‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 55 sur 129 · Ladisl^s · texte numérisé non relu

Ladisl^s

roi Lancelot, au sujet du duché de Luxembourg; car bien lui semblait-il que, par le moyen d'icelui traité, le roi Charles baillerait aide et confort à ce roi Lancelot, ce qui lui pouvait porter grand préjudice, et à ses pays et sujets. Or, ainsi comme cette ambassade devait partir de la ville de Tours et mener avec eux ladite Madeleine devers leur roi Lancelot, nouvelles vinrent auxdits ambassadeurs que, droit le jour Saint-Clément, icelui roi Lancelot était allé de vie à trépas. Desquelles nouvelles le roi Charles, avec ceux de sa cour, et spécialement les seigneurs de ladite ambassade, furent fort déplaisants et courroucés, et non sans cause ; car ladite alliance pouvait être fort profitable auxdites parties, c'est à savoir au roi Charles et à ce roi Lancelot, tant pour la cause dudit Luxembourg comme pource qu'icelui roi Charles était disposé de ravoir et reprendre en ses mains les terres engagées audit duc de Bourgogne, tant sur la rivière de Somme comme es autres marches de ce f oyaume. Et, assez tôt après, icelles nouvelles étant venues à la connaissance des seignei^s dessusdits, le roi Charles fit faire, en TégUse Saint-Martin de Tours, un très beau et solennel service, pour le trépas dudit feu roi Lancelot, où tous les seigneurs là venus en ladite ambassade se trouvèrent, comme aussi le roi en personne, avec plusieurs princes et grands seigneurs de la maison de France. Puis, quand tout eut été fait, tant et si honorablement que plus on ne pouvait, lesdits ambassadeurs, voyant une telle fortune arrivée, conclurent de retourner en leur marche, et prirent congé du roi, delà reine et de ladite Madeleine, à laquelle ils délaissèrent et donnèrent tous les joyaux et présents que ledit feu roi Lancelot leur seigneur lui envoyait ; et si firent de beaux dons de

plusieurs autres grands joyaux, tant à la reine comme à plusieurs des princes et seigneurs de la cour. Et, après que le roi leur eut fait délivrer trente miUe francs, pour fournir à dépense de leur retour, le roi prescrivit à ceux de Paris, et aussi à ses officiers qui étaient là, qu'ils festoyassent lesdits ambassadeurs, en toutes les manières qu'ils pourraient. Puis, toutes ces choses étant ainsi faites et préparées, ils partirent de ladite ville de Tours, depuis laquelle ils furent convoyés et conduits par plusieurs grands seigneurs et autres officiers en grand nombre ; et tirèrent leur chemin vers la ville de Paris.

Quand les Parisiens et les officiers du roi, auxquels il avait écrit, furent avertis qu'ils arrivaient, ils partirent de ladite ville, et en belle ordonnance ils aUèrent au-devant d'eux, bien loin hors de ladite viUe : si y furent avec eux aussi les comtes d'Eu et d'Armagnac, et le seigneur de Gaucourt, qui était grand maître d'hôtel du roi. Et arrivèrent audit Paris par un samedi, huitième jour de janvier audit an ; et le lendemain furent menés par les seigneurs et officiers dessusdits en la sainte chapelle du palais, où là leur furent montrées les saintes reliques, c'est à savoir la sainte couronne, le clou, le fer de la lance, et aucune chose de la verge de Moïse. Puis, le lundi ensuivant, fut fait dans l'église de Notre-Dame un très beau et solennel service, pour le trépas du susdit feu roi Lancelot, auquel se trouvèrent en très bel arroi les seigneurs dessusdits, tous en deuil. Et, le mercredi ensuivant, icelle ambassade partit de Paris, pour s'en retourner en leur pays de Hongrie. Si furent convoyés hors de ladite ville par les seigneurs et officiers dessusdits, tant et si honorablement que plus ils n'en pouvaient faire. Et pource qu'iceux

ambassadeurs doutaient beaucoup que ledit duc de Bourgogne ne leur voulût faire aucun déplaisir, pour autant qu'ils savaient bien que leurdit maître n'avait pas été bien content de lui, à cause de ladite duché de Luxembourg qu'il détenait contre sa volonté, et que de ces doutes ils avaient parlé audit* roi Charles, icelui roi les fit conduire par ceux de ses ordonnances, jusques au nombre de cent lances, qui prirent leur chemin par les duchés de Bar et de Lorraine, et ainsi s'en allèrent.

§ 5. — RELATIONS DE CHARLES VII AVEC l'ORIENT. — SON AMBASSADE AU SOUDAN d'ÉOYPTE. — LETTRE QUE LUI ADRESSE CE DERNIER (1447).

(Mathieu de Coucy, Chroniques^ eh. xix.)

En cet an mil quatre cent quarante et sept dessusdit, Charles, roi de France, reçut une lettre du Soudan de Babylone,qui fut translatée de sarrazin en français; desquelles la teneur s'ensuit ; et premier la superscription : « Cette lettre soit donnée au lion, seigneur du monde, grand comme saint George qui tua le dragon, seigneur de terre franche, seigneur aumônier, seigneur des seigneurs, roi des rois, à qui toutes gens demandent licence, seigneur de la mer et de la terre, très bien sailli d'hôtel, très chrétien en nom de saint Jean qui baptisa Jésus-Christ et de Notre-Dame, ami des Mores et seigneur des Mores ; Notre-Seigneur te donne santé et bonne vie, Charles, roi de France. Les titres de Soudan, grand roi des rois, Jamarcq, Maher et Daher, seigneur sage, guerroyeur et défendeur de la loi des Mores, grand Soudan des Mores et de leur foi, qui fait raison à chacun qui a guerre Fun contre

Tautre, seigneur des deux mers et de maintes terres, libéral aux esclaves de son pays des deux églises saintes, de Lameth et d'Abraham : Dieu croisse le mien et me donne bonne vie et à tout mon peuple à qui je fais prou de bien. » La teneur des lettres : « Au nom de Dieu soit fait, et te donne yie, seigneur lion, dragon, loup, forticion, qui reste seul seigneur chrétien au monde, oncîe du seigneur qui porte la bannière jaune, est à savoir le roi de Hongrie, libéral, sage et piteux, seigiieur et conseiller des autres seigneurs, seigneur de la mer et de la terre, et de tous tes chrétiens, puissant à tous, mainteneur du baptême et défendeur de la bannière du Christ, Charles de France, ami des Mores et de leurs seigneurs. Dieu te maintienne en paix et exauce tes prières et te laisse bien mourir. Cette lettre te mande le grand soudan, que tu sois bien avisé que nous soyons bons amis et bien • d'accord. La tienne lettre s'est jointe à la mienne, porte sainte, laquelle nous avons vue et lue, et y ai créance pour ce que tu dis que tu me veux bien, et aussi fais-je à toi. Ton ambassadeur, homme d'honneur, gentilhomme, lequel tu nommes Jean Villaige, est venu à la mienne porte sainte et m'a présenté tes* lettres avec le présent que tu m'as mandé, et je Fai reçu; et ce que tu m'as écrit que tu veux de moi, je l'ai fait; et si ai fait une paix à tous tes marchands par tous mes pays et ports de la marine, ainsi que ton ambassadeur m'a su demander. Ledit ambassadeur est venu en grand honneur, et si ai pris son présent en grand amour et plaisir, pour l'amour de toi, et ce que tu m'as mandé ai écrit et fait; et si mande à tous les seigneurs de mes terres, et par spécial au seigneur d'Alexandrie, qu'il fasse bonne compagnie à tous les marchands de ta terre, et sur tous

les autres aient liberté en mon pays, et qu'il leur soit fait honneur et plaisir ; et quand sera venu le conseil de ton pays, il sera à la faveur des autres consaiux bien haut ; et ai commandé qu'il soit fait bonne compagnie aux pèlerins de ton pays, qui vont à Jérusalem et à Sainte-Catherine; car le tien ambassadeur m'a du tout prié ; et ne sera pris d'eux que selon l'usage que souUaient tenir les soudans du temps ; et que nul ne soit si osé, sur ma majesté, d'entreprendre plus, s'ils n'ont robes dont il convient payer les droits^, et veux que partout leur soit fait bonne compagnée ; et que on ne leur mette sus nulle usance nouvelle. »

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