Hagenbacb
par quoi fut grande œuvre d'allier le duc Sigismond d'Autriche ; et cette nouvelle alliance avec les Suisses, dont si lontemps avaient été ennemis, ne se fit point sans grand dépense, et sans faire maint voyage.
Après que le duc de Bourgogne eut rompu aux Suisses l'espérance de pouvoir trouver appointement aveclui, ils retournèrent avertir leurs gens, et s'apprêter pour se défendre ; et lui approcha son armée du pays de Vaux en Savoie, que lesdits Suisses avaient pris sur monseigneur de Romont, comme dit est ; et prit trois ou quatre places qui étaient à monseigneur de Chàteau-Guyon , que lesdits Suisses tenaient ; et les défendirent mal ; et de là alla mettre le siège devant une place appelée Granson, laquelle était aussi audit seigneur de Chàteau-Guyon. Et y avait pour lesdits Suisses sept ou huit cents hommes bien choisis, pource que c'était auprès d'eux et la voulaient bien défendre. Ledit duc avait assez grande armée ; car de Lombardie lui venaient à toute heure gens, et des sujets de cette maison de Savoie; et il aimait mieux les étrangers que ses sujets, dont il pouvait fîner * assez, de bons ; mais la mort du connétable lui aidait bien à avoir défiance d'eux, avec d'autres imaginations. Son artillerie était très grande et bonne; et était en grande pompe en cet ost, pour se montrer à ces ambassadeurs, qui venaient d'Italie et d'Allemagne; et avait toutes ses meilleures bagues et beaucoup de sa vaisselle, et largement autres paremens; et avait de grandes fantaisies en sa tête, sur le fait de cette duché de ^ Milan, où il s'attendait d'avoir des intelligences. Quand le duc eut assiégé ladite place de Granson et tiré par aucuns jours, se rendirent à lui ceux de dedans à sa volonté; lesquels