ENTREVUE DU ROI ET DU DUC DE VALENTINOIS
laquelle artillerie était conducteur un nommé Guillaume Legier, prévôt d'icelle. Et avait le roi fait chef d'icelle armée le sire de la Trémouille, lequel était jà prêt de partir pour mettre les gens d'armes en besogne, lesquels avaient marché jusqu'à Parme et à Plaisance, pour aMer au secours de la seigneurie de Florence, confédérée du roi, contre icelui duc de Valentinois, qui à tous efforts assaillait les Florentins et courait leurs terres.
Tantôt qu'il sut que Tarmée des Français était sur les champs contre lui, et qu'elle marchait, ne voulut attendre sa venue, mais fit tenir ses gens d'armes cois sans plus guerroyer, et dit à ses capitaines que nuls bruits pour lors ne fissent, et qu'il s'en allait devers le roi, pour aucune de ses affaires, et que jusqu'à ce qu'ils ouïssent de ses nouvelles, que homme des siens ne désemparât son camp, qui lors était dedans les terres de Florence. Et ce dit, avec trois hommes seulement se mit en poste, et courut devers le roi à Milan, où il arriva le sixième jour d'août sur les neuf heures de nuit, où trouva le roi en la rue, qui à la clarté des torches, avec toute sa. garde et plusieurs des seigneurs de France, venait d'une des maisons de la ville et s'en allait au château. Et je, qui lors étais logé en cette même rue, ainsi que le bruit des chevaux se faisait, sortis pour les voir passer, où je choisis entre les autres auprès du roi le duc de Valentinois, qui encore était monté sur le cheval de poste, et était icelui vêtu d'une robe de velours noir, troussée à la turque, et toute poudreuse, sur la tête un chapeau d'Allemand, et en cet état fit la révérence au roi, et le suivit jusque devant la porte du château, en parlant de plusieurs choses. Là étaient le marquis de Mantoue, le duc d'Urbin et force autres qui le haïaient de mort, pour quoi se
doutant de fausse compagnie, requit au roi qu'il lui plût bailler sûre conduite. Dont lui bailla cent de ses Allemands qui, la hallebarde au poing, le menèrent jusqu'à son logis. Le lendemain, le roi fut ouïr messe en l'église de Saint-Étienne de Milan, où autrefois un duc de Milan, nommé le duc Marie, fut tué par un des seigneurs de la ville, pour ce que la femme d'icelui Milanais entretenait à son plaisir, ainsi que me dirent plusieurs. Quoi que ce soit, le roi, après la messe ouïe, fut diner chez le cardinal de Côme, qui très honorablement le festoya de viandes exquises et de plusieurs sortes d'entremets, avec bons vins. Et après dîner transmit quérir le duc de Valentinois, lequel n'était encore issu de la chambre, mais s'était reposé jusqu'entour le midi, comme celui qui las était de courir la poste ; toutefois sitôt qu'il sut que le roi le mandait, se hâta de s'habiller, et puis se mit à chemin pour aller où lui était mandé. Et lui arrivé au logis du roi, après la révérence faite, dîna là. Et après ce, le roi eut avec lui plusieurs propos et diverses paroles, en lui demandant pourquoi il avait fait armée, et couru le pays de ses sujets et alliés. Dont aucuns étaient là présents, lesquels persistaient toujours en leurs plaintes contre icelui duc de Valentinois. Lequel s'excusa en la manière qu'au roi avait écrit, disant que les terres desquelles par force s'était emparé, étaient tenues du Saint-Siège, et que par défaut de devoir non fait, comme gonfalonier de l'Église, et par le commandement du pape, les avait prises et remises en la main et obéissance du Saint- Père le Pape, comme chose à lui appartenant par droit propriétaire. Plusieurs choses sur ce propos furent, d'un côté et d'autre, alléguées et débattues, lesquelles oyant le roi différentes, voulant chacun à son pouvoir contenter, ordonna que sur ce fût vu à la