SÉJOUR DU ROI A PARIS
sadeurs Tinrent en cour, et furent là dépêchés et envoyés en leur pays; et après toutes ces choses finies, entour la fête Saint-Martin, le roi partit de Blois et s'en alla à Paris, où fit son hiver, la reine quant et lui. Le roi mettait de jour en autre provision de conseil en ses affaires, jusqu'à soi trouver souvent au Consistoire et ouïr l'opinion des sages, pour mettre à exécution son vouloir juxte l'arrêt des mieux avisés; tant voulut donner œuvre à Taccroit du bien public, que lors son royaume de France sous sa main fut si heureux que l'Église était unie, noblesse paisible, marchandise plantureuse et labeur fructifiant; quoi plus : justice à tous dûment administrée. Durant ces jours, maintes joutes et tournois furent faits à Paris en Nesle, où tous les jours étaient gentilshommes sur les rangs, la lance sur la cuisse, et entre autres fut fait un tournoi, dont advint qu'un nommé François de Maugiron, des gentilshommes de chez le roi, et un autre nommé Supplanville, se trouvèrent 1 un contre l'autre, lesquels étaient moult gaillards, hommes jeunes et adroits. Pour faire fin, iceux montés et armés, le long des lices, à course de cheval, s'adressèrent si rudement, qu'au choquer François de Maugiron assena Supplanville si adroit et de telle force, que la lance lui mit tout au travers du corps, tant que tout mort s'en alla par terre, lequel fut moult plaint et doulu, car il était très gentil et plein de cœur. Assez d'autres faits d'armes furent là exploités que je laisse, pour entrer en autre propos. En la présence du roi et de la reine et de tous les seigneurs de France, qui là étaient, les clercs du Palais et les écoliers de Paris jouèrent lors plusieurs comédies satiriques et tragédies morales par lesquelles, à mots couverts et paroles vraisemblables, découvrirent tous les défauts et faits rcpréhcnsibles
qu'ils surent être de ce temps perpétrés en France, à Naples et à Rome, en chargeant sur le maréchal de Gyé, dont est touché au-dessus, disant, par leurs personnages, audit maréchal que son trop chauffer cuit et son trop parler nuit. Aussi n'épargnèrent-ils les trésoriers et clercs des finances, ni aucuns de ceux de l'armée de Naples, qui s'en étaient fuis; et puis passèrent iceux momeurs par Rome, et Dieu sait quels lardons ils y semèrent; somme, il n'y eut pape, ni cardinal, ni empereur, ni roi, ni autre sur qui à parler eût; voire jusqu'à Clairée et de Furno*, à qui ne jetassent une pierre en leur jardin, et tant en firent que, à la parfin, leurs jeux leur furent interdits, et aucuns d'eux punis jusqu'à devoir être l'exemple de crainte à tous autres : je n'en dis plus. Si n'est qiie cil qui forfaiteur se sent, à tels hérauts ne doit faire blasonner ses armes, ni publier ses faits, car ils disent souvent tout et davantage 2.
§ 7. — TRANSLATION DES CENDRES DU DUC CHARLES d'oRLÉANS.
Le roi fît lors translater le corps de son père le duc Charles, duc d'Orléans, de Saint-Sauveur de Blois, où avait été en sépulture, et le fit porter aux Célestins à Paris, où est l'antique sépulture des ducs d'Orléans, et là, tant honorablement servir, que la fête funérale fut louée de chacun, aussi à bon droit, car le corps depuis Blois jusqu'à Paris fut mené en telle manière, comme si ce fût au premier obsèque, et mis en son curre de deuil, tout couvert de velours
i. Confesseurs et familiers du roi.
2. La satire était montée jusqu'à la reine; et c'est pour cette raison que Louis XII interdit ces représentations.