‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 68 sur 129 · ANALYSE DES TRAITÉS DE CONFLANS · texte numérisé non relu

ANALYSE DES TRAITÉS DE CONFLANS

ET DE SAiNT-MAUR (octobre 1465).

Pour aviser aux réformes et améliorations qui pourraient être utiles, le roi nommera trente-six notables pris parmi les prélats, les chevaliers et dans le conseil. Assemblés le 15 décembre, leur mission durera trois mois dix jours au plus et deux

Si LOUIS XI

mois au moins. Le roi promet de ratifier ce qu'ils auront décidé.

Plus de divisions. Point de poursuites ni de reproches pour le passé ; révocation des confiscations ; restitution de ce qui a été pris des deux parts. Nulle personne ni communauté ne sera inquiétée pour ses sympathies antérieures.

Sauf la défense du royaume, le roi ne contraindra point les seigneurs à se rendre auprès de lui. Quand le roi voudra venir es places ou maisons des seigneurs, il les préviendra trois jours à l'avance. Eux aussi le préviendront pour aller le trouver.

Pour maléfices le roi ne procédera pas à l'égard des seigneurs par voies d'arrêt ou de détention, mais par délibération et en observant leurs droits : les seigneurs en feront de même envers les serviteurs du roi.

Le roi donne au duc de Berry le duché de Normandie, avec réserve de la souveraineté ; et de plus l'hommage, comme autrefois, des ducs de Bretagne et d'Alençon et du comte d'Eu, sauf le comte actuel, qui rendra hommage au roi seulement : apanage d'ailleurs transmissible de mâle en mâle.

Il donne au comte de Charolais Amiens et les autres villes de la Somme qu'il venait de racheter; tout le pays de Ponthieu et de Vimeu pour lui et son héritier, sauf rachat à l'avenir, après la mort du présent duc, pour 200,000 écus d'or. On y ajoute en toute propriété Péronne, Roye, Boulogne, Montdidier.

Au duc de Calabre on donne Mouzon, Sainte - Ménehould, Neuf-Château et autres terres, et de plus 100,000 écus comptant : pour lui, le roi renonce à l'alliance de Metz et de Ferdinand, roi de Naples.

Le duc de Bretagne eut la vicomte d'Etampes, puis Montfort; le roi abandonne la régale, ajoutant

pour Antoinette de Maignelais, qui avait été Finstigatrice de la guerre, l'île d'Olèron, la seigneurie de Montmorillon et la confirmation de sa pension de 6,000 livres.

Au duc de Bourbon il fait les concessions suivantes : don de plusieurs seigneuries en Auvergne; plus de commissaires dans ses francs fiefs; appels directs au Parlement de Paris, 100,000 écus comp* tant et la solde de trois cents lances.

Au duc de Nemours, il donne le gouvernement de Paris et de TIle-de-France ; une pension et la solde de deux cents lances ;

Au comte d'Armagnac, les trois châtellenies du Rouergue qu'il avait reperdues sous Charles VII, une portion des aides de ses domaines, une pension et la solde de cent lances.

Au comte de Dunois il concède la restitution de ses terres et de sa pension, une forte somme d'argent et une compagnie de gens d*armes;

Au comte de Maine, la seigneurie de Taillebourg pour compensation des terres de Parthenay;

Au comte d*Albret, les seigneuries attenant à ses terres, la petite ville de Fleurance et le comté de Gaure en Guienne;

Au sire de Lohéac, deux cents lances, avec restitution de son bâton de maréchal. Ajoutons à cela cent lances aux sires de Tanneguy, de Bueil, de Dammartin, qui recouvrent leurs biens. Au regard des autres seigneurs, chacun en emporta une pièce.

§ 15. — LOUIS Xï, AD MÉPRIS DU TRAITÉ DE CONFLANS, RE- PREND LA NORMANDIE A SON FRÈRE, QUI SE RETIRE AUPRÈS DU DUC DE BRETAGNE (1466).

(Commines, Mémoires, 1. !«••, ch. xv.)

En retournant aux ducs de Normandie et de Bretagne, qui étaient allés prendre possession de la duché de Normandie, incontinent que leur entrée fut faite à Rouen, ils commencèrent à avoir division ensemble, quand ce fut à départir le butin ; car encore étaient avec eux ces chevaliers que j'ai devant nommés , lesquels avaient accoutumé d'avoir de grands honneurs et de grands états du roi Charles ; et leur semblait bien avis qu'ils étaient venus à la fin de leur entreprise, et qu'au roi ne se pouvaient fier : et voulait chacun en avoir du meilleur endroit pour soi.

D'autre part le duc de Bretagne en voulait disposer en partie; car c'était celui qui avait porté la plus grande mise, et les plus grands frais en toutes choses. Tellement se porta leur discord, qu'il fallut que le duc de Bretagne, pour crainte de sa personne, se retirât au mont de Sainte-Catherine, près Rouen : et fut leur question jusques-là, que les gens dudit duc de Normandie, avec ceux de la ville de Rouen, furent prêts à aller assaillir ledit duc de Bretagne jusques au lieu dessusdit; et en effet il fallut qu'il s'en retirât le droit chemin vers Bretagne. Et sur cette division, marcha le roi près du pays; et pouvez penser qu'il entendait bien et aidait à conduire cette affaire; car il était maître en cette science. Une partie de ceux qui tenaient les bonnes places commencèrent à les lui bailler, et en faire leur bon appointement avec lui. Je ne sais de ces choses que ce qu'il

m'en a dit et conté ; car je n'étais point sur les lieux. Il prit un parlement avec le duc de Bretagne, qui tenait une partie des places de la Basse-Normandie, espérant lui faire abandonner son frère de tous points. Ils furent quelque peu de jours ensemble à Caen; et firent un traité, par lequel ladite ville de Caen et autres demeurèrent es mains de monseigneur de Lescun, avec quelque nombre de gens payés;

Monnaie de François, duc de Bretagne.

mais ce traité était si troublé que je crois que l'un ni l'autre ne l'entendit jamais bien. Ainsi s'en alla le duc de Bretagne en son pays : et le roi s'en retourna tirant le chemin verô son frère.

Voyant ledit duc du Normandie qu'il ne pouvait résister, et que le roi avait pris le Pont- de-l' Arche et autres places sur lui, se délibéra prendre la fuite, et. de tirer en Flandre. Le comte de Charolais était encore à Saint-Tron, petite ville au pays de Liège, lequel était assez empêché; et fut son armée toute rompue et défaite, et en temps d'hiver, partie empêchée contre les Liégeois; et lui doulait bien de cette division, car la chose du monde qu'il désirait le plus, c'était de voir un duc en Normandie; car par

ce moyen il lui semblait le roi être affaibli de la tierce partie. Il faisait amasser gens sur la Picardie, pour mettre dedans Dieppe. Mais avant qu'ils fussent prêts, celui qui tenait ladite ville en lit son appointement avec le roi. Ainsi retourna au roi toute Ladite duché de Normandie, sauf les places qui demeurèrent à monseigneur de Lescun, par l'appoiatement fait à Caen.

Ledit duc de Normandie (comme j'ai dit) s'était délibéré un coup de fuir en Flandre , mais sur l'heure se réconcilièrent le duc de Bretagne et lui, connaissant tous deux leurs erreurs.

Or ainsi se retira le duc de Normandie en Bretagne, pauvre et défait, et abandonné de tous ces chevaliers qui avaient été au roi Charles son père, et avaient fait leur appointement avec le roi , et mieux appointés de lui que jamais n'avaient été du roi son père. Ces deux ducs dessusdits étaient sages après le coup (comme l'on dit des Bretons), et se tenaient en Bretagne, et ledit seigneur de Lescun principal de tous leurs serviteurs. Et y avait maintes ambassades allans et venans au roi de par eux, et de par lui à eux deux, et de par eux au comte de Charolais, et de lui à eux, du roi audit duc de Bourgogne, et de lui au roi : les uns pour savoir des nouvelles, les autres pour soustraire gens, et pour toutes mauvaises marchandises, sous ombre de bonne .foi.

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LOUIS XI ET CHARLES LE TÉMÉRAIRE, DUC DE BOUR- GOGNE- — TRAITÉ DE PÉRONNE. — PROJETS DU DUC DE BOURGOGNE SUR LA LORRAINE, L'ALLE- MAGNE ET LA SUISSE.— SES DÉFAITES EN SUISSE ET SA MORT A NANCY. (1467-1477.)

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