‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 65 sur 129 · Mouvements · texte numérisé non relu

Mouvements

Pour revenir à la déclaration de cet article, ledit comte marcha tout d'une boutée, sans donner haleine à ses archers et gens de pied. Ceux du roi passèrent cette haie par deux bouts, tous hommes d'armes; et comme ils furent si près que de jeter les lances en arrêt, les hommes d'armes bourguignons rompirent leurs propres archers et passèrent par-dessus, sans leur donner loisir de tirer un coup de flèche, qui était la fleur et espérance de leur armée ; car je ne crois pas que de douze cents hommes d'armes ou environ qui y étaient, y en eût cinquante qui eussent su coucher une lance en arrêt. Il n'y en avait pas quatre cents armés de cuirasses, et si n'avait pas un seul serviteur armé; et tout ceci, à cause de la longue paix, et qu'en cette maison de Bourgogne ne tenaient nulles gens de solde, pour soulager le peuple des tailles : et onçques puis ce jour-là, ce quartier de Bourgogne n'eut repos jusques à cette heure, qui est pis que jamais. Ainsi rompirent eux-mêmes la fleur dé leur armée et espérance : toutefois Dieu, qui ordonne de tel mystère, voulut que le côté où se trouva ledit comte (qui était à main dextre devers le château) vainquît, sans trouver nulle défense. Et me trouvai ce jour toujours avec lui, ayant moins de crainte que je n'eus jamais en lieu où je me trouvasse depuis, pour la jeunesse en quoi j'étais, et qtfe je n'avais nulle connaissance de péril; mais était ébahi comme nul s'osait défendre contre tel prince à qui j'étais, estimant que ce fût le plus grand de tous les autres. Ainsi sont gens qui n'ont point d'expérience, dont vient qu'ils soutiennent assez d'argus* mal fondés et avec peu de raison. Pourquoi fait bon user de l'opinion de celui, qui dit que « l'on ne se

Page 1