CONVENTION EXPLICATIVE DU TRAITÉ DE TRENTE
par l'archiduc, semblaient avoir éclairci Ions les doutes et levé toutes les difficultés. Aux termes de l'un des derniers articles du traité de Trente, l'investiture du duché de Milan devait avoir lieu, aprèâ hommage préalablement rendu, vers la fin de décembre, en pleine diète de Francfort. Louis XII se hâta donc d'envoyer avec des pouvoirs suffisants, auprès du roi des Romains, une ambassade composée de Louis de Hallewin, seigneur de Piennes, gouverneur de Picardie, Geoffroy Charles, président du parlement de Dauphiné, Charles du Hautbois, maître des requêtes, et depuis évêque de Tournay, Etienne Petit, maître de la chambre des comptes de Paris, et Jean Guérin, maître d'hôtel du roi.
Ces députés avaient ordre d'attendre à Mayence des instructions ultérieures pour se rendre à Francfort, au jour fixé pour la diète. Un mois s'écoula sans qu'on leur donnât le moindre signe de vie. A la fin, persuadés que la diète et l'empereur les avaient oubliés, ils se dirigèrent vers Francfort, où ils arrivèrent le 25 janvier 1502. Là ils requirent le bourgmestre et les conseillers de la ville de les accompagner au palais où la diète avait coutume de tenir ses séances; et, après avoir constaté, en présence de ces magistrats, que ni le roi des Romains ni les électeurs ne s'y trouvaient, ils firent dresser acte de leur comparution, et protestèrent contre l'absence des membres de la diète.
Cette protestation causa quelque embarras à Maximilien ; il promit de leur donner audience à Innsbruck.
L'ambassade, qui, en vertu de ses instructions nouvelles, devait insister plus que jamais pour être admise à la prestation d'hommage et recevoir l'investiture, eut enfin audience le 16 février, dans un château aux environs d'innsbruck. L'empereur se garda bien de faire une réponse nette aux demandes qui lui étaient adressées; il recommanda aux députés de tenir ces matières secrètes, et chargea don Jean-Manuel, ambassadeur d'Espagne, d'en conférer avec eux, en attendant qu'il eût le loisir de s'expliquer lui-même.
Après plusieurs jours de délai et des fêtes qu'on traî-
naît en longueur, les députés français furent présentés à Maximilien à Innsbruck, au moment où il assistait aux joutes. Geoffroy Charles exposa de nouveau l'objet de sa mission. L'empereur répondit qu'il était fort perplexe de son peuple d'Israël, c'e&t-à-dire des bannis lombards, qui se récriaient beaucoup contre cette investiture, laquelle, disait Maximilien, devait avoir lieu en secret, dans sa chambre. Et quant à l'hommage, il enverrait des personnages convenables pour le recevoir des propres mains du roi.
Cette façon de procéder était bien peu conforme au traité, qui portait que l'hommage se pourrait rendre par procureurs, et que l'investiture serait donnée solennellement, selon les usages de l'Empire, dans l'assemblée des électeurs.
Du reste, abandonnant ces objections, le roi des Romains se rejeta sur ce que l'archiduc, son fils, dans son entrevue de Blois avec Louis XII, n'avait pas assez ménagé l'honneur de l'Empire. 11 se plaignit, en outre, de l'insuffisance du subside de 400 000 ou 500 000 livres, offert par le roi et accepté par lui pour l'expédition contre le Turc; enfin, poussé dans ses derniers retranchements, il offrit d'accorder l'investiture, mais seulement pour les héritiers mâles et non pour ceux des deux sexes, comme la chose avait été convenue, eu égard au mariage de la princesse Claude avec le jeune duc de Luxembourg. (Extrait de la préface de Le Glay aux Négociations diplomatiques de la France avec l'Autriche,)
RÉFORME DE LA JUSTICE ET DES ORDRES MONAS- TIQUES. — VOYAGE PACIFIQUE DU ROI A MILAN ET A GÊNES.
§ 1. — RÉFORME DE LA JUSTICE. — LE CARDINAL d'aMBOISE CHAROÉ DE LA RÉFORME DES ORDRES RELIGIEUX.
Le roi ayant dépêché ce que j'ai dit, et tenu ses États, pour faire plus, partit de Biois, le tiers jour de février, et tira droit à Paris, où si fut bien venu, que les plus grands hautement le reçurent, les moyélis doucement Thonorèrent, et les petits humblement lui obéirent.
Le cardinal d'Amboise, légat en France, fît lors entrée à Paris comme légat, et là fut reçu par la cour de parlement et de tout le clergé, tout somptueusement, que ce fut chose moult solennelle.
Le roi voulut là séjourner une partie du mois de février et tout le mois de mars, pour y traiter de ses affaires et mettre icelles en conseil; et aussi pour mettre ordonnée police au gouvernement politique, provision d'équité en la justice, et règle de droiture sur la réformation de TÉglise. Et pour commencer, à la cour de parlement fut premièrement ladite réformation adressée, pour ce que, en icelle, à iacommis-
iOâ LOUIS Xtl ET PHILIPPE LE BEAU
sion et écrits des enquêtes, au partage d'icelles, à la réception et distribution des sacs, au plaidoyer des causes, à l'allongement des procès, au dire des rapporteurs, et à la sentence des juges, pardons, promesses, faveurs et amis, et autres moyens enquis se pouvaient faire de grands abus et tromperies. Aussi fut l'échiquier de Rouen interdit pour les immortelles causes et procès infinis qui là se tenaient attachés au croc, et icelui transmué en une chambre de parlement tenue audit lieu de Rouen. Et après fut ladite réformation mise sur l'ordre des mendiants et sur les religieux de Saint-Benoît, lesquels, en leur vocation pénitentiale et régulière profession, par l'octroi de licence de mal faire ou impunité de vie désordonnée, pouvaient tomber en accoutumée dissolution et continuelle irrégularité. Toutefois, au moyen du remède que sur ce mit le légat, cardinal d'Amboise. l'adjutoire de justice fut commun à tous, l'état de religion remis en voie de sainteté, et le bien de la chose publique entretenu en augmentation de mieux.