DÉTAILS DU SÉJOUR DE L^ARCHIDUC A BLOIS
Nevers portant une boîte d'or pleine de couteaux et fourchettes, qui avaient les manches d'or; puis venait la duchesse de Valentinois et mademoiselle de Foix, tenant chacun un drageoir en leurs mains, plein de diverses dragées, dont l'un était d'or merveilleusement beau, Tautre était d'argent doré qui était si grand que, quand on le tenait à la main, il touchait presque jusqu'à terre. Et après ces choses vinrent cinq à six gentilshommes, chacun tenant deux pots d'or pleins de toutes sortes de confitures. Et puis marchaient l'apothicaire de la reine, qui tenait en ses mains des bougies de cire vierge avec un chandelier d'or; mais il n'entra en la chambre de l'archiduchesse que les dames; le maître d'hôtel, les six petits pages et l'apothicaire demeurèrent, et ce qu'apportaient les gentilshommes fut pris à l'huys par aucunes dames servant les dames susdites, comme la femme du bâtard de Bourbon, la demoiselle de Montgascon, et autres, qui étaient avec la compagnie. Quand madame de Bourbon arriva, dès que l'archiduchesse la vit entrer, elle marcha au-devant d'elle jusqu'au plus près de l'huys. L'entrée des dames faite en la manière que dessus est dite, elles se déchargèrent de ce qu'elles apportaient, et fut le tout rais tant sur le buffet que sur les lits; puis s'assirent l'archiduchesse et madame de Bourbon, qui devisèrent quelque quart d'heure ensemble; après elle donna à l'archiduchesse la bonne nuit, sans essayer desdites confitures, qui demeurèrent en ladite chambre; en sortant de laquelle l'archiduchesse baisa les femmes de la reine et celles de madame de Bourbon, qui étaient venues en ladite chambre. Ce soir même furent aussi portées des confitures à l'archiduc, mais ce ne fut pas en telle manière et sorte que l'on avait fait à l'archiduchesse. En la chambre
OÙ Tarchiduchesse se relirait pour se déshabiller, qui était derrière sa chambre, y avait une petite table qui se pliait, couverte de velours vert, et sur icelle on apportait un coffre pareillement couvert de velours vert, et garni d'argent, dedans lequel y avait des couvre-chefs. et autres choses servant de nuit; lequel coffre était bien garni, comme sera dit ci-après, ainsi que ceux qui furent portés à ses femmes. Cependant qu'on portait les confitures à Farchiduchesse, la dame de Sandricourt, la demoiselle d'Hone, la dame de Bourg, la demoiselle de Monthuaux, et quelques autres demoiselles, avec le concierge du château, quatre ou cinq de valets de chambre et huissiers de la reine, et deux pages tenant deux torches, portèrent le coffre susdit, le linge avec les réchauffoirs des lits, bassinoires et autres choses servant à ladite chambre, le tout d'argent; et avec ce tous les linges et couvertures des lits, tant pour la chambre de l'archiduchesse, que pour les autres chambres, et avec ce de grands pots et boîtes d'argent doré ; et par les concierge et tapissiers furent portés le linge es dites chambres, et un coffre couvert de velours vert, où était dedans ce qui s'ensuit : premièrement, quatre miroirs enchâssés en argent doré, trois pots où étaient les éponges et lessive, trois chandeliers à queue à mettre des bougies, trois paires de vergettes dont les manches étaient de velours cramoisi, trois pelotons de velours cramoisi, et largement papiers pleins d'épingles. Item, trois étuis couverts de velours cramoisi tous pleins de peignes, une grande poignée de bougies, un drap pour servir de drap de pied de toilettes de Hollande, et largement des couvre-chefs de toilettes. Faut noter que tous les jours au soir, autant que les archiducs furent à Blois, leur furent apportées les confitures; mais madame de Bourbon n'y vint que la
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première nuit, et les clames de Vendôme et de Nevers, avec la demoiselle d^Alençon', et autres grandes dames et demoiselles parachevèrent et eurent cette charge durant cinq jours que les archiducs furent à Blois, jusqu'à leur départ; lesquelles journées se passèrent avec grands et magnifiques festins, de quoi chacun était émerveillé!
Le huitième de décembre, jour de la Notre-Dame, ne se fit pas chose de mémoire. La matinée Tarchiduchessc ouït messe en sa chambre, et l'archiduc y fut fort tard, tant que le roi en fut revenu, et fut chantée par les chantres. L'après-dîner, il fut trouver le roi, et Tarchiduchesse fut trouver la reine, ils furent plus d'une heure ensemblement, et pour le mauvais temps qu'il faisait furent chantées vêpres audit château.
Le neuvième jour du mois de décembre, ce fut quasi la même chose, sinon qu'après souper il fut fait une danse, où le roi, la reine, l'archiduc et l'archiduchesse, et les seigneurs et dames ci-devant nommés se trouvèrent, laquelle dura plus de trois heures; puis chacun prit congé avec fort grands adieux et révérences.
Le dixième jour dudit mois de décembre ce fut presque la même chose, car il faisait un si mauvais temps, qu'il n'y ayait moyen d'aller, et cinq journées se passèrent en tels compliments.
Ce roi et l'archiduc furent par deux diverses journées voir voler l'oiseau, où il n'y eut pas grand plaisir, d'autant que le temps était mauvais, au lieu de quoi se passait le temps à s'entrevoir. Sa Majesté prenait grand plaisir à voir l'archiduc, et à l'entretenir de discours beaux et grands ; et l'archiduc de sa part étant fort gracieux, ne manquait en rien de son devoir. La reine et l'archiduchesse s'entrevirent sou-
vent, ainsi que leurs dames et demoiselles, tact le long du jour qu'au soir es danses ordinaires qui se faisaient, puis étant retirées, étaient servies de confitures très excellentes et magnifiques, et en grande largesse.
§ 17. — DÉPART DE l'archiduc ET DE l'ARCHIDUCHESSE.
L'archiduc et Tarchiduchesse partirent enfin de Blois le douzième jour dudit mois de décembre, après avoir été à la messe, laquelle fut chantée par ses chantres; puis, ayant dîné et pris congé du roi avec de grands honneurs, partirent, étant accompagnés de cinq à six cents chevaux des nobles, que le roi avait commandé y aller, et ne furent pour ce jour que jusqu'à deux lieues de ladite ville de Blois où ils gîtèrent. Madame de Vendôme demeura à Blois, et en sa place fut mise une autre dame, qui conduisit l'archiduchesse jusqu'à Bordeaux. Par toutes les villes où ils passèrent, il leur fut fait honneur, le roi ayant envoyé hommes exprès ainsi le commander *.
§ d8. — CONVENTION EXPLICATIVE DU TRAITÉ DE TRENTE. MAUVAISE FOI DU ROI DES ROMAINS MAXIMIUEN.
10 Dans le terme de six ans, le roi choisira parmi les filles de l'archiduc une épouse pour le futur dau-
1. Au milieu de ces fêtes, le roi ne perdait pas de vue le traité du 13 octobre, dont il était si peu satisfait; et Philippe le Beau, usant des pouvoirs que son père lui avait délégués, avait chargé les conseillers qui l'accompagnaient de régler avec ceux de Louis XII les interprétations et modifications requises.
Ces articles supplémentaires au traité de Trente portent en substance ce qu'on lit au § 18.
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phin. Néanmoins l'archiduc pourra, dans le même terme, marier successivement chacune de ses fîUes, pourvu qu'au préalable il en avertisse le roi, qui aura toujours droit de réclamer la préférence.
2° Pendant les trois années de l'expédition contre le Turc, S. M. accordera au roi des Romains une aide de 400 000 ou 500 000 francs, au moins, sans préjudice de la dépense qu'il a déjà faite pour son armée de mer, laquelle dépense est de 300 000 francs. Du reste, cette condition est subordonnée à la coopération des autres princes chrétiens.
3» Le roi consent à donner une somme de 200 000 francs en échange de la Valteline, qui lui sera laissée.
4° Le roi ne consent pas à la liberté de Ludovic Sforza ; mais, pour l'honneur du roi des Romains, il le fera traiter convenablement et courtoisement.
5° Madame Bonne Sforza aura une pension de 6 000 francs. Quant à Hermès, son frère, s'il se rend auprès du roi, il sera, par égard pour la reine des Romains, traité gracieusement.
6« Le premier paiement des sommes convenues aura lieu à Metz par un acompte de 50 000 francs, moyennant quoi les députés du roi recevront en bonne forme les lettres d'investiture du duché de Milan et de ses dépendances.
7<» Enfin, le roi ne s'engage à rien envers les bannis de Milan qui, après lui avoir prêté serment de fidélité, se sont révoltés et ont provoqué la rébellion du peuple. Quant à ceux qui, n'ayant pas prêté serment, ont eu leurs biens confisqués, le roi fera voir que la recommandation du roi de§ Romains leur a profité, pourvu qu'ils se présentent et viennent demander grâce *.