RÉPONSE DU ROI AUX ÉTATS
Madame Claude de France, sa fille unique, et de monsieur le duc de Valois se fasse, non seulement lui ont donné ce conseil, mais lui ont d'un commun accord requis et prié de consentir audit mariage comme vous autres.
« Et pour ce que le roi notre souverain seigneur a toujours désiré sur toutes choses le bien et utilité de sesdits royaume et sujets, et de faire chose qui soit agréable à Dieu et à la chrétienté, après mûre délibération, s'est libéralement condescendu et condescend à votredite demande et requête, et veut que le mariage se fasse de Madame Claude sa fiUe et de monsieur de Valois ici présent, et afin que connaissiez que le roi notre souverain seigneur ne veut longuement différer la chose, il veut et ordonne que les fiançailles de madite dame sa fille et de mondit sieur de Valois se fassent jeudi prochain, venant pour après qu'ils seront en leur âge consommer ledit mariage.
« Et combien que par ci-devant a été pourparler du mariage de madite dame Claude avec autre. Toutefois il n'y a eu chose traitée qui puisse nuire ou empêcher ledit mariage, car il n'y a eu que paroles.
« Et pour ce que nous sommes tous mortels, et qu'il n'y a chose plus certaine que la mort, ni plus incertaine que l'heure d'icelle, le roi notre souverain seigneur veut que si le cas advenait qu'il allât de vie à trépas sans avoir lignée masculine, que vous promettiez et juriez, et faites promettre et jurer par les habitants des cités et villes dont voua êtes envoyés, selon la forme qui vous sera baillée par écrit, de faire accomplir et conformer ledit mariage, et obéirez et tiendrez, ledit cas advenant, mondit sieur de Valois, votre vrai roi, prince et souverain seigneur, et que de tout ce enverrez vos lettres et scellés de chacune cité
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et ville en dedans la fête de la Madeleine prochain venant, combien que le roi, avec Taide de Dieu, a bon espoir de tant vivre qu'il fera consommer ledit mariage, et verra les enfants de ses enfants. »
Après ce que mondit sieur le chancelier eut fini son propos, ledit docteur Brico, pour lesdits États, commença à dire :
« Domine magnificasti gentem et multiplicasti laetitiam, » et autres plusieurs allégations de la sainte Écriture, disant : « Vox populi, vox Dei, hœc est dies quam fecit Dominus et quant expectavimus et venimus in eâ, » et après, ceux desdits États se mirent à genoux, et aussi ledit docteur, et dit : « Sire, nous vous remercions très humblement de la part de tous vos sujets de l'accord qu'il vous a plu leur faire, nous prions Dieu qu'il vous veuille longuement laisser vivre en bonne prospérité et santé, la reine, madame votre fille, monsieur de Valois, et messieurs de votre sang, et quant à vous envoyer les lettres et scellés qu'il vous a plu nous ordonner, toutes les cités et villes, par lesquelles nous sommes envoyés, sont et seront prêtes à vous obéir, car il n'y a ville ni cité qui n'ait un fouet à trois cordons, le premier cordon est le cœur de vos sujets qui vous aiment parfaitement ; le second cordon est force ; car tous en général et particulier sont délibérés de mettre corps et biens en danger pour vous; le troisième cordon est muniments de prières et oraisons que vos sujets font tous les jours pour votre bonne santé et prospérité, disant : Vive, vive le roi! et après son règne lui doint Dieu le royaume de paradis. »
Après ce que ledit docteur eut parlé, monsieur le chancelier alla parler au roi, puis retourna en sa place; et dit en souriant ces paroles auxdits des États : « Messieurs, le roi connaît de plus en plus
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Tamour et raffection que ses bons sujets ont à lui, et vous fait dire que s'il vous a été bon roi avec l'aide de Dieu, il se parforcera de vous faire de bien en mieux, et vous donnera à connaître par effet tant en
Sceau de Louis XII.
général qu'en particulier, et pour ce que le roi sait que vous, messieurs, qui êtes ici présents, êtes les principaux du conseil des villes et cités qui vous ont envoyés devers lui, et que votre absence pourrait porter préjudice à la chose publique, à cause des affaires* qui surviennent de jour à autre, il vous
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donne congé de vous en retourner, et est d'avis que seulement demeure un de chacune desdites villes, pour lui dire les affaires d'icelle si aucunes en ont, à quoi le roi leur fera bonne et brève expédition. » Lors se leva ledit chancelier et prit un livre des saints Evangiles, sur lequel tous ceux desdits États jurèrent d'entretenir ce qui dessus est dit, et de faire ratifier par lesdites cités et villes.
§ 11. — FIANÇAILLES DE MADAME CLAUDE ET DE FRANÇOIS d'ANGOULÊME.
(Jean d'Auton. -— Saint-Gelais.)
Le jeudi vingt-unième dudit mois de mai, lé roi et la reine vinrent en la salle qui était richement parée, et tôt après y fut apportée Madame Claude, laquelle le sieur infante de Foix portait sur son bras.
Et avec eux vinrent le duc de Valois et tous les princes et barons, aussi madame de Bourbon, d'Angoulême et les autres princesses, et tant de suite de dames et demoiselles qu'il semblait que le royaume de feminie y fût arrivé.
Lors monsieur le chancelier lut certains articles de traité de mariage contenant en substance que si le roi avait lignée masculine, ledit mariage consommé, donnait audit sieur duc de Valois, et à ladite dame, pour son dot, les comtés d'Ast et de Blois, les seigneuries de Soissons et de Coucy, et la reine en ce cas donne à ladite dame Claude cent mille écus, et au cas que le roi n'eût lignée masculine, et que celui qui serait roi voulût recouvrer lesdits comtés et seigneuries, serait tenu de donner pour récompensç
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audit sieur duc de Valois et à ladite dame vingt mille francs de rente en titre de duchés.
Après furent faites et solennisées les fiançailles de mondit sieur de Valois et de madite dame Claude, et les fiança monsieur le légat.
Depuis lesdites fiançailles, le roi a fait passer à montres et en armes les gentilshommes de sa maison qui fut le lundi ensuivant, et durant ce jour et toute la semaine ont été faites joutes et tournois où le roi pour les voir était à cheval sur un grand coursier, soi montrant le plus joyeux du monde.
D'autre part, le roi a pris le serment des princes et barons de son royaume et pareillement de ceux de Bretagne dont iceux et chacun par soi a baillé ses lettres et scellés en la forme qui s'ensuit :
« Nous, etc., promettons et jurons sur nos fois et honneurs et sur les saints Évangiles de Dieu pour ce par nous corporellement touchées, que nous ferons et procurerons par effet de tout notre pouvoir, jusqu'à y exposer corps et biens, que le mariage de Madame Claude de France et de monsieur le duc de Valois, lequel il a plu au roi par le commun avis, accord et consentement de nous et de tous les autres princes de son sang, ceux de son conseil, et les principaux seigneurs, barons, cités et bonnes villes du royaume, consentir, conclure et accorder, se fera, accomplira et conformera incontinent qu'iceux sieur et dame seront en âge pour accomplir et consommer ledit mariage, et pour ce faire, n'épargnerons corps ni biens, mais les y exposerons comme dit est, et si le roi, que Dieu veuille, va de vie à trépas, sans laisser enfants mâles, nous tiendrons et réputerons mondit sieur de Valois pour notre roi et souverain seigneur, et comme tel lui obéirons; en témoin de ce nous avons signé ces présentes de notre main, et à
icelles fait mettre le scel armoyé de nos armes, à Tours, le vingt -unième de mai quinze cent six. » (Jean d'Auton.)
Entre toutes les choses dignes d'estime que le roi a faites depuis le commencement de son règne, la façon comment il procéda au fait de ce mariage est grandement digne de mémoire. Car pour obtempérer aux humbles requêtes de ses loyaux sujets, ayant considération à l'utilité du bien public, sans avoir regard ni crainte d'aucuns auxquels il en pourrait déplaire, comme prince magnanime, et tout plein de grande et haute entreprise, il en usa ainsi qu'il lui plut, et qu'il lui sembla bon. Et si était pour l'heure l'archiduc reçu en Castille comme roi, et tel le nommait-on, et avait passé en y allant par Angleterre, et fait alliance aux Anglais, au préjudice du roi et de son royaume, qui était pour récompense des bons tours, honneurs et bonnes chères qu'il avait eu eu France . Mais de tout cela notre vertueux prince ne tint compte et ne laissa de parachever ce qu'il avait entrepris, qui fut un fait honorable et grandement louable. Et s'il eût attendu quatre ou cinq mois après, durant' lequel temps l'archiduc mourut, on eût pu dire que s'il eût vécu, le mariage ne se fût pas l'ait. Mais lui vivant en sa plus grande gloire et triomphe, le roi le fit, et s'il l'en avertit par les ambassadeurs, si fit-il beaucoup d'autres princes.
Au temps de ces fiançailles de ces deux très nobles personnages, les montres des deux cents gentilshommes de la maison se firent, qui furent si très belles, et magnifiques, que tous ensemble et chacun à part soi ressemblaient à rois ou à grands princes. Et si je voulais déchiffrer la façon de leurs accoutrements, ce serait trop grande peine à mon entendement. 11 y eut pareillement de belles joutes,
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qui durèrent plusieurs et divers jours. Monseigneur de Ravel, de la maison d'Amboise, et frère de monseigneur le grand maître, était l'entrepreneur. Et des tenants, messeigneurs de Bourbon, de Foix et de Vendôme y joutèrent et tournoyèrent, et tant d'autres gentilshommes, que j'aurais trop de peine à les nommer tous. Us y firent chacun leur loyal devoir, tellement que nul n'en doit être blâmé. Et à la vérité dire, il y a longtemps qu'il ne se fit en France une si belle aissemblée, et aussi la cause pour quoi c'était le valait bien. Et quand la fête eut assez duré, tous prirent congé du roi et de la reine. Et premier madame de Bourbon, et la duchesse sa fille, madame d'Alençon et ses filles, mesdames de Taillebourg, Vendôme, de Nevers et de Dunois, de la Trémouille et la princesse sa fille. Et je nomme les dames premier que les seigneurs, pour ce qu'elles avaient le gouvernement et administration de leurs maisons, et tenaient leurs enfants en tutèle, lesquels s'en allèrent avec leurs mères. Et ainsi se départit cette belle compagnie, excepté madame d'Angoulême, et monseigneur son fils, et mademoiselle sa fille, qui demeurèrent en cour. (Saint-Gelais.)
§ 12. — LES AFFAIRES GÉNÉRALKS DE L'eUROPE AU MILIEU DE l'année 1506.
(Lettres de Louis XII, tome I.)
Les nouvelles en France sont et continuent toujours que le roi d'Aragon s'en va à Naples, et que le légat en France lui fait conseiller son allée par le roi de France, et aussi que ledit légat a son intelligence avec ledit roi d'Aragon, lequel lui a promis de faire
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tout son effort par ses amis les cardinaux de le faire Pape, et bientôt va Findisposition de celui qui Test.
Gomme a été ci-devant averti le roi de Castille, il ne serait besoin pour rien pour le bien et profit du roi des Romains et du roi de Castille, et pour le bien de leurs royaumes et seigneuries que ledit légat fût pape comme mieux entendant que nuls autres.
Le roi de France est empiré de la disposition de sa personne et sont ses médecins perplexes de son inconvénient et n'en espèrent la plus longueur de sa vie que vers le mois de janvier au plus fort aller.
La reine garde toujours la chambre là où il est et a donné le bout au général de Beaune, et elle gouverne le roi très fort ; le légat s'en est allé chez lui à Rouen pour deux mois et a laissé l'évéque de Paris, monsieur du Boucbaige et le secrétaire Robertet, qui font toutes les dépêches en son absence.
L'on tient que l'appointement se traite fort entre le roi d'Angleterre et madame Marguerite *, et que le roi des Romains et le roi de Castille suivent fort cette matière pour la mettre à fin, mais que ladite madame Marguerite dissimule fort pour obtempérer aux rois susdits, disant que par trois fois ils ont contracté d'elle dont elle s'en est mal trouvée.
L'on dit aussi que l'amiral de Gra ville est fort empressé au parlement de Paris, et que le procureur du roi lui met sus qu'il a grandement abusé de son office et qu'il a pillé le royaume de France d'une terriblement grande quantité des deniers, et se sont trouvées lettres qu'il écrivait au parrain du roi de France, et lettres du dit parrain lui faisant réponse, au moyen desquelles lettres furent chassés dix-sept