PORTBAIT DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE
(Olivier de la Marche, Mémoires, Introd., ch. v.)
Ce duc Charles se trouva, du vivant de son père et mère, homme fait, sage, et de grand entendement, puissant de corps et d'amis, aimé de ses sujets. Il était puissant jouteur, puissant archer, et puissant joueur de barres. Il était pompeux d'habillemens, et curieux d'être accompagné, et tenait grand état et grande noblesse en sa maison. Il aimait la chasse sur toutes choses, et volontiers combattait le sanglier, et en tua plusieurs. Il aimait le vol du héron. Il aimait la musique, combien qu'il eût mauvaise voix : mais toutefois il avait Tart, et fit le chant de plusieurs chansons bien faites et bien notées.
Il était large, et donnait volontiers, et voulait savoir où et à qui. Tout jeune il voulait connaître ses affaires.
Il servait Dieu, et fut grand aumônier. Il aimait la guerre, et n'eut point voulu ni souffert être foulé de ses voisins. Et pourra-t-on dire ci-après que je le loue beaucoup en mes écrits, pour ce que c'était mon maître; et à ce je réponds que je dis vérité, et que tel l'ai connu : car vices apparens de lui ne vinrent oncques à ma connaissance, et si faute y a qu'il faille que je connaisse, ce fût de trop valoir et de trop entreprendre.
Ce duc Charles, et la plupart des seigneurs nourris avec lui et de son âge, porta armes avec le duc Philippe son père, à sa grande poursuite et requête, es guerres de Flandres, commencées Tan mille quatre cent cinquante-deux : et fut en deux batailles, et en plusieurs rencontres et sièges, accompagnant son père. Et déjà se montra fier et courageux, et principalement à tenir ordre : où il se délectait aigrement, montrant qu'il était prince et seigneur apparent, et se faisait craindre.
§ 2. — EXPÉDITION DU COMTE DE CHAROLAIS CONTRE LES LIÉ- GEOIS, ALUÉS SECRETS DE LOUIS XI QUI, A SON INSTIGA- TION, s'Étaient révoltés contre leur seigneur, le duc