Arguments, sentiments, opinions
repent jamais pour parler peu, mais bieu souvent
de trop parler ».
A la main senestre était le seigneur de Ravestain, et messire Jacques de ^aint-Paul, et plusieurs autres, à. qui il semblait qu'ils n'avaient pas assez d'bommes d'armes pour soutenir ce qu'ils avaient devant eux; mais dès lors étaient si approchés, qu'il ne fallait plus parler d'ordre nouvel. En effet ceux-là furent
Monnaie de Charles le Téméraire.
rompus à plate couture, et chassés jusques au charroi : et la plupart fuit jusques en la forêt, qui était près de demi-lieue. Au charroi se rallièrent quelques gens de pied bourguignons. Les principaux de cette chasse étaient les nobles du Dauphiné et Savoisiens, et beaucoup de gens d'armes aussi, et s'attendaient d'avoir gagné la bataille. Et de ce côté y eut une grande fuite de Bourguignons et de grands personnages : et fuyaient la plupart pour gagner le Pont Saint-Maxence, cuidans qu'il tint encore pour eux. En la forêt y en demeura beaucoup : et entre autres le comte de Saint-Paul, qui était assez bien accompagné, s'y était retiré, car le charroi était assez près de ladite forêt : et montra bien depuis qu'il ne tenait pas encore la chose pour perdue.
Le comte de Gharolais chassa de son côté demie lieue outre le Mont-l'Héry, et à bien peu de compagnie ; toutefois nul ne se défendait : et trouvait gens à grande quantité : et jà c^jidait avoir la victoire. Un vieil gentilhomme de Luxembourg, appelé Antoine le Breton, le vint quérir et lui dit que les Français s'étaient ralliés sur le champ, et que s'il chassait plus guères, il se perdrait. Il ne s'arrêta point pour lui, nonobstant qu'il lui dit par deux ou trois fois. Incontinent arriva monseigneur de Contay dont ci-dessus est parlé, qui lui dit semblables paroles, comme avait fait le vieil gentilhomme de Luxembourg, et si audacieusement qu'il estima sa parole et son sens, et retourna tout court. Et crois s'il fût passé outre deux traits d'arc, qu'il eût été pris, comme aucuns autres qui chassaient devant «lui. Et en passant par Je village, trouva une flotte de gens à pied qui fuyaient. Il les chassa, et si n'avait pas cent chevaux en tout. Il ne se retourna qu'un homme à pied, qui lui donna d'un vouge *■ parmi l'estomac : et au soir s'en vit l'enseigne. La plupart des autres se sauvèrent par les jardins : mais celuilà fut tué. Comme il passait rasibus du châtel, vîmes les archers de la garde du roi, devant la porte, qui ne bougèrent. Il en fut fort ébahi : car il ne cuidait point qu'il y eût plus âme de défense. Si tourna à côté pour gagner le champ, où lui vinrent courre sus quinze ou seize hommes d'armes ou environ (une partie des siens s'étaient jà séparés de lui) ; et d'entrée tuèrent son écuyer tranchant, qui s'appelait Philippe d'Oignies, et portait un guidon de ses armes : et là ledit comte fut en très grand danger et eut plusieurs coups : et entre les autres un en la