelles de son fils le dauphin et des seigneurs qui étaient es Allemagnes avec lui. Et, lui étant dedans icelle ville de Nancy, se mirent en son obéissance plusieurs places, villes et forteresses, tant sur les marches de Bourgogne, comme de Lorraine et des environs, entre lesquelles en furent la cité d'Orville, Verdun, Espinal, Challencey, et aucunes autres, dont la plus grande partie s'allèrent offrir et donner à lui de leur propre volonté et d'elles-mêmes, sans à ce être contraintes ; et ce faisaient-elles, sous espérance d'être conduits, gardés et gouvernés sous sa main, plus sûrement et paisiblement qu'ils n'avaient accoutumé d'être. Et chacun jour s'efforçaient et continuaient les capitaines et gens de guerre du roi de France, de conquérir et approcher plusieurs forts qui étaient à ceux de ladite ville de Metz. Entre les autres, ils pri-

rent d'assaut, par vaillance et puissance d'arme», un fort château nommé Beaufort * .

§ 2. — EXPÉDITION DU DAUPHIN LOUIS CONTRE LES SUISSES. — BATAILLE DE SAINT- JACQUES. — LE DAUPHIN TBAITE AVEC LES SUISSES ET LES ENGAGE AU SERVICE DE LA FRANCE (1444).

(Mathieu de Coucy, Chroniques, ch. ii.)

Audit an mil quatre cent quarante et quatre, après les besognes dessusdites accomplies, et que les Français et les Anglais eurent chacun en droit

Jeton de Pierre Bureau, trésorier de France (voy. p. 113).

soi assis leurs garnisons en lieux nécessaires sur les frontières, les gens d*armes du roi de France, en très grand nombre, s'entretenaient toujours par grosses compagnies sur le plat pays, ainsi que de longtemps ils avaient accoutumé; dont le pauvre peuple était fort travaillé. Et entre ce temps le roi, qui très instamment était requis du duc d'Autriche qu'il lui envoyât secours et aide de gens de guerre,

l. Belfort.

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avec de ses capitaines, pour lui aider à défendre ses pays et seigneuries que lui occupaient et conquéraient de plus en plus chacun jour les Suisses, qui sont gens de communauté très puissants et de hautain vouloir, conclut et délibéra avec son conseil d'y envoyer une très puissante armée, car déjà était le mariage traité de sa fille aînée, nommée Arragonne, avec iceluy duc d'Autriche. Si fut commis chef d'icelle armée, Louis, aîné fils du roi, dauphin de Viennois, et avec lui le seigneur de Jallongne, maréchal de France ; le seigneur de Bueil, le seigneur de Culan, messire Robinet d'Estouteville , chevalier; le seigneur d'Orval, Antoine de Chabanes, le seigneur de Commercy, messire Gilles de Sai net-Simon, chevaliers ; Blanchefort, Lestrac, Joachim Rouaut, messire Jean de Mongomery, chevalier d'Ecosse; l'Espinasse, et plusieurs autres vaillants hommes de guerre, qui pouvaient bien faire le nombre de douze à quatorze mille chevaux; desquels on estimait y avoir bien six raille combattants, de bonne étoffe et conduite. Et si fut envoyé, de par le roi d'Angleterre, un sien capitaine, nommé Mathieu God, qui avait en sa compaignie huit mille combattants ou environ, tant de la nation d'Angleterre comme de celle de Normandie.

Or, quand toute icelle armée fut prête et que les ordonnances furent disposées sur le fait de leur conduite, il fut ordonné que ledit dauphin, le maréchal de France et aucuns autres seigneurs, avec partie de leurs gens, tireraient devers Langres, et que les autres capitaines les suivraient par diverses marches et routes, ainsi qu'ils se pourraient assembler des frontières de Normandie, où ils étaient en plusieurs lieux.

D'autre partie, le dauphin avec ceux de son armée, qui étaient assemblés autour de Langres, après que tout son camp fut apprêté et pourvu, se partit de là; et par plusieurs journées tira jusques à Montbéliarl, avec toute sa compagnie, qui était fort belle; et fut peu de nouvelles que lui ne ses gens fissent aucun dégât es pays du duc de Bourgogne, ains ils y passèrent courtoisement, sans y faire presque aucun séjour; et pour la sûreté de sa personne, et de son passage et retour, furent mis en sa main la ville et château dudit Montbéliart, où il se logea et séjourna par aucuns jours, le tout du consentement de celui qui en était seigneur, moyennant une telle condition, savoir qu'il baillât son scellé de lui rendre un an après ensuivant.

Or, après qu'il eut ordonné aucuns de ses gens pour la garde de ladite ville et du château, il partit de là et prit son chemin devers Bâle, d'où il alla plus avant, en tirant vers le pays du dessus mentionné duc d'Autriche, lequel envoya plusieurs de ses gens devers icelui dauphin, pour le conduire et lui bailler passage, pour ce que le pays est bien rude et dangereux à cheminer pour gens étrangers qui n'ont point accoutumé d'y aller.

Assez tôt après qu'il fut entré audit pays, iceux communes, nommés Suisses, qui étaient assez avertis de sa venue et qui s'étaient à ce sujet déjà mis ensemble en très grand nombre, conclurent d'envoyer une partie de leurs gens au-devant d'icelui dauphin et de sa compagnie, pour le rencontrer et combattre; si se mirent en chemin bien six mille ou environ ; et de fait ils tirèrent avant et approchèrent leurs adversaires, c'est à savoir les Français : lesquels sachant leur venue se mirent ensem-

ble et, par délibération de bon conseil, conclurent de les aller assaillir et combattre en plein champ : et, ainsi que conclu ils l'avaient, ils le firent. Il y eut très dure et merveilleuse bataille entre les parties, qui dura trois à quatre heures avant qu'on sût percevoir qui en demeurait le vainqueur; car, à la vérité, si les Français assaillirent vaillamment, icelles communes se défendirent aussi très âpreroent et fortement. Et me fut dit sur cette matière, par aucuns nobles hommes qui avaient été à cette journée, et qui avaient été autrefois es guerres de France, en plusieurs journées et rencontres, tant contre les Anglais comme autres, qu'en leurs temps ils n'avaient vu ni trouvé aucunes gens de si grande défense, ne tant outrageux et téméraires, pour abandonner leurs vies. Toutefois, après qu'icelles deux parties eurent ainsi continué et bataillé l'une contre l'autre, par l'espace de quatre heures, comme dit est, ou plus, à la fin les Suisses commencèrent à lâcher le pied, et se retirer en un clos de vignes où il avait assez après une abbaye qui était environnée et ceinte de murailles. Là derechef se commença la mêlée; et ils se combattirent et défendirent très courageusement, et encore par long espace de temps, mais cela ne leur servit de rien, car, par la vaillance et persévérance des Français, ils furent finalement vaincus; et furent morts à la place environ quatre mille d'icelles communes; le surplus se ««„„^ X i« p.,i*« jg mieux qu'ils purent.

les Français y furent tués environ 3s seulement, entre lesquels y mouilhomme, nommé Robert de Brezé, ir de la Varenne, avec aucuns autres Lesdites communes, qu'on appelle

Suisses, étaient assez communément habillés de Jacques, de peaux, de haubregerie, de glaçons et de chapeaux de fer à la façon d'Allemagne.

Après laquelle défaite et victoire, les Français se rassemblèrent tous; et lors les capitaines, pour la plus grand'partie, dont dessus est faite mention, et avec eux le comte de la Petite-Pierre; remercièrent le Créateur de leur bonne fortune.

Après que les morts furent dépouillés et débagués, et que les menues gens eurent pris ce qu'ils avaient, ainsi que bon leur sembla, ils se retirèrent aux logis d'où ils étaient partis et emportèrent avec eux aucuns de leurs gens morts et blessés, puis firent enterrer honorablement les premiers et firent visiter les autres par leurs chirurgiens.

Le dauphin ne se trouva point en personne à cette besogne, ne aucuns des plus grands et principaux de son conseil; mais, quand cela fut venu à sa connaissance, et qu'il en eut vraies nouvelles, il en fut fort joyeux et fit à ses capitaines et aux autres qui y avaient été, à leur retour, très bonne chère, en les remerciant honorablement de leur valeur et diligence.

Après cela, les Suisses qui se sauvèrent de cette besogne, comme ci-dessus a été dit, retournèrent, ou au moins une partie d'eux, devers leurs gens qu'ils avaient laissés à un siège devant une bonne ville qui appartenait au duc d'Autriche, et leur racontèrent Ja mauvaise fortune qu'ils avaient eue contre les Français ; de quoi ils furent fort troublés et émerveillés. Et pour le doute qu'ils eurent qu'on ne les vint combattre, eux étant encore au susdit siège, ils partirent hâtivement de là et s'en allèrent en d'autres lieux.

Le lendemain, ou le second jour après icelle bataille, le dauphin et tous ceux de sa compagnie, avec aucuns Allemands qui se joignirent et mirent sous lui, allèrent devant Basle, pour d'icelle ville avoir obéissance. Ce que voyant ceux de' ladite ville, entre lesquels il y avait grand murmure, débat et parlement, ils conclurent d'envoyer une ambassade devers icelui dauphin, pour savoir de lui son intentention : ce qu'ils firent en assez brief temps ensuivant. Et ils y envoyèrent trois cardinaux, quatre évêques, quatre chevaliers, douze docteur» et douze bourgeois, lesquels, après plusieurs remontrances et plusieurs paroles proposées d'un côté et d'autre, offrirent de bailler ladite ville et d'en faire ouverture à icelui dauphin, et de le recevoir en icelle, moyennant qu'il serait content de n'y pas entrer avec toute sa puissance et son armée. De plus, ils promirent de faire revenir les dessusdils Suisses en son obéissance; et outre ce, qu'ils feraient tant, que le duc d'Autriche serait content d'eux, pour le sujet des grandes entreprises qu'ils avaient fait par ci-devant contre lui en ses pays; et, comme promis l'avaient, ils le firent.

Après lesquelles conclusions et les traités ainsi faits et passés, s'offrirent les susdits Suisses de servir le dauphin partout où il les voudrait mener, avec quatre mille hommes, tant en France comme ailleurs, à son bon plaisir, et là où il lui plairait de les avoir. Lequel dauphin, après les besognes dessusdites, fit loger ses gens en plusieurs bonnes viUes du pays; et lui, pour sa personne, se logea en une place nommée lusse, et tout par l'ordonnance et le conseil du susdit duc d'Autriche, qui là vint devers lui, où il le reçut et le festoya très honorablement,

selon la coutume du pays. Or, nonobstant que le mariage fût traité, comme dit est dessus, entre la sœur ainée d'icelui dauphin, fille du roi de France, et icelui duc d'Autriche, néantmoins il ne fut pas accompli, parce que ladite fille alla de vie à trépas. Durant tout ce temps, les gens d'icelui dauphin, qui étaient dispersés en divers lieux es marches du pays, menaient guerre à plusieurs bonnes villes et forteresses d'icelui et allaient courir très souvent, à l'occasion des querelles d'aucuns seigneurs et nobles dudit paysi qui à ce faire les requéraient en aide; d'où il advenait aucunes fois qu'ils en ramenaient de grandes proies et grands butins en leurs logis. Réciproquement aussi, assez souvent, en faisant icelles courses, ils trouvaient de dures rencontres de leurs adversaires, par espécial des communes et autres gens du plat pays, qui tuaient et détroussaient de leurs gens par les passages et montagnes, qui étaient moult dangereuses.

§ 3. — CHARLES vu MÉDUTEUR ENTRE LE DUC DB BOURGOGNE ET LA POPULATION DU COMTé DB FLANDHB (juillet 1452).

(Mathieu de Goucy, Chroniques, ch. lxiu.)

Or, pendant le temps de toutes ces tribulations et guerres civiles, le roi Charles fut averti de ce que dit est, qui était la destruction totale de la comté de Flandres, laquelle est tenue de la couronne de France en souveraineté; et ayant espérance de s'employer, tant à l'honneur du duc, qui est le premier pair de France, comme au bien et préservation des sujets de ladite comté, et à obvier à la destruction d'icelle, il délibéra et se résolut d'envoyer certaine ambassade,

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tant devers le duc comme devers ceux de Gand, afin de trouver quelque bon appointement entre eux, si faire se pouvait. Si furent ordonnés et destinés pour cette ambassade Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, Louis de Beaumont, sénéchal de Poitou, Guy Bernard, archidiacre de Tours et maître des requêtes de l'hôtel du roi, et Jean Drivet, conseiller et procureur général ; lesquels eurent charge, de par le roi, de s'employer en cette manière tellement, devers chacune des parties, que quelque bon traité si pût rencontrer, en gardant et conservant le droit à celui qui le devait avoir. Et pource que le susdit comte de Saint-Pol était lors au service dudit duc en icelle guerre, le roi lui écrivit lettres portant comment il l'avait délégué son ambassadeur en cette ambassade et l'avait dénommé en ladite commission avec les dessudits; pourquoi il lui mandait qu'il tirât avec eux et s'employât au bien de la paix pour terminer cette guerre. Lequel, quand il eut reçu ces lettres, répondit que volontiers de sa puissance il s'y emploierait ; et bien le devait-il faire, car il avait, et possédait de belles terres en ladite comté, lesquelles étaient bien en aventure, par la continuation de la guerre, d'être entièrement mises en ruine. Par ainsi se joignit-il avec lesdits ambassadeurs, lesquels ensemble se transportèrent -devers le duc, auquel ils présentèrent les lettres du roi : et lui, en grande révérence et à grande joie, les reçut.

Après quoi, par la bouche du susdit procureur général, lui fut rapportée la charge qu'il avait de par le roi. Lequel duc les ouït bénignement; puis, quand la proposition eut pris fin, ce duc, en rendant toujours fort grande révérence au roi et à ceux de sadite ambassade, leur fit dire en sa présence, et

remontrer bien au long les grandes fautes, abus, extorsions et dérisions que ceux de la ville de Gand avaient de longtemps faits et commis contre lui, ses sujets et sa seigneurie; et que pas il ne les avait pris au premier méfait ; mais par plusieurs fois, et de si longtemps comme de sept à huit ans, il les avait fait avertir de toutes leursdites fautes et abus, afin que doucement ils se voulussent corriger et réduire comme bons et loyaux sujets devaient faire à leur prince; mais que, nonobstant icelles remontrances, ils n'avaient voulu jamais se corriger, mais s'étaient élevés et s'élevaient chaque jour contre lui et sa seigneurie ; ce qui lui était dure chose à souffrir, tant pour se bien acquitter de son devoir envers Dieu, lui et le monde, parce que Dieu lui avait commis à gouverner ladite comté, comme pour l'obligation en laquelle il était de la conservation et protection de ces sujets en icelle. Mais que pour parvenir au bien et traité de paix, en gardant son serment, ses sujets et son honneur, il en ferait, et était prêt d'en tant faire, qu'il espérait que Dieu et le monde seraient contents de lui.

De laquelle réponse ioeux ambassadeurs furent fort contents. Assez tôt après se transportèrent en la ville de Gand, sauf ledit comte de Saint-Pol, qui ne fut pas conseillé de s'y trouver en personne, pour autant que chacun jour il leur faisait guerre ; et avait fait alliance avec ledit duc, à cause des terres et seigneuries qu'il tenait de lui. Lesquels ambassadeurs furent reçus à grande joie ; et leur furent envoyés plusieurs présents de la part de la ville. Le lendemain, ou assez peu de jours après, ceux de la ville de Gand s'assemblèrent dans leur maison de ville, où ils avaient convoqué grand nombre de peuple. Et, eux

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étant là venus, iceux ambassadeurs leur présentèrent les lettres du roi, lesquelles contenaient comment il envoyait par devers eux ses ambassadeurs ; aussi avait fait devers le duc, afin de trouver un traité de paix entre evix; et qu'au surplus ils voulussent ajouter foi à ce que sesdits ambassadeurs leur diraient de sa part, touchant cette matière. Desquelles lettres ils furent grandement joyeux.

Et après la lecture d'icelles ii fut, par la bouche du susdit procureur général, dit et remontré aux susdits de Gand les grandes plaintes et doléances que faisait le duc, leur seigneur, contre eux et leur gouvernement, en reprenant et récapitulant tout au long les fautes, abus et malversations qu'ils avaient commis envers lui, par plusieurs fois, et déjà par long espace de temps, qui n'étaient pas choses raisonnables, et à souffrir ne à laisser couler sans dissimulation. A quoi il ajouta plusieurs choses et raisons servant à ce propos, lesquelles seraient ici trop longues à réciter. Sur lesquelles remontrances ainsi faites, ils demandèrent et prirent délai pour y répondre ; car, au jour qui fut pris de faire ladite réponse, sur chacun article ils répondirent.

Lesquelles réponses n'avadent pas grand lieu et n'étaient guère raisonnables ; car la plus grande couleur qu'ils prenaient était de ce qu'ils disaient que . le duc voulait mettre sus, en ladite comté, la gabelle du sel, de laquelle il s'était déporté auparavant le commencement de cette guerre, comme avez ouï par ci-devant.

Or, quand les susdits ambassadeurs eurent ouï ces réponses, lesquelles leur paraissaient moins quQ suffisantes, il leur sembla qu'ils trouveraient bien manière de faire traité de paix; et leur dirent que, s'ils

eu étaient contents et s'ils Tagréaient, ils envoyeraient devers le duc, afin d'obtenir de lui trêve durant certain espace de temps, pour cependant pouvoir communiquer les uns avec les autres, dans l'espoir de pouvoir parvenir à quelque traité de paix ; de quoi ils furent bien contents. Et sur ce retournèrent ces ambassadeurs devers ledit duc, auquel ils rapportèrent ce qvi'ils avaient négocié, en le requérant qu'il lui plût accorder lesdites trêves ; ce qu'il fit volontiers, car il ne désirait pas la guerre ni la destruction de ses sujets, si faire se pouvait autrement. Lesquelles trêves furent accordées pour l'espace de six semaines, qui commencèrent au mois de juillet de cet an mil quatre cent cinquante et deux.

g é. — RELATIONS AVEC LA HONGRIE. — L'aHBASSADE DU KOI LADISLAS A PARIS (1458).

(Mathieu de Coucy, Chroniques, eh. cxiv.)

Vers la fm de ladite année, le roi Lancelot *, qui lors se disait roi de Hongrie et de Bohême, envoya devers le roi Charles, qui pour lors se tenait en la ville de Tours, une très grosse ambassade, parmi laquelle il y avait un archevêque, un évêque et un comte, avec plusieurs autres grands seigneurs, qui étaient en nombre de six à sept cents chevaux, ou environ, en bel arroi, pour conclure et parfaire le traité du mariage de madame Madeleine de France, fille du roi Charles, lequel fut tout fait et accordé par les parties ; qui était chose bien déplaisante au duc de Bourgogne, pource qu'il faisait guerre audit

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