‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 117 sur 329 · LE SAINT-GRAAL · texte numérisé non relu

LE SAINT-GRAAL

saient jusque près de son logis, en criant: « France! France ! » à haute voix, et faisant fête tant joyeuse, que telle solennité était bien digne de mémoire. En cette manière était le roi traité dedans la ville de Gênes. Le lendemain fut à la messe à un collège de Saint- François, où sont Cordeliers de l'Observance, et là ouït le divin service dévotement, et y donna grands dons et riches offrandes. Et puis s'en alla dîner à son château de Gênes, où fut recueilli du capitaine, nommé Guyon le Roi, et de ses mortes-paies et soldats, lesquels trouva là en bel ordre et bien armés, la place bien remparée et avi taillée, et garnie de bonne artillerie.

§ 16. — LE SAlNT-GRAAL.

Le jour ensuivant, qui fut un lundi, vingt-neuvième jour du mois d'août, fête de la décollation de saint Jean-Baptiste, le roi fut ouïr la messe dedans une chapelle dudit Saint-Laurent, qui est le grand dôme et l'église cathédrale de Gênes, où fut, par les chanoines de là après la messe, montré le riche vaisseau smaragdin, c'est à savoir le précieux plat auquel Notre-Seigneur Jésus-Christ mangea avec ses apôtres, le jour de la Cène. Et est celui plat, que l'on appelle le Saint-Graal, lequel, selon le dire commun de Gênes, et ce que j'en ai vu par lettres, fut là apporté par les Genevois en l'an mil cent un, et fut pris en la sainte cité de Jérusalem.

g 17. — SÉJOUR DE LOUIS XH A GÊNES. — LA DAME TH0MA8SINE SMNOLA INTENDIO DU ROI.

Le roi s'en alla à son logis, et par l'espace de dix jours fut là à séjour, où plusieurs messagers, ambas-

sadeurs de lieux divers et nations étrangères, furent envoyés, ouïs et dépêchés. Des grands banquets et joyeux convis qui, ce temps durant, furent là faits au roi, ne dirai autre chose, sinon que onc ne fut vu faire meilleure chère, ni prince plus honorablement recueilli. Que fut-ce? Grands et petits faisaient la vie aux anges. Les uns après les autres à qui mieux mieux, s'efforçaient de doucement l'entretenir et le fêtoyer à souhait. A la fois les dames de Gênes se trouvaient aux banquets, habillées à la mode milanaise, et à la fois à leur mode. Et, entre autres, fut là une dame genevoise, nommée Thomassine Spinole, l'une des plus belles de toute Italie, laquelle jeta souvent les yeux sur le roi, qui était un beau prince à merveille, très savant et moult bien emparlé. Tant l'advisa cette dame, qu'après plusieurs regards, amour, qui rien ne doute, l'enhardia de parler à lui, et lui dire plusieurs douces paroles; ce que le roi, comme prince très humain, prit à gré volontiers, et souvent devisèrent ensemble de plusieurs choses par honneur; et tant, que celte dame se voyant familière de lui une fois entre autres, le pria très humblement que, par une manière d'accointe, il lui plût qu'elle fût son intendio, et lui le sien, qui est à dire accointance honorable et amiable intelligence. Et tout celui octroya le roi; dont la noble dame se tint plus heureuse que d'avoir gagné tout l'or du monde, et eut ce don si cher, que pour se sentir seulement bienvenue du roi, tout autre mit en oubli, voire jusqu'à ne vouloir plus coucher avec son mari. Ce qui pourrait donner à penser ce qu'on voudrait; mais autre chose, selon le vrai dire de ceux qui ce pouvaient mieux savoir, n'y eut que toute probité. Pour rentrer donc à nos banquets, danses en barboires, nouvelles momeries, sauts et gambades

SÉJOUR DE LOUIS XII A GÊNES lil

venaient en jeu, et tant d'autres joyeuses nouvelletés, que là n'y avait cœur qui eût cause d'avoir ennuyeux souci. Les Genevois, contre la nature de leurs mœurs, menaient là leurs femmes et filles, sœurs et parentes, pour donner joyeux passe-temps au roi et à ses gens. Et les aucuns d'iceux prenaient les plus belles et les présentaient au roi, en les baisant les premiers, pour faire l'essai; et puis les baisait le roi volontiers, et dansait avec elles, et prenait d'elles tout honorable déduit.

LA PEr^TE DU ROYAUME DE NAPLES (1502-1504)

g 1. — PERFIDIE DES ESPAGNOLS.

(Saint-Gelais.)

Or, veux-je venir à parler des Espagnols, qui étaient au royaume de Naples, lesquels, ingrats des bienfaits qui par le roi leur avaient été faits, qui, comme dit est dessus, leur avait fait partage de ce que lui seul à ses propres coûts et dépens avait conquis, à petite occasion, et pour chose de peu de valeur, commencèrent à se mutiner, voulant faire de nouvelles entreprises, donnant à connaître qu'ils ne désirent que nouvelletés et émouvoir nouvelles questions et querelles. Et quand le roi fut de ce averti, comme celui qui ne désire que paix, et vivre en équité et justice, il demanda à ceux qui étaient au royaume de Naples qu'ils l'avertissent de quoi s'émouvait le différend. Et quand il le sut, il en écrivit au roi d'Espagne à ce qu'il voulût que gens sages d'un parti et d'autre s'assemblassent sur les lieux pour vider le débat. Et ne tint pas au roi, n à ceux qui étaient commis par lui, qu'il n'y eût appointeraent, mais toujours du côté des Espagnols

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