COMBAT SINGULIER ENTRE BAYARD ET ALONZO
Quand la Lune fut retourné vers le seigneur Âlonzô, et qu'il connut que plus n'y avait de remède pour son honneur qu'il ne vint au combat, il s'en vint très bien accompagné, comme du marquis de Licite, de don Diego de Quinonez, lieutenant du grand capitaine Gonzalve Fernand, don Pedro de Aidez, don Francesco d'Altamesa, et plusieurs autres qui l'accompagnèrent jusque sur le camp, où, lui arrivé, il envoya les armes au Bon Chevalier pour en avoir le choix, qui étaient d'un estoc et d'un poignard, eux armés de gorgerin et secrète *, il ne s'amusa point à choisir ; mais quand il eut ce qui lui fallait, sans retard, par un des bouts fut mis dans le camp par son compagnon Bellabre qu'il prit pour son parrain, et le seigneur de la Palisse pour la garde du camp de son côté. Le seigneur don Alonzo entra par l'autre bout, où le mit son parrain don Diego de Quinonez, et pour la garde du camp de sa part fut don Francesco d'Altamesa.
Quand tous deux furent entrés, le Bon Chevalier se mit à deux genoux et fit son oraison à Dieu, puis se coucha de son long et baisa la terre, et en se relevant fit le signe de la croix, marchant droit à son ennemi, aussi assuré que s'il eût été en un palais à danser parmi les dames. Don Alonzo ne montrait pas aussi qu'il fût de rien épouvanté, mais, venant de droit fil au Bon Chevalier, lui dit ces paroles :
« Senor de Bayardo, que me querez? » Lequel, en son langage, répondit : « Je veux défendre mon honneur ». Et sans plus de paroles ils s'approchèrent et de venue se ruèrent chacun un merveilleux coup d'estoc, dont de celui du Bon Chevalier fut un peu blessé le seigneur Alonzo au visage, en coulant. Croyez que