LES ÉTATS DE TOURS. — LOUIS XII PÈRE DU PEUPLE
(Lettres du roi Louis XII, tome I.)
En l'an mil cinq cent et six, le roi et la reine, et madame leur fille, étant au Plessis-lès-Tours, tous les plus grands personnages de ce royaume, tant seigneurs que dames, s'assemblèrent audit lieu. Et y avait gens députés de par tous les pays et bonnes villes de Tobéissance du roi. Et quand ils eurent tous été ensemble, et conféré de la cause pour quoi ils
statue cle Louis XII. (Musée du Louvre.)
s'étaient assemblés, ils supplièrent le roi que son bon plaisir fût leur donner audience, et ouïr la remontrance qu'ils lui voulaient faire pour l'utilité et bien public de tout son royaume.
Le jeudi quatorzième de mai, Tan 1506, le roi de France étant au Plessis-lès-Tours, assis en une grande salle en siège royal à dextre d'un côté de monsieur le légat d'Amboise, du cardinal de Narbonne, du chancelier et grande quantité d'archevêques et évêques ; et de l'autre côté de monsieur le duc de Valois, et de tous les princes du sang et autres seigneurs et barons dudit royaume en grand nombre, aussi du premier président de la cour de parlement et plusieurs conseillers, donna audience publique aux députés des États du royaume, lors illec assemblés, lesquels par la bouche d'un docteur de Paris nommé maître Thomas Brico firent remontrer audit seigneur roi en langage français comment ils étaient venus vers lui en toute humilité et révérence pour lui dire aucunes choses concernant grandement le bien de sa personne, l'utilité et profit de son royaume et de toute la chrétienté, à savoir qu'au mois d'avril en l'an passé il avait été moult grièvement malade, dont tous ceux de son royaume avaient été en grand souci, craindant de le perdre, connaissant les grands biens qu'il avait fcdts en plusieurs choses singulières, à savoir pour la première qu'il avait maintenu son royaume et son peuple en si bonne paix, que par le passé n'avait été en plus grande tranquillité, et tellement qu'ils savaient que les poules portaient le bacinet sur la tête, en façon qu'il n'y avait si hardi de rien prendre sans payer, aussi qu'il avait quitté sur son peuple le quart des tailles, secondement qu'il avait réformé la justice de son royaume et mis bons juges partout et mêmement à la cour de parlement de Paris, et