‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 102 sur 329 · RÉBELLION ET EXPULSION DES JACOBINS · texte numérisé non relu

RÉBELLION ET EXPULSION DES JACOBINS

Au collège des Jacobins à Paris étaient lors trois ou quatre cents frères dudit ordre, les uns étudiant, et les autres servant à l'église, lesquels ne tenaient toutes les cérémonies de leur religion, mais en habits et conversation semblaient être dissolus. Par quoi le cardinal d'Amboise, légat en France, et commis du Saint-Père le Pape sur ladite réformation, pour iceux Jacobins réduire en dû état leur transmit les évêques d'Autun et de Castellamare, très bien lettrés, et plusieurs autres gens d'Église et seigneurs séculiers, avec les lettres réformatoires du pape et censure d'icelles.

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lesquelles leur furent par lesdits évêques présentées et lues, et à eux déclarés les statuts, vœux, silences et cérémonies de leur religion, et fait commandement exprès, de par notre Saint-Père le Pape, sur peine d'excommunié, de vivre dorénavant selon la règle et forme de leur ordre et, avec ce, de non plus sortir lors de leurdit collège, si n*est pour aller mendier leur vie et vêture, ou pour servir aux affaires nécessaires d'eux et de leur couvent, et, en somme, toutes les choses en quoi par la règle de leur ordre étaient tenus et obligés de tenir, iceux Jacobins admonestèrent. Lesquels firent sur ce réponse qu'ils étaient écoliers et de divers pays, et de plusieurs collèges là envoyés par leurs gardiens et maîtres de l'ordre, pour étudier et apprendre science, dont leur était requis, pour ce faire, sortir souvent de leur couvent et aller aux lectures des docteurs par divers collèges, et soi trouver aux disputes de la Sorbonne, et quelquefois sortir de la ville, pour prendre vie récréative et éveiller les esprits; et aussi, pour tenir vie austère et continuellement étudier, étaient ensemble choses incompatibles et contraires, voire impossibles à soutenir, et qu'autre réformation ne leur fallait pour l'heure, ni n'étaient déhbérés d'en avoir, ni de vivre autrement qu'ils avaient appris et accoutumé. Plusieurs autres choses alléguèrent, que je laisse; et tout ce fait, lesdits réformateurs s'en retournèrent devers le légat, et de tout ce l'avertirent. Dont oyant le rapport de la contradiction d'iceux Jacobins, leur envoya le lendemain faire derechef sommation, comme devant, avec la main armée séculière, pour, en cas de refus, les mettre hors dudit collège et chasser de la ville comme rebelles au roi et désobéissants à FEglise. Lesquels Jacobins de nouveau refusèrent la réformation, et contre les gens du roi se

loi LOUIS XII ET PU1LI{>PE LE BEAU

Youlurent dedans leurdit collège fortifier et mettre en défense, avec plusieurs écoliers de la ville qui là étaient venus à grand effort, et armés sous leurs robes longues. Toutefois, par subtils moyens, furent iceux Jacobins tirés hors et chassés de la ville de Paris. Mais tantôt après ce, rentrèrent par un autre côté, et avec plus de douze cents écoUers en armes, furent devant leur collège, voulant icelui rompre, et entrer dedans; et là firent de grands excès et battirent leur gardien qui là se trouva. Grand murmure et scandale fut pour cette affaire lors à Paris. Toutefois, autre chose n'en fut, mais vidèrent la ville; et ainsi s'en allèrent les pauvres Jacobins, vagabonds et dispers.

§ 3. — RÉFORME DES CORDELIEnS. — MALICE DES MOINES. LEUR RÉSISTANCE.

Un cordelier, nommé frère Olivier Maillard, de l'Observance, était lors à Paris, dedans le collège des Cordeliers, pour icéux réformer, lequel avait avec lui cinquante autres Cordeliers de son ordre, voulant iceux colloquer et mettre dedans, pour réduire les autres à l'observance. Or, en advint ce qui s'ensuit. Le cardinal d'Amboise, légat susdit, transmit audit collège de Saint- François les susdits évêques d'Autun et de Gastellamare, pour persister en l'exécution réformatoire et remettre les Cordeliers en l'état de leur perfection, lesquels, sachant la venue dosdits réformateurs, descendirent le corps de Notre-Seigneur et le mirent sur le grand autel; et là tous ensemble dedans le chœur de leur église et autour dudit autel, commencèrent à chanter : Domine ^ non secundum peccaia nosira facias nobis. Et ainsi que lesdits évê-

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