SECONDE PAIX D'ABRAS ENTRE LOUIS XI ET
HAXiMiLiBN d'autbichb .(24 décembre 1482).
Le dauphin épousera mademoiselle Marguerite, qui sera immédiatement conduite et remise au sire de Beaujeu, ou à tout autre délégué du roi, pour être élevée à la cour de France comme dauphine, comtesse d'Artois et de Bourgogne; le roi jurera sur la vraie croix que , l'âge venu , le dauphin l'épousera; la dot de la princesse sera l'Artois, la
comté de Bourgogne, les seigneuries de Maçonnais, Auxerrois, Salins, Bar-sur-Seine et Noyers; faute d'enfants de ce mariage, ces terres retourneront au duc Philippe et à ses hoirs ; le roi, qui est en possession de ces pays, admet qu'ils soient patrimoine de la princesse; il pourra retenir les comtés d'Artois et de Bourgogne jusqu'à ce que les villes de Lille, Douai et Orchies lui aient été rendues; ces pays seront gouvernés au nom du dauphin et de la princesse; le château et le bailliage de Saint-Omer ne seront remis au dauphin qu'après la consommation du mariage; pendant la minorité, les officiers de Saint-Omer seront nommés par l'archiduc et institués par le dauphin ; si la princesse décède avant le dauphin, cette contrée passera sous l'obéissance de l'archiduc et de son fils.
Le remboursement des emprunts qui ont été faits et des pensions inscrites et dues est assuré. Le roi promet à cet égard de tout faire pour le mieux. Moyennant l'avantage fait à la princesse, le roi et le dauphin renoncent pour elle à tout ce qu'elle pourrait prétendre des biens de la duchesse sa mère ; son douaire sera de 50 000 livres de rente assignées sur le bois de Vmcennes. A cause de ce mariage, le roi ni le dauphin ne pourront, pendant la minorité du duc Philippe, prétendre au gouvernement de la Flandre et du Brabant. Si le duc Philippe meurt sans enfants, les droits de Marguerite sur les pays de son héritage sont reconnus. Dans le cas où le dauphin hériterait de ces États, le roi et le dauphin jureront de les entretenir dans leurs anciens droits, coutumes, libertés et franchises; de ne point assujettir au parlement de Paris les pays qui n'en sont pas sujets actuellement; ces pays promettent aussi de s'entr'aider, de reconnaître la souveraineté du roi et le ressort de 1q comté
de Flandre, et le duc, dès qu'il sera en âge, en fera foi et hommage au roi ; enfin le roi confirme les privilèges anciens et nouveaux accordés aux trois membres de Flandre.
A l'égard du transit des marchandises et des trois villes de Lille, Douai et Orchies, il en sera comme du temps du duc Philippe le Bon. Leurs appellations seront portées en la chambre de Flandre et de là au parlement. La duchesse douairière rentrera dans' les biens de son douaire et dans ses pensions. Elle recevra 20 000 écus pour rachat de ce qu'elle possédait en Bourgogne. Il sera accordé de part et d'autre une abolition pour tous ceux qui auront tenu le parti contraire. Ceux dont les biens auront été vendus pour dettes y rentreront en payant ce qu'ils devaient. Les héritiers rentreront dans les biens de leurs parents, ceux-ci fussent-ils morts dans le parti contraire, mais ne réclameront point pour dommages et intérêts. Les héritiers du connétable et de Philippe de Groy jouiront du bénéfice de la paix : mais pour rentrer dans leurs biens, ils se pourvoiront devant le roi. Le roi se réserve de prononcer sur les grandes donations faites en dernier lieu en Bourgogne par la duchesse Marie. On sollicite en faveur du comte de Romont; le roi emploiera tous ses bons offices pour qu'il retourne en ses terres. Les princes d'Orange, le comte de Joigny, Liépard de Chàlon, Guillaume de Beaune, Claude de Toulongeon, l'abbé et les religieux d'Anchin, et ceux de Saint-Waast rentreront dans leurs biens, en quelques lieux qu'ils soient situés. (Il n'est fait, on le voit, nulle mention du sire de Gommines, tandis qu'aucun des anciens fauteurs du parti bourguignon n'est omis.)
Les gens d'Arras, retirés dans les pays de l'archiduc, pourront retourner chez eux sans crainte d'être
inquiétés. Les parents et héritiers de ceux qui ont été exécutés comme étant du parti contraire, pourvu que ces exécutions ne proviennent pas de causes particulières et n'aient pas été prononcées par les juges ordinaires, succéderont et jouiront de leurs droits sans être tenus de résider dans leurs terres. Les villes de Bapaume, Arras, Aire, Lens et Bé thune, qui ont tant souffert, seront exemptes de toute aide pour six ans; on remet aux villages de l'Artois ce qu'ils doivent d'arrérages ; le roi confirme les privilèges donnés à Douai par la duchesse douairière. Les sentences du grand Conseil des ducs Philippe et Charles, de la duchesse et de Maximilien à la cour de Malines, seront exécutées, pourvu que les droits (lu roi n'y soient point intéressés ou que l'affaire ne soit déjà devant le parlement : mais tous les procès concernant le pays d'Artois et les villes de la Somme, qui ont été portés au grand Conseil de Flandre, ou à la cour de Flandre, ou à la cour de Malines, seront renvoyés au parlement pour y être définitivement jugés ; les amortissements, compositions, anoblissements accordés par les ducs et duchesses sortiront leur effet en prenant nouvelles lettres du roi, lesquelles seront accordées . sans finance ; il en sera de même des abolitions et rémissions, et aussi pour les communautés et pour les particuliers des pays de Flandre et comtés d'Artois et de Bourgogne ; les bénéfices en possession paisible ne pourront être troublés sous prétexte des privilèges des universités ni autrement ; les villes et bailliages de Tournai, Saint-Amand, Mortagne seront compris en cette paix et traités comme sujets du roi; ce que le roi possède ou a donné dans le Luxembourg sera rendu au duc d'Autriche, et aussi les maisons de Flandre ot de Conflans, situées à Paris; la maison d'Artois
demeurera à la princesse Marguerite; quant à Chàleau-Belin et Orgelet, donnés à Jean de Ghàlon par la duchesse Marie, les princes et princesses de la maison de Chàlon auront à s'adresser au roi.
Pour la facilité du commerce, le roi retirera ses troupes de Lens et de l'Écluse ; il diminuera les garnisons d'Arras, Béthune, Hesdin et autres lieux considérables. Accordera-t-on aux députés flamands qu'Edouard IV et François II soient compris dans ce traité? Cela ne se peut, puisqu'avec l'Angleterre et la Bretagne on a des trêves qu'on veut entretenir. Le roi ayant été prié d'abandonner Guillaume de la Marck, qui faisait la guerre au Brabant, il fut nettement répondu que, la paix étant faite, le roi assisterait le duc et ses États contre quiconque les voudrait attaquer. Des deux parts on travaillera à rendre la mer libre. Il y aura garantie réciproque de sûre navigation dans les ports et fleuves des deux pays. On se donnera une mutuelle assistance. Il y aura extradition des malfaiteurs dès qu'elle sera demandée. Si de part ou d'autre on contrevient à cette paix, les torts seront immédiatement réparés. On n'en viendra point aux voies de fait; on tentera d'abord toutes les voies d'accommodement. Le roi et le duc réservent tous les droits dont il n'est point fait mention. Ils pourront les poursuivre par justice, non autrement.
LE DUCHÉ DE BOURGOGNE AU XV SIÈCLE. — PUIS- SANCE DES DUCS. — LEUR COUR.— ORGANISATION DE LEUR ÉTAT.
§ 1. — PUISSANCE ET RICHESSE DE LA MAISON DE BOURGOGNE. — PHILIPPE DE BOURGOGNE ET LA TOISON d'OR. — FÊTES CÉLÉBRÉES A GAND.
(Olivier de la Marche, Mémoires, ch. xv.)
Ainsi se tint le duc en sa ville de Gand et manda les chevaliers de Tordre de toutes parts et fut préparé moult noblement le château de Gand qui sied au milieu de ladite ville pour tenir et pour faire icelle fête et solennité. Et par ce que ce fut la première fête de la Toison que je vis oncques, il m'est force de deviser et d'écrire les cérémonies et le noble état et ordonnance que chaque fois tenait le duc à la solennité d'icelle fêle.
Là vint Charles, duc d'Orléans, Charles de Bourgogne, comte de Charolais, et moult autres chevaliers portant l'ordre de la Toison. Et par un mardi, le sixième jour de novembre, s'assemblèrent tous les chevaliers au château de Gand environ deux heures après midi : et saillirent tous en ordre hors de la
chambre du conseil qui pour eux était préparée de sièges et de bureau pour rendre compte, non pas d'argent ou de dépense d'avoir, mais de leui; honneur si besoin faisait, et aussi pour leurs affaires et pour leurs élections. Et vinrent en la grande chambre qui était toute pleine de seigneurs et de nobles hommes. Et premièrement venaient les trois officiers
Monnaie de Charles le Téméraire frappée en Flandre.
(car cette fois n'y était point maître Jean Germain, évêque de Châlons et chancelier de l'ordre). Le premier fut le trésorier de Tordre et se nommait Péter Blandelain, et fut un des plus puissants et des riches hommes de la comté de Flandre : et pour lors était receveur général de toutes les finances du duc : et depuis fut maître d'hôtel du duc et encore depuis celui du duc Charles son fils. Homme expert en finances, il édifia de ses deniers- une sienne bonne ville que l'on nomme Middelbourg en Flandre, et la fit faire clore, tourer et murer et habiller moult notablement. Le second fut greffier de la Toison : ce fut maître Martin d'Estinberg, un notable clerc homme d'Église qui moult bien était stylé à mettre par écrit en latin, en français et en allemand. Le troisième fut le roi d'armes de la Toison, un moult notable, sachant et discret homme, natif de la ville
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(l'Abbeville en Ponlhieu : il se nommait en propre mains Jean, seigneur de Saint-Remi, et furent tous trois habillés et vêtus de robes longues d'écarlate, et par-dessus de longs manteaux de même fourrés de gris et les chaperons de même couleur. Après eux venaient les chevaliers parés et habillés, et vêtus comme les officiers, excepté que tous avaient le colher d'or garnis de leurs flammes, au cou : auquel pendait la noble Toison d'or. Et furent Jeurs manteaux brodés de brodures d'or tout autour à la façon dudit collier. Et marchaient les chevaliers deux à deux, c'est à savoir les derniers élus dans l'ordre allant les premiers : et ainsi se trouvaient les plus anciens chevaliers de cette élection les derniers et les plus rapprochés du duc de Bourgogne, chef et fondateur de ce noble ordre : sauf que les rois et les ducs sont placés les plus près du duc de Bourgogne, quelque nouveaux qu'ils soient en ledit ordre.
Et pour montrer l'ordonnance être mieux gardée, le duc de Bourgogne faisait marcher le comte de Charolais, son fils, le premier et le plus loin de sa personne : et allait à sa main droite et au-dessus de lui messire Beaudet de Noyelles, parce qu'ils étaient les plus nouveaux en élection, et ledit comte le dernier élu. Et ainsi marchaient les chevaliers par ordre : et furent les deux derniers le duc d'Orléans à droite, et messire Hugues de Lannoy à gauche. Le bon duc Philippe de Bourgogne, fondateur et chef de ce noble ordre, marchait seul après ses frères et compagnons. Et là au sortir de la chambre entrant en la salle se mirent devant lui deux sergents d'armes portant des masses ornées d'armoiries des armes du roi de France et puis des siennes, et cela à cause que, comme duc de Bourgogne, il est le premier pair et doyen des nobles pairs de France.
En tel état et ordre tirèrent tous en la cour où les chevaux les attendaient et en tel ordre allèrent les chevaliers parmi la ville de Gand grandement accompagnés de nobles hommes, d'ambassadeurs et d'étrangers. Et le peuple était moult grand parmi la rue et parmi la ville. Et en tel état vinrent en l'église de Saint-Jean (qui est une des principales églises et paroisses de Gand) et à rentrée de cette église trouvèrent l'évêque de Tournay revêtu *, avec les chanoines, chapelains et choristes d^icelle église qui recueillirent le duc et ses confrères moult dévotement. Et en chantant hymnes et cantiques dévots les conduisirent jusqu'au chœur de l'église, lequel chœur était paré de tableaux armés et timbrés des armes et timbres de chevaliers, de leurs noms et de leurs devises. Et furent ces tableaux grands et spacieux et peints le plus richement et le mieux qu'il se peut faire. Et étaient ces blasons posés des deux côtés du chœur dans le même ordre que les chevaliers avaient suivi dans leur marche. Et se tira chaque chevalier à l'endroit de son blason. Et demeurèrent certaines places vides garnies de leurs blasons, lesquels étaient posés sur un grand drap noir, ce que les autres n'avaient pas. Je me tirai vers le roi d'armes de la Toison (qui fut homme tout courtois) et lui demandai pourquoi et pour quelle cause était cette différence. Et bien que je fusse page et dû nombre de la petite estime, le bonhomme s'arrêta à moi et me dit que c'étaient des blasons et les places des bons chevaliers de cet ordre qui étaient trépassés depuis la tenue de la dernière solennité, et que si je voyais et regardais le surplus de la noble cérémonie, je pourrais voir et connaître