FAVEUR DE LOUIS DE GRAVILLE
que, après toutes enquêtes et interrogations, et leur confession mise j)ar écrit, leur procès fut fait, par lequel Jean Duplessis, nommé Courcou, fut atteint du cas, et pour ce, condamné à être pendu et étranglé. Tous les biens de François Doulcet furent confisqués au roi; trois des autres furent mitres sur les échafauds en la ville de Blois, et eux bannis de la cour, et leurs biens mis en la main du roi. Nicolas Briseau fut renvoyé à Saint-Martin de Tours, où il avait été pris,, et son bien arrêté. Somme, la plupart d'iceux perdirent leurs biens, honneurs et offices. Jean Duplessis, qui avait été condamné à mort, fut requis par la reine et la marquise de Saluées, qui lors était en cour, dont le roi tant humain qu'onc homme ne fit mourir à qui il pût pardonner, voyant le cas à lui seul toucher, lui donna la corde et ne voulut que nul des autres pour ce forfait encourût mort. Messire Antoine de Bessey, bailli de Dijon, fut envoyé au château de Loches, et Jean Duplessis avec lui, prisonniers. Voilà comment, par vicieuse rapine et avarice odieuse, ces malheureux leur malheur délièrent, qui, selon le cri public, furent cause de la mort de plusieurs Français et moyen de la perte du royaume de Naples. Dont je, qui lors étais en cour aux écoutes, ouïs sur ce parler les uns et les autres diversement; car les aucuns disaient le malheur des Français leur être survenu pour ce que par ci-devant, après leurs grandes conquêtes et heureuses fortunes, avaient envers Dieu, donneur des victoires, été ingrats, tant que ses bienfaits avaient méconnu et oublié ses dons; dont furent frustrés de grâce de besogner à profit et prospérer en honneur; le dire des autres était que les capitaines de l'armée, qui étaient divisés entre eux et envieux de gouverner, avaient laissé l'honneur de la guerre pour en vouloir prendre le
profit, ce qui leur offusqua le sens de bien ordonner et divertit le vouloir d'exploiter à point. Le propos des autres fut que les soudards n'avaient tenu ordre de guerre ni discipline de chevalerie gardée, mais s'étaient arrêtés à leur opinion et avaient suivi leur volonté, dont furent en leur intention déçus et déchurent de leurs entreprises.
A ceux du Conseil s'attachaient les autres, et soutenaient qu'aux grandes affaires eurent peu d'avis, et au besoin soiidain perdirent le sens ; x[ui fut cause dont l'œuvre fut follement commencée et honteusement finie.
Les autres chargèrent sur les trésoriers et clercs des finances, disant que l'argent qui pour défrayer l'armée était ordonné avaient retenu dedans leurs coffres, sans le vouloir dispenser à besoin ni exploiter à profit, tant que, par ce défaut, les gens d'armes furent à la parfin dépourvus de vivres, démontés de chevaux, dégarnis de harnois, dénués d'habillements et découragés de combattre. Plusieurs autres raisons furent sur ce dites et causes alléguées.
Les trésoriers et clercs des finances furent traités en la manière susdite, dont aucuns d'eux, comme très honteux d'avoir été atteints du cas et punis du méfait, s'en allèrent, les uns hors du pays, et les autres tinrent à leurs hôtels demeure solitaire avec leurs femmes et enfants; et les autres furent, moyensnant leurs amis et ce qu'ils n'étaient que légèrement chargés, laissés en leurs offices et continués en iceux, et ce faisant, le roi, qui lors était à Blois, peu à peu relira partie de ses pièces, et se remboursa sur les plus apparents, et moins excusables, et avec ce, la confiscation d'aucuns d'iceux qui s'étaient absentés, donna à ses pauvres capitaines, qui tous avaient perdu au royaume de Naples. Au château de Loches